Pallade Veneta - En Equateur, les narcotrafiquants s'en remettent à la protection de la Santa Muerte

En Equateur, les narcotrafiquants s'en remettent à la protection de la Santa Muerte


En Equateur, les narcotrafiquants s'en remettent à la protection de la Santa Muerte
En Equateur, les narcotrafiquants s'en remettent à la protection de la Santa Muerte / Photo: MARCOS PIN - AFP

Portant gants et ruban rouge pour conjurer le mauvais sort, la police équatorienne inspecte avec appréhension un autel dédié à la Santa Muerte, sainte mexicaine de la mort adoptée par les gangs locaux, lors d'une descente dans une cache de narcotrafiquants.

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Faux dans la main droite et globe terrestre dans la main gauche, l'inquiétante statue d'un squelette enveloppé dans une cape est la dernière découverte en date des autorités, qui tombent régulièrement nez à nez avec la Santa Muerte dans des repaires de criminels de Duran et la ville voisine de Guayaquil, dans le sud-ouest de l'Equateur, où sévissent de puissantes mafias.

Aux pieds de la sainte, des offrandes - argent, tabac, alcool, objets religieux - s'entassent, déposés par des délinquants cherchant sa protection.

Les narcotrafiquants équatoriens "s'en remettent à elle pour ne pas se faire prendre et être invincibles", explique à l'AFP Roberto Santamaria, colonel de la police de Duran, ville d'environ 300.000 habitants.

En plus des offrandes, certains tatouent l'image de la sainte sur leurs bras ou portent des amulettes à son image autour du cou.

Parfois, l'idolâtrie va encore plus loin. Un ancien membre de gang a raconté à l'AFP comment certaines de ses anciennes fréquentations ont commis des sacrifices humains.

"Ils volaient des enfants d'autres villes et les sacrifiaient devant elle (la Santa Muerte) lorsqu'ils voulaient faire un gros coup," a déclaré l'homme, qui a requis l'anonymat.

- Origines -

Le culte de la Santa Muerte remonte au 18e siècle, quand les indigènes vénéraient un squelette au centre du Mexique. Il a ensuite gagné l'Amérique centrale et d'autres pays.

La sainte a trouvé un terrain fertile dans les quartiers pauvres de Duran, où le taux d'homicides a atteint 160 pour 100.000 habitants en 2024.

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2023, le président Daniel Noboa a lancé une offensive contre la criminalité, notamment à Duran considérée comme la capitale du crime en Equateur, pays situé entre la Colombie et le Pérou, les deux plus gros producteurs de cocaïne au monde.

Le tour de vis sécuritaire du gouvernement, critiqué par les défenseurs des droits humains, comprend des états d'urgence autorisant le déploiement de militaires dans les rues.

La police a retrouvé un autel dédié à la sainte dans environ six opérations anti-criminalité sur dix effectuées à Duran en 2024.

Selon M. Santamaria, le culte de la Santa Muerte a pris racine auprès des narcotrafiquants équatoriens il y a six ans, lorsque le tristement célèbre cartel mexicain de Sinaloa a formé Los Choneros, l'un des 22 gangs locaux, en lui transférant ses croyances.

- "Maux de tête" -

Aussi connue sous le nom de Faucheuse ou Sœur Blanche, la Santa Muerte est une sainte de la guérison et de la protection également vénérée hors des gangs. Des milliers de Latino-Américains s'en remettent à elle pour un passage sûr vers l'au-delà.

Comme le Mexique, l'Equateur est un pays largement catholique, mais cela n'empêche pas le syncrétisme religieux des habitants qui concilient leur religion et la croyance dans la Santa Muerte, dont des représentations sont vendues sur les marchés ou même en ligne.

Les observateurs craignent que les personnes possédant des objets de la Santa Muerte ne soient à tort associés à des criminels face à la répression gouvernementale.

"On criminalise déjà les gens pour leur appartenance raciale, pour leur pauvreté, maintenant on va aussi criminaliser les coutumes populaires?", s'interroge la chercheuse en études sociales équatorienne Cristina Burneo.

"En Equateur, il existe une liberté de culte et n'importe qui peut l'avoir, ce n'est pas un crime", assure Roberto Santamaria.

Témoignant de la portée de la sainte, il explique que beaucoup de ses officiers ont peur de s'approcher des autels.

"Des policiers me disent qu'après les opérations, ils ont des maux de tête, commencent à se sentir malades et se sentent étourdis", dit-il, en précisant que lui ne croit pas aux pouvoirs attribués à la sainte.

Les statues trouvées par la police sur des scènes de crime ou lors de perquisitions ne sont détruites que s'il est avéré qu'elles contiennent de la drogue ou des munitions, précise-t-il.

A.Saggese--PV

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