Plus d'une centaine de plaintes contre Epil House, chaîne d'épilation au laser
Brûlures, escroquerie, pratiques commerciales trompeuses: Epil House, réseau national d'épilation au laser vanté par des influenceurs, est visé par 126 plaintes regroupées et déposées à Paris par des clientes.
Me Rebecca Lahoud-Heilbronner, aux côtés des plaignantes, souligne auprès de l'AFP la "gravité de certaines blessures qui ont engendré des séquelles à long terme, notamment dans des zones intimes".
D'autres clientes dénoncent des prestations interrompues après la fermeture soudaine de centres malgré des forfaits réglés à l'avance, comme révélé par Le Parisien.
Isabelle garde elle encore aux avant-bras des cicatrices visibles malgré les tatouages pour tenter de les couvrir. "Quand les gens regardent, j'ai la sensation d'être une bête de foire", raconte-t-elle à l'AFP.
A la troisième séance en région parisienne, "c'est parti vraiment en vrille", confie la quinquagénaire, venue dans ces salons avec sa fille dans sa vingtaine. "Pas d'hygiène, pas de papier sur le siège, pas de désinfection, rien du tout."
"J'ai vu le cadran" avec le laser "mis au max". "A peine ça a commencé, j'ai eu des marques rouges, couleur sang". On lui rétorque qu'elle est "douillette". Verdict de son médecin: "Une brûlure entre le second et le troisième degré".
- "Aucune qualification" -
Quand elle se plaint, Epil House refuse de la croire. Isabelle sera ensuite baladée entre différentes agences d'Argenteuil, Villeneuve-la-Garenne et Clichy en région parisienne. Puis viendront les menaces reçues quand elle arrive à parler à une interlocutrice: "Je sais où tu habites, j'ai ton adresse, je vais t'envoyer un groupe, on va te démonter !".
Jean-Baptiste Boisseau, porte-parole du collectif d'Aide aux victimes d'influenceurs (AVI), dénonce auprès de l'AFP "le caractère systémique du problème puisque, malheureusement, Epil House n'est pas le seul dossier" avec du personnel utilisant "du laser sans avoir les qualifications, ce qui est dangereux".
"Dans ces centres Epil House, la +technicienne+, je ne sais pas comment l'appeler, change en permanence et ce qui revient c'est aucune compétence, aucune qualification", déplore auprès de l'AFP François Turmel, président du Syndicat national des médecins esthétiques. C'est le cas d'Isabelle, dont la "laseriste" change dès le second rendez-vous.
"Nous avons alerté les pouvoirs publics, mais à leur décharge, c'est une directive européenne qui permet ce type de laisser-aller sur les lasers", ajoute François Turmel.
AVI accompagne les 126 plaignantes (dont 32 font état de brûlures) car des influenceurs ont fait la promotion d'Epil House sur leurs réseaux. Isabelle confie avoir été "agrippée" par un message de l'influenceur Aqababe, clamant que "c'était neuf, que les appareils fonctionnaient bien et tout".
Et Epil House lui dit au premier contact qu'elle a droit à une "réduction pour les gens qui viennent de (la) part d'un influenceur".
- "Beaucoup de cash" -
Dans la plainte, Me Lahoud-Heilbronner estime "qu'il conviendra également d'interroger le rôle des influenceurs" au bénéfice des centres Epil House.
"Si j'avais eu connaissance des éléments aujourd'hui reprochés à cette enseigne, je n'aurais évidemment jamais accepté d'y associer mon image", s'est défendue auprès de l'AFP l'influenceuse Ruby Nikara. Elle regrette, alors inexpérimentée, d'avoir fait "confiance aux professionnels" qui lui ont "présenté cette collaboration".
L'AFP a contacté via leurs comptes, sans réponse, d'autres influenceuses comme Anissa Two Sisters, Poupette Kenza ou Milla Jasmine, mentionnées par AVI. Sollicité par l'AFP, l'avocat d'Aqababe n'a pas donné suite.
Les trois centres qu'Isabelle a fréquentés en région parisienne ont cessé leur activité les uns après les autres, comme ailleurs. La plaignante passe souvent devant celui d'Argenteuil où le courrier glissé sous le rideau métallique s'entasse.
Ses réclamations sont restées lettre morte. Les derniers signes d'activité du réseau Epil House sur les réseaux sociaux remontent à l'été 2025. Sollicité via une adresse mail encore disponible, le réseau n'a pas répondu à l'AFP.
"Les plaignantes attendent surtout de savoir qui sont les responsables de telles pratiques, car aujourd'hui nous avons plus de 200 victimes (268 selon AVI) qui souhaitent savoir à qui demander des comptes", expose Me Lahoud-Heilbronner.
Il y a une "construction un petit peu mafieuse de ces réseaux qui se montent très rapidement, qui arrivent à faire venir très rapidement beaucoup de gens et beaucoup de cash, et après, tout le monde disparaît dans la nature", conclut Jean-Baptiste Boisseau.
C.Grillo--PV