Les Fidji accélèrent leur transition énergétique pour sortir des fossiles
Grandement dépendantes aux carburants fossiles qui pompent plus de 10% de leur PIB, les îles Fidji passent à la vitesse supérieure dans la transition énergétique, poussées à se renouveler par la flambée des prix.
Des centaines de mètres de câbles électriques serpentent entre les palmiers du village fidjien de Rukurukulevu, connectant ses habitants au réseau national mais aussi à quelques panneaux solaires.
L'électricité est parvenue cette année seulement au dernier bâtiment du village qui en était encore privé : un jardin d'enfants, à quelques mètres de la mer.
Mais son coût augmente drastiquement, poussant les habitants à se tourner vers les énergies renouvelables, dans un pays qui importe l'intégralité de ses besoins en hydrocarbures.
"Certaines maisons reçoivent des factures de 100 dollars et plus. L'église, les salles communes et la maison du pasteur, c'est autour de 200, presque 300 dollars par mois", détaille à l'AFP le porte-parole du village, Vereniki Nalio.
Autour de la maison de M. Nalio, plusieurs voisins ont franchi le pas et posé des panneaux solaires. Des installations récentes, qui visent à s'affranchir du réseau du pays.
La hausse des prix de l'énergie liée à la guerre au Moyen-Orient a poussé le village à considérer les énergies renouvelables avec un œil nouveau, explique Vereniki Nalio.
"Ils ont dit qu'il n'y avait plus de carburant, qu'il n'y aurait plus d'essence livrée aux Fidji. C'est à ce moment-là que nous avons pensé au solaire", se souvient-il.
Certains habitants disposent de petites lampes solaires pour éclairer les chemins entre les maisons. Le reste du village compte encore largement sur le réseau national.
Mais peut-être plus pour longtemps. Selon M. Nalio, le village projette d'utiliser l'énergie solaire dans ses principaux bâtiments publics, et chaque habitant participe au règlement des coûts.
"Le solaire est déjà là", souligne le porte-parole en pointant le ciel.
- "Ponction" -
Les îles Fidji ont accueilli début octobre une réunion préparatoire à la COP31, pressant les dirigeants mondiaux de débloquer rapidement des financements pour la transition énergétique.
Comme pour illustrer les difficultés des nations du Pacifique, une importante panne d'électricité survenue le deuxième jour de la conférence a plongé les 4.000 participants dans le noir. Le réseau énergétique instable des Fidji avait été submergé.
Le pays dépend trop des énergies fossiles, a déclaré à l'AFP le ministre des Travaux publics, des Services météorologiques et des Transports, Ro Filipe Tuisawau.
Pour y remédier, les Fidji vont investir 2 milliards de dollars fidjiens (800 millions d'euros) au cours de la prochaine décennie pour sortir des combustibles fossiles, avec d'importants projets solaires et hydroélectriques.
L'archipel consacre aujourd'hui jusqu'à 400 millions de dollars fidjiens (159 millions d'euros) par an à l'importation de carburants polluants, soit 12 % de son produit intérieur brut, indique Ro Filipe Tuisawau.
"C'est une énorme ponction sur nos ressources", constate le ministre.
Les îles Fidji visent à ce que 90 % de leur consommation d'énergie proviennent d'énergies renouvelables d'ici 2035. Le pays projette aussi d'investir au moins 460 millions de dollars fidjiens (182 millions d'euros) dans des fermes solaires au cours des quatre prochaines années.
Environ 650 millions de dollars fidjiens (258 millions d'euros) sont alloués à deux nouveaux barrages hydroélectriques et plus de 700 millions servent à étendre leurs principales lignes de transport d'électricité.
"Avec les prix, avec les enjeux géopolitiques, et en plus El Niño en ce moment, la situation est très difficile", s'inquiète Ro Filipe Tuisawau.
"Les niveaux de nos barrages hydroélectriques sont en train de baisser et nous serons confrontés à une situation critique si la situation ne change pas en termes de pluie d'ici la mi-novembre", prévient-il.
"Nous devrons probablement instaurer un rationnement de l'eau et de l'électricité dans les quatre prochaines semaines si rien ne change", alerte le ministre.
"Les hôtels peuvent en profiter pour l'instant, mais nous allons couper l'eau de leurs piscines".
R.Zaccone--PV