Pallade Veneta - Face à l'AMA, les Etats-Unis relancent la bataille de l'antidopage

Face à l'AMA, les Etats-Unis relancent la bataille de l'antidopage


Face à l'AMA, les Etats-Unis relancent la bataille de l'antidopage
Face à l'AMA, les Etats-Unis relancent la bataille de l'antidopage / Photo: Andrej Ivanov - AFP

En retenant leur contribution à l'Agence mondiale antidopage (AMA), les Etats-Unis ont relancé leur bataille avec l'instance de Montréal, au risque d'exaspérer le monde sportif qui s'était largement mobilisé sur ce sujet l'an dernier.

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Mercredi, le Bureau américain de la politique nationale de contrôle des drogues (ONDCP) a suspendu le versement des 3,6 millions de dollars dus à l'AMA au titre de 2024, a annoncé l'Agence américaine antidopage (Usada).

Or les Etats-Unis sont de très loin le premier pays contributeur au budget du gendarme mondial de l'antidopage, soit près de 53 milliards de dollars pour 2024, financé pour moitié par les gouvernements et pour moitié par le Comité international olympique (CIO).

- Pourquoi les Etats-Unis suspendent-ils leur paiement ? -

Selon l'Usada, il s'agit de "protéger les droits des sportifs" que l'AMA aurait bafoués en ne commandant pas "un audit indépendant" de ses opérations après le scandale des 23 nageurs chinois contrôlés positifs en 2021 à une substance interdite mais non sanctionnés.

Cette affaire, révélée au printemps 2024 par le New York Times et la chaîne allemande ARD, avait immédiatement pris une tournure géopolitique, ravivant l'hostilité entre le patron de l'Usada Travis Tygart et l'AMA.

Tygart, déjà un virulent critique du traitement par l'AMA des affaires de dopage russe révélées en 2015-2016, accuse depuis des mois l'organisation montréalaise d'avoir "permis à la Chine de glisser des cas positifs sous le tapis".

Le gendarme de l'antidopage martèle de son côté n'avoir commis aucune faute en acceptant la thèse de la "contamination alimentaire" avancée par les autorités chinoises, et juge le sujet clos depuis qu'un rapport du procureur suisse Eric Cottier, missionné par l'AMA, a jugé qu'elle avait travaillé "de manière autonome, indépendante et professionnelle".

- Comment réagit le monde sportif ? -

Sollicités par l'AFP, ni le Comité international olympique ni les associations représentant les fédérations olympiques d'été (ASOIF) et hiver (WOF) n'ont pour l'heure commenté ce dernier développement.

Mais l'an dernier, les trois instances avaient fermement condamné le déclenchement par la justice américaine, début juillet, d'une enquête menée par le FBI sur la gestion par l'AMA du cas des 23 nageurs chinois.

Cette investigation s'appuie en effet sur le "Rodchenkov Act", promulgué fin 2020 par le président américain élu Donald Trump lors de son premier mandat, par lequel les Etats-Unis se sont attribués une compétence extraterritoriale en matière de dopage.

Or pour le monde sportif, le risque est de fragiliser l'AMA, créée en 1999 dans la foulée de l'affaire Festina dans le cyclisme, pour élaborer le Code mondial antidopage et permettre une lutte cohérente selon les sports et les pays.

"Pouvez-vous imaginer ce que serait la réaction américaine si les forces de sécurité chinoises enquêtaient sur les athlètes américains ?", s'interroge auprès de l'AFP Michael Payne, l'ancien directeur du marketing du CIO.

Pour lui, les Etats-Unis "semblent délibérément essayer d'envenimer le problème", un nouvel exemple "de l'instrumentalisation politique croissante du sport".

- Quelles conséquences pour le sport américain ? -

Mercredi, l'Usada assurait que le non-paiement de la contribution américaine n'aurait "aucun impact sur le droits des sportifs américains à concourir aux Etats-Unis ou à travers le monde".

A minima, ce nouvel épisode devrait raviver les critiques sur le double standard américain en matière de dopage, puisque ni ses ligues professionnelles (basket, hockey, football américain et baseball) ni son puissant sport universitaire n'appliquent le Code mondial antidopage.

"Et l'Usada n'a rien fait pour corriger cette situation", persiflait en juillet dernier Witold Banka, le patron de l'AMA, face aux membres du CIO réunis à Paris pour leur 142e session.

Mais surtout, le CIO lui même avait mis une pression inédite lors de cette même session, en menaçant d'annuler l'attribution des JO-2034 à Salt Lake City "au cas où l'autorité suprême de l'AMA (ne serait) pas pleinement respectée".

"Les Etats-Unis ne peuvent pas nettoyer le sport tous seuls", avait promis le gouverneur de l'Utah face à la presse, alors que les responsables de Salt Lake City 2034 et du comité olympique américain avaient multiplié les paroles d'apaisement.

P.Colombo--PV

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