Pallade Veneta - En Afrique du Sud, le mohair prospère dans le désert

En Afrique du Sud, le mohair prospère dans le désert


En Afrique du Sud, le mohair prospère dans le désert
En Afrique du Sud, le mohair prospère dans le désert / Photo: MARCO LONGARI - AFP

Vaste semi-désert sud-africain, le Karoo est parcouru de pistes de terre qui mènent à plusieurs fermes séculaires où paissent des chèvres angora, élevées pour leur mohair. Le pays concentre plus de la moitié de la production mondiale de cette fibre naturelle.

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Seules les pales d'acier d'éoliennes de pompage ponctuent le "veld", la steppe herbeuse sud-africaine. Après des kilomètres sur une piste cahoteuse, des pignons à volutes typiques de l'architecture coloniale néerlandaise émergent.

"Wheatlands 1912", affiche l'un d'eux. "C'est le bâtiment le plus récent ici", prévient l'éleveur Lloyd Short, qui a grandi sur l'exploitation familiale de 7.700 hectares.

Sa réputation, Wheatlands ne la doit pas au charme de sa thébaïde raffinée. Le trésor des lieux est constitué de chèvres angora, bêtes singulières aux oreilles tombantes, aux cornes courbes et à la toison d'or. Leurs boucles aussi soyeuses que duveteuses se vendent jusqu'à 900 rands (45 euros) le kilo et servent à confectionner pulls et tricots, le plus souvent mélangées à de la laine.

L'entreprise de filature italienne Vitale Barberis Canonico, un des plus prestigieux fabricants de tissus pour costume, se fournit par exemple aussi en mohair sud-africain.

"Les deux premières tontes sont les plus lucratives", explique Lloyd Short. L'éleveur de septième génération récupère alors en moyenne 1 kg par animal à la première tonte, puis 1,5 kg à la deuxième. Le poids augmente ensuite un peu avec l'âge mais la fibre perd en qualité avec le vieillissement.

Il possède environ 2.000 chèvres angora, autant que son frère. Les Short ont la chance - une consécration - d'être les uniques fournisseurs d'une célèbre maison de couture française. Une façon pour la marque d'assurer la traçabilité de son approvisionnement avec un producteur de confiance et de protéger son image.

Car le mohair sud-africain a subi en 2018 une crise ayant laissé le secteur méfiant. L'ONG de défense des animaux Peta avait diffusé une vidéo d'un incident, rarissime selon les éleveurs: une chèvre achevée après la coupe accidentelle d'une artère lors de la tonte.

Du jour au lendemain, de nombreuses marques internationales avaient annoncé publiquement abandonner cette fibre. Il a fallu deux ans pour convaincre le monde de la mode d'y revenir, après la mise en place d'un label d'élevage responsable prévoyant des contrôles par une tierce partie.

"En 2020, la situation a changé et la demande a commencé à remonter un peu", explique Marco Coetzee, directeur de l'organisation représentative du secteur Mohair South Africa.

- De la Turquie au Karoo -

Le pays a fourni 56% de la production mondiale en 2024, d'après ses chiffres. Le secteur compte environ 30.000 emplois dont des centaines dans le Karoo, devenu terre d'accueil inattendue de la chèvre angora, une race venue de Turquie.

Son introduction dans la première moitié du XIXe siècle est floue. Cadeau d'un dignitaire ottoman ou importation par un militaire britannique ? Les versions divergent mais, près de deux siècles plus tard, les angoras s'y délectent des plantes succulentes locales.

"On y trouve de magnifiques espèces du veld, des plantes au goût sucré. Presque tout est comestible", vante Sean Hobson, propriétaire de la ferme Martyrsford, qui élève des angoras depuis 1865.

"Les régions à l'humidité plus élevée ne sont pas aussi propices à la production de fibres", détaille-t-il. "On y trouve beaucoup plus de parasites et de tiques."

Pour s'en protéger, les chèvres passent régulièrement dans des bacs de trempage entre les deux tontes annuelles. Un bain d'après-shampoing sert aussi à donner un "bon départ" aux mèches de poils pour "donner cette belle boucle", selon M. Hobson.

"Le monde entier achète du mohair, d'abord pour son lustre. Ce n'est pas que ça brille mais ça fait ressortir les couleurs", décrit Pierre van der Vyver, directeur général du courtier House of Fiber.

Des effluves de bergerie embaument son entrepôt où reposent des centaines de balles de mohair, à deux pas des quais de Gqeberha (ex-Port-Elizabeth). Avec son principal concurrent OVK, sud-africain également, ils se partagent à parts quasi égales plus de 70% du marché mondial - rien que le Lesotho voisin pesant 16% de celui-ci.

Presque tous les clients, excepté Vitale Barberis Canonico, l'achètent en pelotes. Elles sont transformées par un duopole, encore une fois sud-africain (Samil et Stucken), qui se partage le secteur dans les mêmes proportions et traite des fibres venues d'Australie ou du Royaume-Uni.

"Les Chinois aimeraient nous concurrencer, mais heureusement, le travail du mohair demande beaucoup de savoir-faire technique", analyse Pierre van der Vyver. "C'est un processus bien plus lent que pour la laine. C'est une fibre spéciale." Elle prospère dans le désert.

M.Romero--PV

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