Pallade Veneta - En Serbie, l'opposition en mission impossible ?

En Serbie, l'opposition en mission impossible ?


En Serbie, l'opposition en mission impossible ?
En Serbie, l'opposition en mission impossible ? / Photo: Andrej ISAKOVIC - AFP

Pressions, intimidations, publication de vidéos intimes ... faire campagne dans l'opposition en Serbie peut sembler relever de la mission impossible à l'approche des élections législatives du 17 décembre, tant le prix à payer est élevé.

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"A chaque fois", explique Borko Stefanovic, candidat de la liste d'opposition Serbie contre la violence, "on se dit que ça n'a jamais été pire. Qu'ils ne se sont jamais comportés de manière aussi violente. Mais malheureusement, cette fois encore, nous sommes confrontés à une peur énorme, partout en Serbie... Nous vivons dans un pays de violence, de corruption et de criminalité terrible".

En 2018, M. Stefanovic, déjà candidat de l'opposition, a été agressé par un groupe d'hommes que son parti a accusé d'être proches du pouvoir. Des photos le montrant la tête ensanglantée avaient déclenché un immense mouvement de protestation.

"Le climat de violence, de peur et de pression sur les électeurs est le résultat" de l'union "de l'ancienne famille politique - de Seselj, Vucic et Dacic", estime-t-il, en référence à certains alliés du président, Aleksandar Vucic : Vojislav Seselj, condamné pour crimes contre l'humanité, et Ivica Dacic, ministre et ancien porte-parole de l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic.

"Aujourd'hui, on peut dire que tous les citoyens sont visés. Des milliers de personnes subissent de graves conséquences simplement parce qu’ils ont une opinion différente. C'est pour ça que nous devons lutter", ajoute-t-il pour expliquer qu'il ne soit pas retiré de la vie politique.

Fin novembre, une délégation de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a exprimé son inquiétude face à une campagne électorale polarisée, à des "niveaux jamais vus(...) d'incitation à la peur et d'attaques contre l'opposition".

Les tensions s'intensifient à mesure que la campagne progresse.

Le 17 novembre, c'est un incendie qui s'est déclaré chez Slavisa Momcilovic, président du comité municipal du Parti démocrate et candidat aux élections locales à Prokuplje, dans le sud-est de la Serbie.

Ses machines agricoles d'une valeur de plusieurs dizaines de milliers d'euros ont été détruites, mais la police n'a toujours pas déterminé qui en était responsable.

"Je suis allé me renseigner, la police m'a dit que l'enquête était en cours. C'est tout ce qu'ils m'ont dit", explique-t-il à l'AFP. "Il y a environ trois mois, la porte d'entrée du local du parti a été brisée. Nous sommes exposés à des pressions, à des chantages, à des menaces...".

- "Sans conflit" -

Dès le début de la campagne, l'une des cibles favorites des attaques était Djordje Miketic, candidat de la liste Serbie contre la violence à Belgrade. Elles ont atteint un niveau inédit lorsqu'une vidéo intime a été diffusée - d'abord sur les réseaux sociaux, puis sur une chaîne de télévision privée réputée proche du pouvoir.

La veille de sa diffusion, le président Aleksandar Vucic avait qualifié M. Miketic de "honte humaine".

"Ces derniers mois, j'ai signalé de nombreuses violations de la loi, entre autres la corruption", dit à l'AFP celui qui s'est mis en retrait de la campagne, mais est resté candidat. Ajoutant qu'il n'y a pas un représentant de l'opposition qui n'ait pas été traîné dans "la boue médiatique" en Serbie.

Car l'opposition peine à exister médiatiquement : les apparitions d'Aleksandar Vucic monopolisent environ 40% du temps d'information sur les chaînes nationales, selon une étude du Bureau pour la recherche sociale (BIRODI), un think tank qui étudie notamment les temps d'antenne. Un chiffre qui monte à plus de 70% si l'on ajoute les sujets sur le gouvernement, la Première ministre ou le parti.

Les autorités, elles, affirment que la campagne se déroule sans incidents majeurs et sans manipulations.

"Nulle part nous n'avons eu un seul conflit - ce qui arrive dans des pays beaucoup plus développés, avec une tradition démocratique plus ancienne que la nôtre. Je pense que c'est une bonne chose. Je dis cela en tant que président de la République", a déclaré Aleksandar Vucic le 6 décembre.

Les dernières élections présidentielles, législatives et municipales ont eu lieu en avril 2022. Le Parti progressiste serbe (SNS) d'Aleksandar Vucic avait alors remporté, avec ses partenaires de coalition, le plus grand nombre de sièges au Parlement, 120 sur 250, et le président Vucic avait été réélu pour un second mandat.

En 2020, la plupart des partis d'opposition avaient boycotté les élections législatives et municipales.

M.Jacobucci--PV

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