Pallade Veneta - Qui pour s'occuper de nos aînés ? L'aide aux personnes âgées, perle rare en dépit de l'urgence

Qui pour s'occuper de nos aînés ? L'aide aux personnes âgées, perle rare en dépit de l'urgence


Qui pour s'occuper de nos aînés ? L'aide aux personnes âgées, perle rare en dépit de l'urgence
Qui pour s'occuper de nos aînés ? L'aide aux personnes âgées, perle rare en dépit de l'urgence / Photo: VALERY HACHE - AFP/Archives

Eunice Yao a connu son "premier mort" la semaine dernière. En alternance dans une maison de retraite de la région parisienne, la jeune femme de 20 ans a eu du mal à trouver le sommeil la nuit qui a suivi.

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Mais pas de quoi pour autant ébranler sa détermination à s'engager dans le métier d'accompagnante éducative et sociale (AES) qu'elle a découvert au détour d'"un job d'été" et qui lui permet de "venir en aide" aux personnes qui en ont le plus besoin.

"Il y a des personnes âgées qui se retrouvent seules, la dame qui est partie n'avait pas de famille, c'est d'autant plus important de les accompagner" à la fin de leur vie, estime-t-elle auprès de l'AFP.

"Je me dis +si je ne le fais pas, personne d'autre ne le fera+", abonde Guevina Kinzunza, 25 ans, qui suit la même formation en alternance à l'école des métiers de la pharmacie, du paramédical et du médico-social (ACPPAV) à Juvisy-sur-Orge (Essonne), jugeant essentiel "d'accompagner dignement" les personnes en perte d'autonomie.

A l'heure où le tsunami démographique se rapproche -le nombre de Français de 75 à 84 ans va augmenter de 50% entre 2020 et 2030- Eunice et Guevina font toutefois figure de perles rares.

Les candidats au poste d'accompagnant de personnes âgées ne se bousculent pas au portillon, rebutés pour certains par des conditions de travail intenses et physiques, un manque de reconnaissance, des salaires bas ou refroidis par le scandale Orpea qui a terni l'image du secteur des Ehpad.

Quant aux salariés existants, ils sont 17% dans les Ehpad à envisager un changement de métier d'ici trois ans, selon l'Observatoire du bien vivre en Ehpad publié par le Label vivre ensemble.

Des désirs de reconversion qui tombent au plus mal. Selon une étude de la Drees publiée en février, entre 150.000 et 200.000 emplois supplémentaires seront nécessaires en 2050 pour prodiguer les soins de base (toilette, habillage, repas, déplacements etc) aux personnes âges en perte d’autonomie à domicile ou en établissement.

Sur le terrain, le recrutement tourne au casse-tête. "Aujourd'hui en moyenne, pour une offre d'emploi, on récupère 1 ou 2 CV, en 2005 on était entre 10 et 15 CV", relève Frank Nataf, président de la Fédésap, la Fédération de services à la personne et de proximité. "On a un vrai problème de vieillissement de notre population salariée qui a 49 ans aujourd'hui en moyenne", ajoute-t-il.

- "Tétanisées" -

La situation est loin d'être une surprise. Depuis des années maintenant, les acteurs de terrain et les fédérations concernées ne cessent de tirer la sonnette d'alarme. Pour l'heure en vain.

Promise au début du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, la loi grand âge, censée répondre aux défis à venir, est aujourd'hui dans les limbes. Le gouvernement a indiqué travailler sur des mesures permettant d'améliorer l'attractivité des métiers, mais sans donner plus de précisions.

"Les personnes en mesure de prendre des décisions sont totalement tétanisées devant les enjeux", estime Frank Nataf. "Elles ne voient pas les solutions et se disent que si elles commencent à mettre le doigt dedans, ça va coûter une fortune."

"Ce qu'il faut comprendre c'est que si on ne fait rien, ça va effectivement coûter une fortune", ajoute-t-il.

Pour Françoise Gobled, présidente de la Fédération nationale des associations et amis des personnes âgées et de leurs familles (Fnapaef), "c'est une question de budget et également une question de solidarité nationale: comment le citoyen sera peut être aussi amené à payer une contribution solidaire".

Loin des tergiversations politiques, Eunice entame sa tournée matinale à la résidence Tamias à Quincy-sous-Sénart (Essonne).

"Bonjour Mme C., vous avez bien dormi ? Comment vous sentez-vous ? Je peux ouvrir vos volets ?", lance-t-elle, avant d'entamer, tout en douceur, la toilette de la résidente. "Je vous ai mis une jupe aujourd'hui, il fait beau."

En six mois, elle a appris les petits plaisirs de chacun. Celui de Mme D. c'est un "petit verre de sirop de menthe".

"On ne peut pas leur donner tout ce dont ils ont envie, mais ce qu'on peut faire, on le fait. C'est important de se sentir utile et d'avoir un métier qui a un sens", conclut-elle.

R.Lagomarsino--PV

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