Pallade Veneta - Les Ehpad à bout de souffle à l'aube de 2025

Les Ehpad à bout de souffle à l'aube de 2025


Les Ehpad à bout de souffle à l'aube de 2025
Les Ehpad à bout de souffle à l'aube de 2025 / Photo: Charly TRIBALLEAU - AFP/Archives

Fragilisés par l'inflation, les maisons de retraite médicalisées (Ehpad) espèrent un geste du gouvernement dans le prochain budget, mais en attendant, un nouveau décret facilite les hausses de tarifs pour certains résidents, une bouffée d'oxygène pour leurs finances.

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"La situation budgétaire des établissements est catastrophique", estime auprès de l'AFP Annabelle Vêques, directrice de la Fédération des directeurs d'établissements pour personnes âgées (Fnadepa). "Malgré l'instabilité politique et le déficit public", il est nécessaire d'investir dans le secteur du grand âge pour que les structures puissent continuer à "payer les salaires" et pour "éviter tout risque de faillite".

Une enquête réalisée en septembre auprès de 1.600 adhérents de cette fédération a montré que 71 % s'attendaient à clôturer l'année 2024 dans le rouge, une hausse de six points par rapport à l'année précédente. La perte moyenne est estimée à 156.600 euros. Or, la moitié des établissements n'ont plus de réserves de trésorerie suffisantes pour compenser.

"Nous n'avons pas de marge de manœuvre", assure également auprès de l'AFP Pierre Roux, président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA).

Réduire le nombre de soignants, baisser le chauffage ou espacer le nettoyage des locaux: économiser sur les dépenses reviendrait à "diminuer la qualité de vie et de soins des résidents", une option inenvisageable pour lui.

- Revalorisation -

Ces postes de dépenses ont nettement augmenté ces deux dernières années, principalement en raison de l'inflation. Mais les recettes des quelques 7.000 Ehpad français publics, associatifs et privés commerciaux n'ont pas progressé au même rythme.

Les Ehpad bénéficient de trois sources de financement: une dotation de l’État pour ce qui relève des soins, un financement du département pour prendre en charge les problématiques liées à la dépendance et un paiement du résident pour régler les frais liés l'hébergement (repas, entretien des locaux, etc.).

Les pouvoirs publics ont augmenté leurs financements de façon trop limitée ces dernières années, estiment les établissements.

"Les dotations liées au soin et à la dépendance n'ont sans doute pas été revalorisées à des niveaux suffisants", reconnaît auprès de l'AFP Olivier Richefou, vice-président de l'association Départements de France (DF).

"Il faut que les établissements retrouvent du souffle et puissent investir pour se moderniser, tout le monde doit participer [à l'effort], y compris les résidents, sans mettre en difficultés les plus modestes", estime-t-il.

Pour retrouver un peu d'air, le secteur espère surtout bénéficier d'une "revalorisation conséquente" du montant accordé par l’État pour les soins. Il sera déterminé lors des prochaines discussions parlementaires sur le budget de la Sécurité sociale (PLFSS 2025).

"On attend un signal fort du gouvernement", confirme Jean-Christophe Amarantinis, président du Synerpa, principal syndicat des Ehpad privés. Lui espère "au moins 5-6%" de hausse.

- Tarifs différenciés -

Les Ehpad ne pouvaient pas accroître librement leurs tarifs d'hébergement jusqu'à présent, les hausses étant encadrées par différentes règles.

En attendant les discussions sur le budget, le gouvernement a publié le 1er janvier un décret — en application de la loi sur le "bien-vieillir" adoptée en 2024 — qui facilite les hausses des tarifs d'hébergement pour les résidents les plus aisés, ceux qui ne touchent pas l'aide sociale à l'hébergement (ASH).

Cette mesure concerne principalement les établissements publics et associatifs, qui accueillent environ 20% de résidents modestes, mais avaient pour habitude jusqu'à présent de facturer le même prix à tous. Le décret précise que les plus aisés pourront payer jusqu'à 35% plus cher pour une prestation identique.

Pour Marc Bourquin, conseiller stratégie à la Fédération hospitalière de France (FHF), qui représente les Ehpad publics, il s'agit d'une mesure bienvenue: "ce n'est pas une solution miracle, mais cela devrait aider les établissements à sortir la tête de l'eau".

Du côté des familles de résidents, en revanche, c'est la douche froide: "énormément de résidents ont déjà des difficultés pour payer leur place et cela risque de devenir une barrière à l'entrée", a réagit auprès de l'AFP Françoise Gobled, présidente de la Fédération des amis de personnes âgées (Fnapaef), qui s'est dit "choquée" par cette mesure.

Ses effets se ressentiront dans les comptes des Ehpad de façon progressive car elle ne s'appliquera qu'aux nouveaux arrivants.

F.Amato--PV

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