Pallade Veneta - Bayrou prêt à revisiter la réforme des retraites

Bayrou prêt à revisiter la réforme des retraites


Bayrou prêt à revisiter la réforme des retraites

La main tendue suffira-t-elle pour éviter une censure des socialistes ? François Bayrou a annoncé mardi devant le Parlement un "conclave" de trois mois pour réviser la réforme des retraites d'Emmanuel Macron, "sans aucun totem et sans aucun tabou" sur le départ ultracontesté à 64 ans.

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"L'injonction que le pays nous assigne", c'est de "retrouver la stabilité", a d'emblée déclaré le Premier ministre dans sa déclaration de politique générale prononcée devant l'Assemblée nationale, qui avait censuré son prédécesseur Michel Barnier au bout de seulement trois mois.

Confronté à la mission quasi-impossible de survivre, et de faire adopter un budget pour l'année en cours, il s'est montré prudemment optimiste: "Quand tout paraît aller mal, on est contraint au courage".

"Nous n'avons pas le droit, au nom de nos passions politiques, d'hypothéquer la vie de nos concitoyens", a-t-il conclu, applaudi par le camp présidentiel, plus timidement par la droite, et chahuté par une partie de la gauche.

"Je connais tous les risques" de la censure, déjà promise par la France insoumise, a admis François Bayrou.

Les Ecologistes la voteront également, a annoncé leur cheffe de file à l'Assemblée Cyrielle Chatelain à l'issue du discours. "L'écologie, c'est 158 mots au bout d’une heure et quart de discours", a-t-elle déploré.

Si le chef du gouvernement s'appuie sur les mêmes forces que Michel Barnier - le camp macroniste et la droite -, il a misé sur des négociations serrées avec la gauche, hors LFI, contrairement à son prédécesseur qui avait tenté de contenter le Rassemblement national (RN) sans y parvenir.

- "Fenêtre de tir" -

Mais à l'issue du discours, la maire de Nantes et responsable du PS Johanna Rolland ne débordait pas d'enthousiasme.

"Toutes les hypothèses sont donc sur la table y compris la censure dès jeudi", a-t-elle mis en garde, affirmant n'avoir vu "aucune avancée sur l’éducation", les jours de carences ou l’impôt sur le patrimoine.

Au coeur des tractations, jusqu'au bout figurait la réforme des retraites voulue par le chef de l'Etat et adoptée en 2023 au forceps, grâce à l'article controversé 49.3 de la Constitution, qui portait de 62 à 64 ans l'âge légal de départ. Le Parti socialiste en demandait la suspension le temps de la renégocier.

Le chef du gouvernement a annoncé vouloir "remettre ce sujet en chantier, avec les partenaires sociaux, pour un temps bref", "selon une méthode inédite", en commençant par une "mission flash" de la Cour des comptes et une réunion des partenaires sociaux "dès vendredi" au sein d'une "délégation permanente".

"Si au cours de ce conclave, cette délégation trouve un accord d'équilibre et de meilleure justice, nous l'adopterons", a promis le dirigeant centriste. Sinon, c'est "la réforme actuelle qui continuerait à s'appliquer".

L'allié historique d'Emmanuel Macron n'a donc pas évoqué de "suspension" formelle du texte de 2023 - une demande des socialistes qui hérissait une partie du camp présidentiel et de la droite.

Il a estimé qu'une "fenêtre de tir" s'ouvrait sans nécessiter de pause, puisque la loi "a prévu que l'âge légal de départ passerait à 63 ans fin 2026".

Il a assuré n'avoir "aucun tabou, pas même l'âge". La "seule exigence": ne pas "dégrader l’équilibre financier", et donc trouver d'autres pistes de financement.

- Se "ressaisir" -

Ironie du sort, c'est Élisabeth Borne, numéro deux du nouveau gouvernement, qui a lu devant le Sénat le même discours, alors qu'elle a porté cette réforme ultracontestée en tant que Première ministre il y a seulement deux ans.

"Nous sommes peut-être à quelques heures d'un accord possible", avait affirmé pourtant quelques heures plus tôt le Premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui en échange ne censurerait pas le gouvernement.

Au-delà des retraites, François Bayrou a exhorté les forces politiques à se "ressaisir pour adopter sans tarder" les projets de budget de l'Etat et de la Sécurité sociale pour 2025, laissés en jachère par la chute du gouvernement Barnier. Sans rien dévoiler de ses intentions comme en matière d'impôts.

Il a dit viser désormais sur un déficit public de 5,4% du PIB en 2025, au lieu de 5%, et une croissance de 0,9% contre 1,1% escomptés par son prédécesseur.

"Tous les partis de gouvernement, sans exception, ont une responsabilité" dans l'endettement accumulé "ces dernières décennies", a affirmé le Premier ministre, évoquant "une épée de Damoclès au-dessus de notre pays et de notre modèle social".

A droite, le porte-parole des Républicains Vincent Jeanbrun a dit que LR serait "en soutien extrêmement exigeant", veillant à ce que les "évolutions" de la réforme soient "financées" ou qu'il n'y ait "pas de nouveaux impôts".

Si les députés RN ne comptent pas censurer immédiatement le gouvernement sur ce discours, le président du parti Jordan Bardella a dénoncé un discours "lénifiant", "du bavardage et de la concertation +sans fin+", déplorant qu'il n'y ait "rien sur le pouvoir d'achat, rien sur l'insécurité, rien de concret sur l'immigration".

Le chef de file des députés macronistes Gabriel Attal a enjoint ses collègues socialistes "à ne pas voter la censure", pour que les Français puissent "reprendre espoir".

C.Conti--PV

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