Colère des lycéens: répit dans la mobilisation avant une nouvelle journée d'actions
La mobilisation lycéenne a observé un répit mercredi, au moment où le gouvernement multiplie les signes d'apaisement pour mettre fin à la crise et à la veille d'une nouvelle journée d'actions prévue jeudi, "acte IV" du mouvement.
Selon le ministère de l’Éducation, le mouvement était en "net recul" mercredi à la mi-journée.
Mais il a reçu le soutien de plusieurs syndicats qui appellent à une journée de grève et de manifestations jeudi. Et une majorité de Français (55%) sont bien à l'égard de la mobilisation: 26% déclarent la soutenir et 29% expriment de la sympathie pour celle-ci, selon sondage Elabe pour BFMTV.
Au total, 459 établissements ont connu mercredi une suspension totale ou partielle des cours (276 totalement, 183 partiellement), contre 891 mardi, a indiqué le ministère, ajoutant que "les actions et perturbations" concernaient 232 établissements, contre 496 mardi.
À Bordeaux, un seul lycée restait bloqué mercredi et deux autres sont fermés à cause de dégradations. Devant le lycée Marie-Curie à Marseille, les pompiers ont dû intervenir pour un adolescent blessé à la tête.
"C'était pacifique, on a fait une chaîne humaine. Je me suis fait gazer, je n'ai jamais eu ça de ma vie", a dénoncé Linda, 16 ans, en terminale.
Plusieurs établissements parisiens comme Hélène-Boucher ou Voltaire étaient toujours bloqués par des lycéens. Devant Sciences Po Paris, bloqué dans la matinée, le face à face entre étudiants et forces de l'ordre s'est rapidement tendu.
"La manifestation de (mardi) nous a boostés. La lutte continue. On va finir par être écoutés", veut croire Léa, devant les grilles du lycée Ozenne à Toulouse.
À Lyon, entre 200 à 300 lycéens se sont réunis devant le lycée Ampère-Diderot, dont l'entrée a été bloquée par des poubelles et des barrières métalliques enchevêtrées. "Si on s'arrête maintenant, le gouvernement va penser que la répression policière a marché pour faire taire les lycéens", estime Anna, élève de terminale.
- "Semaine noire" -
Le mouvement pourrait reprendre de l'ampleur jeudi, plusieurs syndicats l’Éducation nationale - le Snes-FSU, la CGT, FO et Sud - ayant appelé à une journée de grève et de manifestations en soutien à la mobilisation des lycéens.
"On a prévu une semaine noire, on va bloquer chaque jour jusqu'à samedi", assure Pierre (prénom modifié), en terminale au lycée Condorcet à Paris.
À la veille de cet "acte IV", le gouvernement a multiplié les signes d'apaisement à l'attention de jeunes qui, pour certains, ont repris le chemin des cours mais pour d'autres continuent les blocages.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l'usage des grenades assourdissantes "tant que la lumière n'a pas été faite" sur celle qui a blessé un adolescent de 15 ans à Lens (Pas-de-Calais).
Mais pour le patron des socialistes et candidat à la présidentielle Olivier Faure, il faut aller plus loin et interdire aussi les lanceurs de balles de caoutchouc, les LBD.
Dix-huit enquêtes de la "police des polices" ont été ouvertes, a indiqué Laurent Nuñez. En tout, 215 élèves et 85 personnels de l’Éducation ont été blessés, ainsi que près de 800 policiers et gendarmes.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a plaidé pour organiser des demi-journées "banalisées", sans cours dans les lycées pour permettre aux élèves et personnels de faire remonter leurs difficultés.
"La parole lycéenne est précieuse et doit être entendue", a affirmé sur X le chef du gouvernement, qui doit prononcer une allocution en fin de journée.
- Lycéens sceptiques -
Des propos qui laissent sceptiques certains lycéens, pour qui les ministres "ne prennent pas au sérieux" les élèves, juge Clara (prénom modifié), en seconde au lycée Condorcet à Paris.
Devant son établissement dont l'entrée est barrée par un amoncellement de poubelles, elle estime que ces temps d'échanges ne seront "intéressants" que s'ils débouchent sur "des mesures concrètes".
Le principal syndicat des chefs d'établissement, le SNPDEN-Unsa, refuse de mettre en place cette journée et exige d'être reçu, avec des élèves, par le président Emmanuel Macron.
Parmi leurs revendications, les lycéens demandent la suppression de Parcoursup, ce que refuse le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste, estimant que "cette question est d'une immense démagogie".
Un autre front s'est ouvert pour l'exécutif, l'enseignement supérieur, dont 40% des établissements étaient perturbés mardi, selon le ministère.
Titulaire du portefeuille, Philippe Baptiste a reçu mercredi après-midi l'intersyndicale de l'enseignement supérieur, mais celle-ci a quitté la réunion pour protester contre un budget 2027 jugé insuffisant et pour signifier leur soutien au mouvement étudiant et lycéen.
Selon l'Union étudiante, 80 campus universitaires étaient bloqués mercredi matin, 20 de plus que mardi. "On ne va rien arrêter", a affirmé sa porte-parole, Sabrine Kharbach.
A.Saggese--PV