Pallade Veneta - Espagne: feu vert du Parlement à l'examen du projet de loi d'amnistie controversé

Espagne: feu vert du Parlement à l'examen du projet de loi d'amnistie controversé


Espagne: feu vert du Parlement à l'examen du projet de loi d'amnistie controversé
Espagne: feu vert du Parlement à l'examen du projet de loi d'amnistie controversé / Photo: JAVIER SORIANO - AFP/Archives

Les députés espagnols ont donné mardi leur feu vert à l'examen par le Parlement du projet de loi d'amnistie des séparatistes catalans, concédée par le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez en échange du soutien des indépendantistes à sa reconduction au pouvoir.

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Cette décision, validée par une majorité de 178 députés sur 350, permet à ce projet de loi hautement controversé de démarrer officiellement son parcours parlementaire, six ans après la tentative de sécession de la Catalogne en 2017, à l'origine de l'une des pires crises politiques de l'Espagne contemporaine.

"Ce que nous voulons, c'est changer de logiciel pour sortir d'une confrontation sans fin et sans solution" en Catalogne, où le sentiment séparatiste a pris de l'ampleur dans les années 2010, avait assuré au début des débats Patxi Lopez, président du groupe socialiste à la Chambre des députés.

Un message martelé depuis plusieurs semaines par Pedro Sánchez, au nom de la "réconciliation" nationale. Il s'agit d'une décision "complexe à expliquer" à l'opinion publique, mais "nécessaire" pour avancer vers la "résolution" du conflit "politique", a insisté lundi le Premier ministre, opposé par le passé à une telle amnistie.

La promesse de l'adoption rapide par le Parlement d'une amnistie a permis à Pedro Sánchez d'être reconduit mi-novembre pour un nouveau mandat grâce aux voix indispensables des députés des deux partis séparatistes catalans, qui en avaient fait la condition sine qua non de leur soutien.

Une fois votée, vraisemblablement dans plusieurs mois, cette loi entraînera la levée par les tribunaux des poursuites lancées contre des centaines de militants et de dirigeants indépendantistes pour leur implication dans les évènements de 2017.

Elle bénéficiera en premier lieu à Carles Puigdemont, le président régional catalan en 2017, qui pourra ainsi faire son retour en Espagne, six ans après sa fuite en Belgique pour échapper aux poursuites judiciaires.

Soutenue par une majorité absolue de députés, venus des rangs de la gauche, de l'extrême gauche et des partis basques et catalans, cette amnistie divise profondément la société espagnole et a provoqué une levée de boucliers d'une partie de la magistrature.

Ces dernières semaines, le PP, arrivé en tête des législatives du 23 juillet devant les socialistes, mais incapable de se hisser au pouvoir faute de soutiens suffisants au Parlement, a mobilisé massivement dans la rue.

- "Recul démocratique" -

"Cette loi d'amnistie est (...) injustifiable. Elle représente un recul démocratique, est contraire à la séparation des pouvoirs et humilie le peuple espagnol", a dénoncé mardi son chef, Alberto Núñez Feijóo, à la tribune de la Chambre des députés.

"C'est la séance la plus triste (...) à la Chambre des députés depuis cet après-midi du 23 février 1981", où les "Cortes" avaient été prises d'assaut lors d'une tentative de coup d'Etat militaire, a-t-il ajouté.

Le PP, qui dispose de la majorité absolue au Sénat, a promis de faire tout ce qui était en son pouvoir pour retarder l'adoption du texte, que les socialistes veulent faire voter dans le cadre d'une procédure d'urgence permettant de diviser par deux les délais d'examen.

La formation conservatrice a par ailleurs annoncé qu'elle déposerait un recours contre la future loi devant le Tribunal Constitutionnel.

Accusant le Premier ministre de mener un "coup d'Etat", le numéro un du parti d'extrême droite Vox, Santiago Abascal, est monté d'un cran dans sa rhétorique anti-Sánchez. "Viendra le moment où (...) le peuple voudra le pendre par les pieds", a-t-il lancé ce weekend dans une interview au journal argentin Clarín.

Un "discours de haine" inédit "depuis des décennies très sombres" pour le pays, a réagi le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, dans une référence implicite à la Guerre civile (1936-1939) et à la dictature du général Franco (1939-1975). Les socialistes ont annoncé leur intention de porter plainte contre M. Abascal.

Plus préoccupant pour le gouvernement, l'amnistie à venir des indépendantistes catalans provoque une fracture dans les rangs du Parti socialiste. Selon un sondage publié lundi par le quotidien El Mundo, 45,8% des électeurs ayant voté pour le parti de Pedro Sánchez lors des législatives y sont opposés.

A.Tucciarone--PV

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