Electriciens et gaziers mobilisés pour défendre leur "tarif agent"
Les électriciens et gaziers sont appelés à faire grève mardi contre une remise en cause de leur tarif préférentiel de l'énergie, un avantage qui fait partie de leur rémunération.
"Il n'y aura pas de passage en force", a assuré mardi matin la ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon, pour qui il n'est "pas question de remettre en cause le tarif agent" : "la question c'est le niveau de fiscalisation", a-t-elle expliqué sur France 2, souhaitant "un dialogue" avec les représentants syndicaux pour "régulariser cette situation".
Le ministère de l'Energie avait dit envisager de revoir ce "tarif agent", après "une mise en demeure de la Cour des comptes" de se "mettre en conformité sur la valorisation de cet écart (...) entre ce tarif et la valeur réelle de l'énergie". Cette question devrait être tranchée dans un arrêté ministériel.
Maud Bregeon a indiqué mardi qu'elle recevrait dans l'après-midi les organisations syndicales, qui prévoient un rassemblement devant Bercy à l'appel d'une intersyndicale (CGT/CFDT/CFE-CGC/FO).
Afin de mettre la pression sur le gouvernement, les grévistes se sont mobilisés dès le matin dans plusieurs centrales nucléaires, entraînant de fortes baisses de puissance disponible, comme au Tricastin, à Flamanville, Nogent-sur-Seine, Penly, Cattenom, Paluel et Saint-Alban.
A Gravelines, plus grande centrale nucléaire de France, environ 80% des salariés étaient en grève, selon les syndicats, mais sans impact sur la production.
"Ce qu'on veut, c'est frapper fort, avoir une journée qui marque les esprits, (...) et par la suite, si on n'est pas entendu, on ira plus loin", a déclaré à l'AFP Nicolas Dessertenne de la CGT, évoquant de possibles arrêts de tranche.
Augmentation de la fiscalité et des cotisations sur cet avantage en nature: la mise en oeuvre des recommandations publiées en juillet par la Cour des Comptes entraînerait "une perte de pouvoir d'achat", déplore M. Dessertenne, évaluant cet avantage à 2.000 euros par an pour un foyer de quatre personnes.
Sans le tarif agent, "au niveau salaires, EDF ce n'est pas terrible", grince Jessica, 36 ans, employée de la centrale de Gravelines. "Le tarif agent permet que ce soit correct", mais sans cet avantage, les salaires dans les usines voisines d'Aluminium Dunkerque et AstraZeneca seraient "plus attractifs que nous", craint-elle, alors que le secteur de l'énergie est engagé dans une grande campagne de recrutement, sur fond d'électrification du pays et de relance du nucléaire.
A Marseille, une manifestation des électriciens et gaziers a rassemblé une centaine de personnes, a constaté un photographe de l'AFP. Elle s'est accompagnée d’une coupure de courant dans le centre-ville, selon les pompiers.
Les grévistes étaient également mobilisés au barrage hydraulique de Lyon-Villeurbanne pour "défendre" le tarif agent, a indiqué la CGT.
- Un secteur en plein recrutement -
Cette composante historique du statut des électriciens et gaziers concerne quelque 140.000 salariés du secteur, mais aussi les près de 160.000 retraités des entreprises issues des opérateurs historiques EDF et GDF (dont Engie, Enedis, GRDF, etc.) et d'autres entreprises, dont des distributeurs locaux d'énergie.
Dans un rapport mi-juillet, la Cour des comptes évalue son coût à "plus de 700 millions d'euros en 2024" pour le groupe EDF. Il affirme que ses bénéficiaires "acquittent désormais moins de 2% des tarifs moyens de l'électricité ou du gaz payés par les consommateurs". Un chiffre contesté par certains syndicalistes, qui évoquent un tarif autour de 10% de celui payé en moyenne les ménages.
Les taux de grève sur de précédentes mobilisations de ce type "dépassaient les 80% de grévistes, (...) je pense que ça sera très suivi", a déclaré Fabrice Coudour, secrétaire général de la FNME-CGT, premier syndicat de la branche, qui souligne que la grille de salaires des industries électriques et gazières (IEG) "débute en dessous du Smic".
La grève devrait être sans incidence pour les usagers dans l'immédiat, mais le mouvement pourrait se durcir si le gouvernement persiste à vouloir relever la fiscalité de ce tarif agent, ont prévenu certains responsables syndicaux.
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F.M.Ferrentino--PV