Pallade Veneta - Arnaud Rousseau, grand patron cultivateur, garde la tête de la FNSEA

Arnaud Rousseau, grand patron cultivateur, garde la tête de la FNSEA


Arnaud Rousseau, grand patron cultivateur, garde la tête de la FNSEA
Arnaud Rousseau, grand patron cultivateur, garde la tête de la FNSEA / Photo: Bertrand GUAY - AFP/Archives

Grand cultivateur et président d'un géant agroalimentaire, Arnaud Rousseau garde la tête du puissant syndicat FNSEA pour un second mandat, droit dans ses bottes face à ceux qui le qualifient d'"agrobusinessman" et décidé à défendre "l'acte de produire" dans un monde en guerre.

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A peine réélu jeudi - sans surprise, il était le seul candidat -, le céréalier de 52 ans a affirmé sa détermination à remettre la "souveraineté alimentaire" et "la capacité à produire" au coeur des débats à un an de la présidentielle en France et alors que se construit le budget de la future PAC (Politique agricole commune) à Bruxelles.

Sa silhouette haute au maintien martial est largement inconnue du grand public quand il succède, en 2023, à l'éleveuse de porcs Christiane Lambert comme président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA).

Depuis, son ton posé et volontiers patriote, son vocabulaire précis parfois "un peu techno", tacle avec sympathie un cadre du syndicat, se sont imposés dans les médias à la faveur d'une crise agricole quasi-continue depuis trois ans.

- "Goût d'entreprendre" -

Il lui est régulièrement reproché, notamment par les syndicats concurrents, d'être déconnecté de la majorité des paysans. Son exploitation francilienne (colza, tournesol, blé, betterave, maïs, légumes...) est hors normes à l'échelle de la France: 700 hectares détenus avec son épouse, quand la moyenne en grandes cultures est d'environ 100 hectares.

Lui se plaît à parler du "goût d'entreprendre" et des agriculteurs comme des "chefs d'entreprise", loin de l'image d'Epinal du paysan laboureur. Il estime qu'"exercer en même temps des responsabilités économiques et syndicales donne de la cohérence".

Diplômé d'une école de commerce parisienne, il a travaillé dans le courtage agricole avant de reprendre en 2002, peu avant ses 30 ans, l'exploitation familiale de Trocy-en-Multien (Seine-et-Marne) dont il est maire depuis 2014. Il a été réélu au premier tour en mars avec 100% des voix, sans opposant dans ce village de moins de 300 habitants.

Surtout, il préside toujours le conseil d'administration du groupe Avril (8,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025), actif dans les huiles alimentaires (marques Lesieur, Puget), les agrocarburants, la chimie dérivée du végétal ou encore l'alimentation des animaux d'élevage.

Ces mandats "sont le fruit de la légitimité qui m'a été donnée par le vote", rappelle Arnaud Rousseau, affirmant qu'il est présent "comme les parlementaires" dans sa commune le lundi pour la permanence en mairie et le vendredi, pour s'occuper de ses terres quand les responsabilités ne l'appellent pas ailleurs.

Mais c'est sous son mandat que la FNSEA et ses alliés des Jeunes Agriculteurs ont perdu pour la première fois la majorité absolue, lors des élections professionnelles de 2025.

S'ils ont gardé la main sur l'immense majorité des chambres d'agriculture, leur hégémonie a été bousculée par les contestataires de la Coordination rurale (CR), qui attire désormais quelques adhérents FNSEA déçus.

- "Compétiteur" -

Arnaud Rousseau reconnaît auprès de l'AFP qu'"il peut y avoir de la frustration quand les combats menés ne donnent pas le fruit attendu dans un délai attendu", mais estime que "la colère ne fait pas un programme".

Il se félicite de voir que la FNSEA reste le premier interlocuteur de l'Etat, un "pôle de stabilité" face aux changements de gouvernement, mais aussi un corps intermédiaire "qui dépose des amendements" et obtient "des avancées".

Dans un monde désormais en guerre, où les agriculteurs voient flamber les prix du carburant et des engrais, il promeut la vision d'une France agricole "compétitive", voie moyenne entre la radicalité de la CR et l'anticapitalisme de la Confédération paysanne, refusant "écologie punitive" et "sirènes de la décroissance".

Les "attaques", "ça a plutôt tendance à me galvaniser", dit-il, se voyant en "compétiteur".

Dans un podcast de 2022, ce père de trois enfants relatait sa chute dans un silo en 2010: "le genre d'accident dont normalement on ne réchappe pas. (...) Je suis remonté tout seul (...) à la force des bras avec les deux jambes cassées."

Neuf mois après, cet ancien officier de la réserve opérationnelle (1996-2009) marchait 1.500 km jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne.

D.Bruno--PV

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