Pallade Veneta - Dans l'Ouest canadien, des Albertains rêvent d'indépendance sous l'oeil attentif des MAGA américains

Dans l'Ouest canadien, des Albertains rêvent d'indépendance sous l'oeil attentif des MAGA américains


Dans l'Ouest canadien, des Albertains rêvent d'indépendance sous l'oeil attentif des MAGA américains
Dans l'Ouest canadien, des Albertains rêvent d'indépendance sous l'oeil attentif des MAGA américains / Photo: Ed JONES - AFP/Archives

Le vent de patriotisme qui souffle au Canada depuis le retour de Donald Trump n'est pas partagé par tous, notamment en Alberta. Dans cette province pétrolière de l'ouest, certains rêvent d'indépendance, suivis de près par le mouvement MAGA au sud de la frontière.

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Dans les campagnes comme dans les villes de la région, ils sont nombreux, même au coeur de l'hiver, à se presser pour venir signer une pétition exigeant la tenue d'un référendum ou pour écouter des orateurs plaidant en faveur d'une province maîtresse de son destin.

Lundi soir, ils étaient plusieurs milliers réunis à Calgary, la principale ville de l'Alberta. Dans la salle, beaucoup d'hommes portent des chapeaux de cowboys, des pancartes "Indépendance de l'Alberta" sont en vente et les drapeaux de la province, frappés d'un blason royal avec les Montagnes Rocheuses, fleurissent.

Jordan Fritz a noué le sien autour du cou. Tout sourire, il déborde d'enthousiasme.

"Nous avons besoin d'oléoducs ici en Alberta. Et si le gouvernement canadien ne nous aide pas, je suis sûr que les Américains le feront", explique-t-il à l'AFP.

"Nous avons besoin du soutien des Américains."

Contrairement au mouvement indépendantiste québécois, vieux de plusieurs décennies et très organisé, le camp séparatiste est ici disparate et n'a jamais jusqu'à présent été considéré comme une menace sérieuse pour l'unité canadienne.

- "Ne plus payer" -

Dans la province, "au départ, c'était surtout une idée économique, celle de ne plus payer pour le reste du Canada", explique à l'AFP Frédéric Boily, professeur à l'Université de l'Alberta, à propos de cette poussée indépendantiste apparue autour de 2018 et qui s'appuie également sur un fort rejet des élites de l'est du pays.

A l'époque, les politiques environnementales de l'ancien Premier ministre Justin Trudeau avaient ulcéré une partie des Albertains qui les considéraient comme ouvertement hostiles au secteur pétrolier et gazier.

Et même si l'actuel chef du gouvernement Mark Carney a mis sur pause une partie de ces mesures et annoncé une entente pour la construction d'un nouvel oléoduc, le mouvement ne semble pas reculer.

"Cela fait longtemps que nous ne sommes plus représentés par notre gouvernement fédéral", estime Jennifer Wiebe, qui porte un pull "République albertaine". Elle est venue avec sa fille pour le rassemblement à Calgary.

Selon elle, "l'Alberta pourrait être plus prospère et plus libre si elle était indépendante."

Non loin, Jesse Woodroof dit s'inquiéter à cause des "immigrants qui affluent dans le pays", laissant entendre qu'une Alberta souveraine adopterait une approche différente.

C'est dans ce contexte qu'un groupe appelé "Alberta Prosperity Project" a été autorisé à lancer une pétition, qui doit recueillir 178.000 signatures d'ici le 2 mai, pour qu'un référendum ait lieu.

Cette question pourrait alors être soumise aux Albertains: "Êtes-vous d'accord pour que la province de l'Alberta cesse de faire partie du Canada pour devenir un Etat indépendant ?"

D'après plusieurs sondages récents, seulement un tiers des Albertains voteraient pour l'indépendance. Mais certains s'inquiètent d'une possible ingérence des alliés de Donald Trump en cas de référendum.

"Il est certain que l'agitation au sud de la frontière a un impact sur ce qui se passe en Alberta", glisse Frédéric Boily, en référence aux menaces répétées du président américain d'annexer le Canada et de taxer lourdement ses exportations.

- "Prochaine Ukraine" -

Le ministre américain des Finances Scott Bessent a récemment semblé apporter son soutien à l'idée d'une Alberta indépendante parlant lors du Forum économique mondial de Davos d'un "partenaire naturel pour les Etats-Unis", comme s'il s'agissait d'un Etat à part entière.

"Les Albertains sont des gens très indépendants", a-t-il ajouté.

L'ancien conseiller de Donald Trump Steve Bannon s'est montré encore plus explicite dans son podcast. D'après lui, c'est tout le Canada qui relève des "intérêts de sécurité vitaux des Etats-Unis" car ce pays "pourrait être la prochaine Ukraine", menacé via l'Arctique par la Russie.

A la tête de l'Alberta, la conservatrice Danielle Smith entretient depuis longtemps des relations étroites avec la sphère trumpiste. Elle s'était rendu en Floride dans la résidence du président américain quelques jours avant son retour à la Maison Blanche.

Au Canada, elle est l'une des rares élus à refuser de critiquer ouvertement Donald Trump.

A.dCosmo--PV

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