"Un billard à beaucoup de bandes": discussions inédites entre Prime Video et le cinéma français
Des millions en jeu et une date limite au 31 juillet : le cinéma français et Prime Video discutent à bas bruit d'un accord qui pourrait voir la plateforme américaine investir davantage dans le 7e art en contrepartie du droit de diffuser les films plus tôt après leur sortie.
Ces échanges, inédits en France avec la plateforme d'Amazon, restent encore informels mais sont scrutés par ses rivaux et par une filière inquiète pour ses financements.
"C'est un billard à beaucoup de bandes", résume un participant qui, comme la dizaine de personnes jointes par l'AFP, requiert l'anonymat.
Un scénario à plusieurs prix
Le 7 mai, avant le festival de Cannes, le régulateur de l'audiovisuel avait annoncé avoir trouvé un accord avec Prime Video pour recalculer l'enveloppe que la plateforme est tenue, comme les autres diffuseurs, d'allouer à la création audiovisuelle et cinématographique en France.
L'Arcom avait annoncé que Prime Video porterait sa contribution annuelle de 40 à 90 millions d'euros jusqu'en 2028, dont au moins 18 pour le cinéma, et était prêt à mettre davantage sur la table.
La plateforme accepterait de débourser 110 millions si elle obtenait des professionnels du cinéma (producteurs, réalisateurs...) le droit de diffuser les films moins de 12 mois après leur sortie.
Prime doit actuellement patienter 17 mois contre 15 pour sa rivale Netflix et neuf pour Disney+, la seule plateforme à avoir conclu, en janvier 2025, un accord avec la profession. Premier financeur du cinéma français, Canal+ trône, lui, au sommet de cette "chronologie des médias" avec un délai de six mois.
Avec Prime, l'Arcom a, selon une source, "aménagé les conditions d'une discussion contractuelle" en fixant également une date limite : un accord entre la plateforme et la profession doit être conclu d'ici au 31 juillet.
Audiovisuel ou cinéma ?
Au cœur des négociations, la répartition de ces potentiels 110 millions d'euros entre audiovisuel et cinéma.
La réglementation prévoit que 30% de cette somme seraient au minimum alloués au 7e art, soit 33 millions d'euros, mais la profession espère davantage. "Seule une augmentation significative des investissements dans le cinéma permettrait à Prime d'avancer dans la chronologie des médias", estime un producteur.
Et pour l'heure, selon une source associée aux discussions, le compte n'y est pas. "Ce que nous propose, pour l'instant, Amazon n'est pas à la hauteur de ce que d'autres services offrent", dit-elle.
Selon cette source, Prime consentirait à consacrer 7,5% de son chiffre d'affaires France au cinéma pour passer sous la barre des 12 mois quand Disney+ avait obtenu une chronologie à neuf mois en fixant cette part à 14%.
Sollicité par l'AFP, Amazon ne souhaite pas commenter les détails des discussions mais un porte-parole insiste sur l'"engagement" du groupe "en faveur de la création française".
"Nous sommes en discussion avec les organisations professionnelles depuis plusieurs semaines et restons déterminés à aboutir, grâce à un dialogue constructif, à un résultat positif", indique ce porte-parole dans une déclaration écrite.
Une source haut placée dans l'écosystème du cinéma mais extérieure aux discussions confie à l'AFP voir d'un bon œil un accord avec Prime. "Les seuls acteurs qui ont des moyens actuellement sont les streamers et il faut donc s'appuyer sur eux", dit cette source.
Aléas et leviers
Pour peser dans les discussions, outre sa puissance industrielle, Amazon a un atout dans sa manche. En avril 2025, le groupe avait, comme Netflix avant lui, engagé un recours administratif pour contester l'accord sur la chronologie des médias signé quelques mois plus tôt par une majorité d'autres acteurs du cinéma et de l'audiovisuel.
"Le retrait de ce recours serait évidemment une contrepartie", estime un producteur. "Il n'y aura pas d'accord autrement".
Une autre ombre plane sur les discussions: Canal+, même s'il ne participe pas aux négociations, pourrait voir d'un mauvais œil la progression de Prime dans la chronologie des médias après avoir fustigé l'accord de janvier 2025 entre la profession et Disney.
Mécontent, le groupe avait ensuite réduit ses financements annuels pour le cinéma français, de 220 à 170 millions d'euros en 2026.
"Si Amazon tombe à neuf mois, ça ne plaira pas à Canal, ce n'est pas un scoop", prédit une source proche du dossier.
G.Riotto--PV