Pallade Veneta - A Gaza, pour les anciens, cette guerre est "la pire de toutes"

A Gaza, pour les anciens, cette guerre est "la pire de toutes"


A Gaza, pour les anciens, cette guerre est "la pire de toutes"
A Gaza, pour les anciens, cette guerre est "la pire de toutes" / Photo: - - AFP

Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, sort d'une nuit de froid rythmée par les bombardements: pour Liga Jabr, 89 ans, dont la vie est jalonnée de guerres, celle-ci, qui en est à son 100e jour, est "la plus dure".

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Elle a été déclenchée par une attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre sur le sol israélien depuis la bande de Gaza, faisant environ 1.140 morts, majoritairement des civils, selon un décompte de l'AFP à partir du bilan israélien. En représailles, Israël a juré d'anéantir le mouvement islamiste palestinien, pilonnant sans relâche Gaza.

Selon l'ONU, la situation humanitaire est catastrophique dans le petit territoire palestinien où 1,9 des 2,4 millions d'habitants ont dû quitter leur domicile, chassés par les combats.

Liga Jabr, adolescente en 1948, dit se souvenir de la "Nakba", la "catastrophe" que fut pour les Palestiniens le déplacement et l'expulsion d'environ 760.000 d'entre eux de leurs terres à la création de l'Etat d'Israël.

Mais "cette guerre est plus dure que tous les déplacements" de population qu'elle a connus, dit-elle à l'AFP dans le camp de réfugiés de Rafah, près de la frontière égyptienne.

Les bombardements de l'armée israélienne et les affrontements dans la bande de Gaza ont fait au moins 23.843 morts, principalement des femmes, adolescents et enfants, selon le dernier bilan du ministère de la Santé du Hamas.

Le conflit ravage le petit territoire surpeuplé et paupérisé, et ses infrastructures, notamment hospitalières. Selon l'ONU, la famine menace également. Les conditions de vie empirent encore avec l'arrivée du froid et de la pluie.

- "Jamais vu" -

"Pour être honnête, j'ai peur", dit à l'AFP Mme Jabr, dans une maison occupée par des membres de sa famille. "Je n'ai jamais vu une guerre comme celle-ci. C'est une honte", dit la vieille dame.

Comme elle, beaucoup de Gazaouis, en majorité des descendants des déplacés palestiniens de 1948, évoquent la "Nakba".

Les autorités israéliennes nient vouloir chasser la population palestinienne de la petite bande côtière, qu'elles ont unilatéralement évacuée en 2005, deux ans avant que le Hamas n'y prenne le pouvoir.

Lors de la première guerre israélo-arabe en 1948, Mme Jabr a dû quitter son village de Julis, désormais en territoire israélien, près d'Ashkelon et de Gaza. Mais l'armée "ne nous a pas tués", dit-elle, tendant l'oreille à un bruit de drones.

"Là, les Israéliens bombardent la population depuis les airs et détruisent des habitations entières", ajoute Mme Jabr. Celle de sa famille, à Deir al-Balah, dans le centre, n'est plus que ruines et elle dit avoir perdu une dizaine de proches.

Israël accuse le Hamas de se servir de la population comme bouclier humain, ce que le mouvement islamiste palestinien réfute.

Parente de Mme Jabr, Rayqa Abou Aweideh, née en 1935, partage son constat d'une guerre "plus dure et plus cruelle" que les précédentes.

En 1948, sa famille avait quitté avec deux vaches Al-Majdal, désormais dans le centre d'Israël, pour s'installer à Khan Younès, la grande ville du sud de Gaza.

Mais Mme Abou Aweideh a récemment dû fuir les violents combats s'y déroulant pour s'installer chez sa fille, à Rafah. Elle n'en bougera plus, dit-elle: "je veux rester ici, même si nous mourons", et "même s'ils me disent +Prends tout l'or du monde+".

- "La peur au ventre" -

Jouma Abou Qamar, 80 ans, a lui entretenu le rêve de retourner un jour dans son village natal de Yibna, dans le centre d'Israël, mais il n'y croit plus.

Pour lui, le traumatisme est pire cette fois: en 1948, "nous n'avons pas vu" de soldats israéliens, "nous avons marché le long de la côte jusqu'à Gaza".

Le déluge de feu qui s'abat désormais sur le petit territoire est "incomparable avec ce que nous avons vu avant, nous n'avons jamais eu à faire face à une telle guerre, à une guerre d'annihilation", dit-il.

Il n'a non plus jamais vu "autant de tentes" plantées à Rafah par des familles déplacées des zones plus au nord, dont l'armée israélienne a demandé l'évacuation au fur et à mesure de ses opérations.

"On retrouve les conditions de vie de nos ancêtres... Sauf qu'ils vivaient en sécurité", résume Oumm Sharif Kuhail, 48 ans, qui a fui la ville de Gaza: "nous avons peur en cuisinant, nous allons faire les courses sous les bombes. Tout ce que nous faisons, c'est la peur au ventre".

M.Romero--PV

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