Pallade Veneta - A Niamey, des "brigades de veille" contre "la menace imminente"

A Niamey, des "brigades de veille" contre "la menace imminente"


A Niamey, des "brigades de veille" contre "la menace imminente"
A Niamey, des "brigades de veille" contre "la menace imminente" / Photo: - - AFP

Une dizaine d'abord, puis une trentaine de personnes arrivent peu à peu une fois la nuit tombée au rond-point Francophonie à Niamey, répondant à l'appel des militaires qui ont renversé fin juillet le président Mohamed Bazoum.

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Vendredi soir, des partisans du coup d'état ont ainsi investi plusieurs ronds-points centraux de la capitale nigérienne. La veille, les putschistes avaient invité la population à "la vigilance" contre les "espions et les forces étrangères" et à rapporter tout "mouvement d'individus suspects".

"On s'est installé sur les ronds-point stratégiques pour faire des piquets de nuit avec la population", explique Boubacar Kimba Kollo, coordinateur du Comité de soutien au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP, qui a pris le pouvoir), créé au tout début du putsch le 26 juillet, et dont les premières déclarations reprises par la télévision d'Etat datent du 29.

"Tout le monde tourne autour de (ces ronds-points) pour avoir accès à la capitale", décrit-il en expliquant avoir déployé des membres du Comité sur plusieurs de ces ronds-points centraux de Niamey.

L'objectif, explique-t-il, est de "surveiller les allers et venues de toute personne suspecte, qu'on essaie d'arrêter nous mêmes". Pour lui, "c'est un combat du peuple!"

Qui sont ces suspects? "Ce sont des informations que nous avons, mais que nous ne pouvons que taire", dit-il. "Nous avons des informations réelles qui nous poussent à dire qu'il y a une menace imminente sur la capitale, nous ne pouvons pas rester" sans rien faire.

Fait-il référence à une possible intervention militaire prochaine des pays ouest-africains voisins qui font monter la pression avant la fin, dimanche, de l'ultimatum qu'ils ont donné aux putschistes pour rétablir le président Bazoum dans ses fonctions?

Il y a certes cela, reconnaissent plusieurs personnes rassemblées, mais pas seulement: "C'est même pas la Cedeao (Communauté économique des Etats ouest-africains) qui nous inquiète, mais une intervention française", affirme le coordinateur Kimba Kollo en évoquant pêle-mêle légion étrangère, ennemis du peuple, et plus généralement, "tous ceux qui essaient de nous attaquer".

Devenue la principale harangue populaire des manifestations pro-putsch organisées depuis le 26 juillet, un "A bas la France!" est lancé par un jeune alentour.

Un autre passe en voiture autour du rond-point avec un drapeau nigérien à la fenêtre. "C'est un patriote ça, un vrai!", dit Alassane, un jeune du quartier venu, plus par curiosité que par soutien politique, voir d'où venait la musique.

- "On restera tous les soirs" -

Le conducteur voit l'attroupement, se penche vers le siège passager, en sort un drapeau russe, met le frein à main au milieu de la route, sort de sa voiture, et brandit les deux drapeaux vers le ciel.

Ce comité de soutien fait partie, avec le mouvement de la société civile du M-62, des fers de lance du soutien aux militaires putschistes.

Ils organisent et assurent la sécurité des rassemblements pro-militaires depuis le coup d'Etat, et sont les voix de putschistes qui contrôlent à l'extrême leurs prises de parole.

A certains égards, ils ressemblent aux mouvements Yerewolo et au Collectif de défense des militaires à Bamako, deux plateformes figures de proue de la rhétorique du régime militaire malien, et aux comités de vigilance populaire proches des putschistes à Ouagadougou.

Dans les rues de Niamey, nombreux sont ceux qui, tout en soutenant ce nouveau coup de force, le cinquième de l'histoire du Niger, appellent aussi à la désescalade.

Sur la place de la Francophonie, au coeur d'un des nombreux quartiers populaires de la capitale, les voitures passent sans trop faire attention à ce rassemblement auquel se sont rapidement greffés des dizaines d'enfants talibés des écoles coraniques.

Vendredi soir, la vigilance semblait encore en rodage mais, promet le coordinateur adjoint Tassirou Issa, "on va bientôt contrôler tous les camions, tous les véhicules, nous sommes 25 millions de policiers au Niger, 25 millions de soldats", référence au nombre d'habitants du pays.

Il a une casquette floquée du général Abdourahamane Tiani, le chef des putschistes, vissée sur le crâne.

Mahamat Bachir, couturier, passe par là: "C'est important de soutenir mon pays, les militaires. Je suis venu soutenir ce qu'il se passe ici!".

Passés 22h00, l'hymne nigérien sort des enceintes. L'ambiance est joyeuse et Boubacar Kimba Kollo prévient: "On restera tous les soirs jusqu'à la fin de la menace!".

A.dCosmo--PV

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