Pallade Veneta - Allemagne: un Gambien condamné à la perpétuité pour crime contre l'humanité

Allemagne: un Gambien condamné à la perpétuité pour crime contre l'humanité


Allemagne: un Gambien condamné à la perpétuité pour crime contre l'humanité
Allemagne: un Gambien condamné à la perpétuité pour crime contre l'humanité / Photo: Ronny Hartmann - POOL/AFP/Archives

Un tribunal allemand a condamné jeudi à la prison à perpétuité un Gambien membre d'un escadron de la mort qui assassinait des opposants à l'ancien dictateur Yahya Jammeh, un jugement qualifié de "petit pas" sur la voie de la justice par les proches des victimes.

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La Cour de Celle (nord) a reconnu Bai Lowe, 48 ans, coupable de "crime contre l'humanité, meurtre et tentative de meurtre dans trois cas au total" au terme du tout premier procès mené en Allemagne sur les exactions commises sous le régime de Yahya Jammeh (1994-2017).

M. Lowe, qui avait clamé son innocence, a secoué la tête à l'énoncé du verdict, a constaté un journaliste de l'AFP.

En tant que chauffeur des "Junglers", groupe paramilitaire chargé d'intimider ou d'éliminer toute forme d'opposition, il a participé à des assassinats dans son pays entre 2003 et 2006, dont celui du correspondant de l'AFP Deyda Hydara, abattu par balles le 16 décembre 2004.

Son fils, Baba Hydara, présent à Celle, a qualifié le jugement d'"important" pour les victimes de la dictature, mais estimé auprès de l'AFP que ce n'était "qu'un début".

Deyda Hydara a été rédacteur en chef et cofondateur du journal indépendant The Point, et correspondant de l'AFP pendant plus de 30 ans.

Ce père de quatre enfants avait également été correspondant pour l'ONG Reporters sans frontières (RSF) et était considéré comme un doyen parmi les journalistes de ce petit État d'Afrique de l'Ouest.

Le jugement rendu jeudi "est le premier reconnaissant que des crimes contre l'humanité ont été commis par Yahya Jammeh", a réagi Patrick Kroker, l'avocat de M. Hydara.

- Interview radiophonique -

Le tribunal a fait une demande, restée sans réponse, auprès des autorités gambiennes afin qu'elles l'assistent dans ses poursuites, a précisé le juge Ralf Günther.

Il a toutefois pu réunir suffisamment de preuves contre le Gambien, y compris des photos le montrant en uniforme militaire et une interview radiophonique en 2013 où il avait livré un rapport détaillé des crimes et de leur exécution.

L'intéressé a affirmé par la suite avoir menti lors de cet entretien et avoir seulement voulu faire comprendre à ses concitoyens la cruauté du régime de Yahya Jammeh.

Réfugié en Allemagne depuis 2012, il avait été interpellé à Hanovre en mars 2021.

Son procès a été possible car l'Allemagne se reconnaît une compétence universelle pour certains crimes graves en vertu du droit international, qui lui permet de juger sur son sol des suspects indépendamment de leur nationalité ou du lieu où les crimes présumés ont été commis.

Outre le meurtre de M. Hydara, le Gambien a été condamné pour son implication dans une tentative de meurtre d'Ousman Sillah, un avocat, d'Ida Jagne et de Nian Sarang Jobe, qui travaillaient pour le journal co-fondé par Hydara, et pour le meurtre d'un ancien soldat gambien, Dawda Nyassi.

- Un "petit pas" -

"Le verdict d'aujourd'hui est un petit pas sur la voie d'une justice complète pour les crimes du régime de Yahya Jammeh", a déclaré Reed Brody, un avocat de la Commission internationale des juristes qui travaille avec les victimes de Jammeh.

"Il faut à présent que le véritable commanditaire, le dictateur Yahya Jammeh et tous ses complices, répondent de leurs crimes", a renchéri Antoine Bernard, Directeur du plaidoyer de RSF.

Parmi les autres procédures en cours hors Gambie figure celle de Ousman Sonko, ex-ministre de l'Intérieur, qui est poursuivi en Suisse depuis 2017 pour crimes contre l'humanité.

Le gouvernement gambien a de son côté annoncé en février œuvrer avec l'organisation des Etats ouest-africains à la mise sur pied d'un tribunal chargé de juger les crimes commis sous les quelque 22 ans de règne de l'ancien dictateur.

La tâche s'annonce ardue étant donné que l'ancien président vit en exil en Guinée équatoriale, pays avec qui la Gambie n'a aucun accord d'extradition.

Il s'agit d'un des gros dossiers sur le bureau d'Adama Barrow, qui a succédé à M. Jammeh à la tête du plus petit pays d'Afrique continentale à la faveur d'une victoire surprise à la présidentielle de 2016.

B.Fortunato--PV

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