Pallade Veneta - Une étude quantifie le lien entre émissions de CO2 et déclin des ours polaires

Une étude quantifie le lien entre émissions de CO2 et déclin des ours polaires


Une étude quantifie le lien entre émissions de CO2 et déclin des ours polaires
Une étude quantifie le lien entre émissions de CO2 et déclin des ours polaires / Photo: Olivier MORIN - AFP/Archives

Les ours polaires symbolisent depuis longtemps déjà les dégâts causés par le changement climatique, qui fait fondre la banquise dont dépend leur survie.

Taille du texte:

Mais quantifier l'impact d'une seule centrale à charbon sur ces emblématiques mammifères n'avait pour le moment jamais été fait.

Une nouvelle étude, publiée jeudi dans la revue Science, montre qu'il est désormais possible de calculer le lien direct entre une certaine quantité d'émissions de gaz à effet de serre, et le nombre de jours sans glace dans les zones habitées par les ours -- ce qui affecte en retour le pourcentage d'ours atteignant l'âge adulte.

Grâce à ce degré de précision, les auteurs de cette étude espèrent pouvoir remédier à ce qui est perçu comme une faille de la loi américaine.

Les ours polaires sont en effet classés comme espèce menacée depuis 2008, sous la protection de la loi américaine sur les espèces en voie de disparition.

Mais un argumentaire juridique, publié la même année, empêche que cette loi soit utilisée pour évaluer de nouveaux permis de projets d'énergies fossiles à la lumière de considérations climatiques, et de leur impact sur ces espèces.

Rédigé par David Bernhardt, un avocat de l'administration du président républicain George W. Bush, cet argumentaire faisait valoir que la science était incapable de distinguer l'impact d'une source spécifique de gaz à effet de serre, par rapport à l'impact de la globalité des émissions.

"Nous avons présenté les informations nécessaires pour casser" cet argumentaire, a déclaré à l'AFP l'un des auteurs de l'étude, Steven Amstrup.

- Survie des oursons -

Les ours polaires ont besoin de la banquise pour chasser les phoques, se déplacer ou encore se reproduire.

Quand celle-ci fond en été, ils se retirent dans les terres ou sur la glace loin des côtes, où ils peuvent rester longtemps sans manger. Ces périodes de jeûne s'allongent à mesure que le réchauffement climatique s'intensifie.

Une étude majeure publiée en 2020 avait été la première à calculer le lien entre les évolutions observées de la banquise à cause du changement climatique et le nombre d'ours polaires.

En s'appuyant sur ces travaux, les deux auteurs de cette nouvelle étude ont établi la relation existant entre les émissions de gaz à effet de serre, le nombre de jours de jeûne, ainsi que le taux de survie des petits oursons.

Ils ont fait ce calcul pour 15 des 19 sous-populations d'ours polaires, entre 1979 et 2020. Et on pu en tirer de nombreuses conclusions.

Par exemple, le monde émet actuellement 50 milliards de tonnes de CO2 ou de gaz équivalent dans l'atmosphère annuellement, ce qui selon l'étude réduit de 3% par an le taux de survie des oursons dans la population d'ours polaires de la mer de Beaufort.

Chez les populations en bonne santé, le taux de survie des oursons durant leurs premières années de vie est d'environ 65%.

"Pas besoin d'une grande variation à la baisse pour ne plus avoir assez d'oursons à la génération suivante", fait valoir M. Amstrup.

L'étude fournit en outre aux autorités américaines les outils pour pouvoir quantifier l'impact de nouveaux projets d'énergies fossiles, comme de nouvelles centrales, sur les ours polaires. Et la technique peut également être appliquée rétroactivement pour comprendre l'impact passé d'un projet spécifique.

- "Lien incontestable" -

Pour Joel Berger, chercheur spécialisé en préservation de la faune à l'Université d'Etat du Colorado, cette nouvelle étude établit "un lien quantitatif incontestable entre les émissions (de gaz à effet de serre, ndlr), le déclin de la banquise, la durée du jeûne (...) et la démographie des ours polaires".

Et ces travaux pourront avoir des implications allant bien au-delà des ours polaires et être par exemple adaptées à d'autres espèces, comme les coraux ou les cerfs des Keys, estime la co-auteure Cecilia Bitz.

"J'espère vraiment que cela va entraîner beaucoup de recherches scientifiques", a-t-elle à l'AFP, ajoutant être toujours à la recherche de nouvelles collaborations.

R.Zarlengo--PV

En vedette

Déplacer le village de Miquelon: pas un modèle mais des leçons à tirer, selon une géographe

Présenté comme le premier village de France relocalisé face à la montée des eaux, Miquelon, dans l'archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon, avance dans son déplacement: après la tempête Fiona en 2022 et le début des aménagements, la phase 2 du projet va commencer. Interrogée par l'AFP, la géographe Xenia Philippenko analyse les avancées et les limites de l'opération.

France: près de 8.000 décès en excès après un été de canicules quasi continues

L'été le plus chaud jamais vécu par l'Hexagone depuis 1900, avec sa succession presque ininterrompue de canicules, a fait près de 8.000 morts en excès, selon des données provisoires des autorités sanitaires.

Indonésie : les incendies, menace supplémentaire pour l'éléphant de Sumatra

Les éléphants de Sumatra, une espèce en danger critique d'extinction, sont encore plus menacés par les incendies qui ont ravagé des centaines d'hectares de leur habitat sur cette grande île d'Indonésie, a indiqué mercredi une organisation de protection de la faune sauvage.

Au G20 Energie, les Etats-Unis cherchent à vanter leur puissance et faire oublier la guerre en Iran

A la réunion des ministres de l'Energie du G20 qu'ils organisent au Texas, les Etats-Unis martèlent le message de leur puissance énergétique, quitte à mettre de côté les conséquences de la guerre en Iran et les inquiétudes environnementales.

Taille du texte: