Pallade Veneta - PFAS: le délicat chantier de la protection des travailleurs

PFAS: le délicat chantier de la protection des travailleurs


PFAS: le délicat chantier de la protection des travailleurs
PFAS: le délicat chantier de la protection des travailleurs / Photo: JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN - AFP/Archives

Beaucoup reste à faire pour prévenir les risques liés à l'exposition aux PFAS dans les entreprises françaises, faute d'informations suffisantes sur la présence de ces molécules dans les produits qu'elles utilisent, met en lumière une enquête publiée jeudi par l'INRS, organisme de référence de la santé au travail.

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Dans les cosmétiques, ustensiles de cuisine ou emballages, ces substances chimiques per- et polyfluoroalkylées, qui inquiètent pour leurs effets sur la santé, sont partout, utilisées pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou leur résistance à la chaleur.

"L'exposition professionnelle à ces substances est encore méconnue", souligne l'INRS. Or, en milieu professionnel, la fréquence et le niveau des expositions aux PFAS sont potentiellement plus élevées que dans la population générale.

L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a mené cette enquête pendant deux ans, à l'aide d'un questionnaire en ligne adressé à des centaines d'entreprises, parmi lesquelles des producteurs de PFAS, des fabricants de produits contenant des PFAS ainsi que la filière de traitement des déchets.

L'INRS a d'abord ciblé les secteurs d'activité utilisant les PFAS: chimie, textile, papier et carton, automobile, fabricants de matériel électronique et électrique, pharmacie, plasturgie. En dépit de ce ciblage, sur près de 900 entreprises ayant répondu à l'enquête, plus de la moitié (51%) se déclarent "non concernées" par les PFAS, 32% se disent "concernées" et 17% "ne savent pas".

Nombre d'entreprises "éprouvent des difficultés à identifier le fait qu'elles utilisent des PFAS ou des produits qui en contiennent, ou qu'elles traitent des déchets qui en contiennent", explique à l'AFP Myriam Ricaud, responsable du pôle risques chimiques à l'INRS.

En cause, la fiche de données de sécurité, ou "FDS", que doit donner le fournisseur à l'utilisateur, qui comporte les informations sur les dangers de la substance et les précautions à prendre pour les manipuler.

"Bien souvent (...) n'est pas mentionné le fait que la substance est un PFAS ou que le mélange contient des PFAS", précise Mme Ricaud. Idem pour les entreprises de traitement des déchets.

Si le taux de répondants par rapport aux milliers de questionnaires adressés empêche d'extrapoler les résultats à l'ensemble des établissements ciblés, cette étude "apporte des données utiles" pour identifier les expositions aux PFAS, selon l'INRS.

- Les contrôles dans l'air peu répandus -

"Les résultats du questionnaire montrent que, s'il y a bien une démarche d'évaluation du risque chimique en œuvre chez les répondants, dans la majorité des cas (92%), elle n'est pas spécifique aux PFAS", note l'INRS.

Et pour cause, sur les milliers de substances PFAS, quatre seulement sont soumises à des valeurs limites d'exposition professionnelle: trois aux Etats-Unis (APFO, PFBE et PFIB) et une en Allemagne (PFOS), relève l'enquête.

Pour prévenir l'exposition, "la priorité, c'est la substitution", que mettent en place les entreprises, selon Mme Ricaud, qui appelle toutefois à "être vigilant pour ne pas substituer le PFAS par un produit qui a une toxicité similaire".

Si cela n'est pas possible, l'INRS préconise de limiter l'exposition des opérateurs en aspirant ces polluants, en filtrant l'air des lieux de travail, par exemple, et, en dernier recours, en utilisant des équipements de protection individuels.

La diversité de la famille des PFAS complique l'évaluation de leurs effets sur la santé, mais "de nombreux PFAS sont (...) susceptibles d'induire des effets immunotoxiques, hépatiques, métaboliques et certains d'entre eux peuvent favoriser la survenue de cancers", signale l'INRS.

Or, "seulement 4% des répondants déclarent avoir déjà réalisé des prélèvements atmosphériques de PFAS", 10% prévoyant de le faire dans le futur, "soit dans le cadre d'une démarche volontaire, soit en cas de changements réglementaires", indique l'INRS.

En ce qui concerne les prélèvements biologiques (urine, sang), "4% des répondants ont déjà réalisé des dosages de PFAS et 6% prévoient de le faire dans le futur, en particulier dans le cadre de la mise en place d'une surveillance biologique des salariés", selon l'enquête.

"Il y a très peu de méthodes qui ont été développées et validées pour prélever et analyser ces substances chimiques dans l'air", ainsi que dans le sang et l'urine des personnes exposées, relève Mme Ricaud, selon laquelle la suite des travaux de l'INRS consistera à combler ce manque et permettre d'"estimer l'exposition des salariés".

Elle table sur de premiers résultats d'ici trois ans.

H.Lagomarsino--PV

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