Pallade Veneta - Concilier sécurité économique et investissements étrangers, l'exercice d'équilibriste de Bercy

Concilier sécurité économique et investissements étrangers, l'exercice d'équilibriste de Bercy


Concilier sécurité économique et investissements étrangers, l'exercice d'équilibriste de Bercy
Concilier sécurité économique et investissements étrangers, l'exercice d'équilibriste de Bercy / Photo: Kenzo TRIBOUILLARD - AFP

Des Etats ou entreprises étrangères prédateurs, qui s'attaquent aux entreprises et à la croissance françaises : la menace grossit, alerte Bercy, qui veut renforcer le contrôle de la sécurité économique des entreprises françaises sans faire fuir les investisseurs étrangers.

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"Certains Etats utilisent leur position prééminente dans les échanges, dans le système financier ou l'innovation technologique, à des fins de coercition ou de prédation", a ainsi déclaré le ministre de l'Economie et des Finances, Roland Lescure, jeudi en ouverture des premières Assises de la sécurité économique à Bercy.

Tentative de captation de la propriété intellectuelle, signature de partenariats déséquilibrés, attaques réputationnelles, espionnage, activiste actionnarial visant à influencer la stratégie d'une entreprise... : les modes d'action sont très variés, a expliqué Bercy.

Les services de l'Etat ont traité 750 alertes de sécurité économique en 2025, trois fois plus qu'en 2020, selon le ministère, qui précise toutefois que cela est dû en partie à une meilleure détection des menaces.

Dans la course technologique qui s'accélère entre les pays, "les entreprises françaises sont des challengeurs crédibles et donc des cibles", a encore indiqué Roland Lescure, soulignant que nous sommes "confrontés à des risques de prédation".

Les alertes concernent des petites et moyennes entreprises à 80%, et toutes les régions françaises sont touchées.

Bercy a ainsi fait état de risques d'alertes de sécurité économique "qui sont à la fois plus nombreuses, plus étendues, plus diverses dans leurs origines et plus variées dans leurs modes opératoires".

"Tout ce qui va fonder une croissance solide et durable, peut être instrumentalisé", selon Bercy.

La tenue des Assises de la sécurité économique avait été annoncée en juillet par le ministre lors de la remise d'un rapport parlementaire demandé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, après l'annonce de la vente de l'entreprise française de défense LMB Aerospace à l'américain Loar Group.

Cette cession avait suscité polémiques et protestations à droite comme à gauche.

- Les investissements étrangers "sont nécessaires" -

Le ministère a, dans le cadre de ces Assises, publié sa doctrine en la matière.

"Le premier objectif ce matin, c'est de faire connaître notre doctrine à toutes les entreprises, aux laboratoires de recherche, aux établissements d'enseignement supérieur et de recherche", a détaillé Bercy lors d'une conférence téléphonique.

Le but : mieux coordonner et accélérer l'action entre entreprises et administrations.

Un délicat exercice d'équilibriste pour le gouvernement, qui continue à faire les yeux doux aux investisseurs étrangers.

"Notre dispositif a une vocation défensive", a ainsi assuré le ministre.

"Face aux menaces de prédation, un dispositif de protection réactif et ciblé est nécessaire à la préservation des technologies, des savoir-faire et des capacités individuelles qui feront notre activité dans la durée", a-t-il détaillé.

"L'ouverture et la sécurité économiques, j'en suis convaincu, peuvent être complémentaires", a martelé Roland Lescure.

Car, a-t-il continué, "les investissements, les partenariats étrangers sont nécessaires" pour "accélérer notre développement, nos capacités d'innovation".

La direction générale du Trésor a par ailleurs publié, jeudi également, son rapport annuel sur le contrôle des investissements étrangers en France (IEF), faisant état d'une activité qui "s'est maintenue à un niveau élevé en 2025", avec un champ d'application élargi.

Ainsi, 418 dossiers (demandes d'autorisation, demandes d'examen préalable et notifications de franchissement du seuil de 10% des droits de vote dans une société cotée) ont été soumis, contre 392 en 2024 et 309 en 2023.

Près de la moitié de ces dossiers ne nécessitaient finalement pas d'autorisation. Pour les autres, 167 investissements ont été autorisés, avec, pour près de la moitié, des conditions imposées à l'investisseur.

Les deux tiers des investisseurs sont originaires de pays extérieurs à l'Union européenne.

O.Mucciarone--PV