Pallade Veneta - En Syrie, peur de la minorité alaouite victime d'attaques

En Syrie, peur de la minorité alaouite victime d'attaques


En Syrie, peur de la minorité alaouite victime d'attaques
En Syrie, peur de la minorité alaouite victime d'attaques / Photo: OMAR HAJ KADOUR - AFP

Au pied des oliviers du jardin, les trois tombes sont recouvertes de branches séchées: la Syrienne Nisrine Ezzedine pleure son mari, un fils et un neveu, tués le mois dernier par des jihadistes, au coeur de la montagne alaouite.

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Si les nouvelles autorités, pilotées par d'ex-rebelles islamistes sunnites, cherchent à rassurer les minorités, la communauté alaouite dont est issu le clan des Assad est depuis deux mois la cible d'attaques et a peur.

Cherchant à éviter l'embrasement, le nouveau pouvoir qui a renversé Bachar al-Assad le 8 décembre dénonce des actes "criminels" et "illégaux" --promettant de poursuivre les responsables.

Mais Nisrine Ezzedine attend toujours justice.

Début janvier, son mari Ammar, son fils Moussa et un neveu, Mohamed, se rendent dans l'oliveraie familiale près d'Aïn al-Sharkia, pittoresque village de l'ouest de la Syrie. Face à leur terrain des jihadistes tiennent une position.

Ces combattants "radicaux, des étrangers masqués, les criblent de balles", raconte en larmes Mme Ezzedine, 48 ans, silhouette frêle enserrée dans un manteau noir.

Ammar était fonctionnaire, Moussa et Mohamed avaient 17 ans. "Ils passaient le bac cette année", lâche Mme Ezzedine d'une voix inaudible.

Si la famille compte aussi des militaires, les victimes étaient des civils, assure-t-on dans le petit salon où ses membres s'entassent.

Si on insiste sur ce point, c'est parce que le clan Assad a puisé pendant un demi-siècle dans sa communauté --9% de la population soit 1,7 million de personnes-- pour recruter pour l'armée et la fonction publique.

"On nous a promis que les assaillants seraient poursuivis mais jusqu'à maintenant on n'a rien vu", regrette Ali Ismaïl, un parent.

- Stigmatisation -

Ingénieur électricien installé depuis dix ans à Alep, métropole du Nord, il s'est rapidement replié sur sa région après le 8 décembre.

Comme nombre de ses coreligionnaires, il craignait des représailles après la chute du régime auquel ils étaient associés --souvent bien malgré eux.

"Partout, la communauté est attaquée, il y a des accusations: +Tu es alaouite, donc tu es avec l'ancien régime, tu as commis des crimes et combattu avec Bachar+".

Face aux exactions, difficile de ne pas penser que le nouveau pouvoir est dépassé par ses franges les plus radicales. La coalition partie à l'offensive contre Assad englobait aussi des jihadistes --considérant comme hérétiques les alaouites, branche de l'islam chiite.

Mais dans l'ouest de la Syrie, les autorités disent aussi lutter contre des "loyalistes à l'ancien régime" et annoncent régulièrement des arrestations. Les deux plus hauts gradés de l'ancien pouvoir ont notamment été interpellés près de Tartous et Lattaquié.

A Jablé, sur la Méditerranée, des agents des forces de sécurité tenaient fin janvier un barrage à l'entrée de la ville majoritairement alaouite quand deux hommes ont tiré sur eux et jeté deux grenades dans un dortoir des policiers. Bilan: deux morts et trois blessés.

Les assaillants "étaient dans les rangs du régime ou faisaient partie de ses milices", affirme Ahmed Abdel Rahmane, chef de la sécurité locale. "Ils savent que s'ils sont arrêtés ils seront jugés pour leurs crimes. Ils veulent semer le chaos".

- "Vivre-ensemble"? -

Depuis le 8 décembre, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a recensé plus de 240 exécutions et "actes de vengeance" visant en majorité des alaouites, notamment d'anciens membres de l'appareil sécuritaire, essentiellement dans les provinces centrales de Homs et Hama.

Dans une localité de Hama, quelques dizaines d'hommes sirotent leur café aux funérailles des morts d'Al-Anz.

Ali al-Chahhoud est un survivant. Dans ce hameau, des hommes armés, "des Syriens parlant le dialecte local" ont fait le tour des maisons alaouites, le raflant avec une quinzaine de personnes.

"Ils nous ont tiré dessus (...) devant les femmes et les enfants", se souvient le quadragénaire. Bilan de l'opération: cinq morts et cinq blessés.

M. Chahhoud a perdu son fils adolescent de 15 ans, son père de 75 ans, son oncle de 80 ans. Lui-même a été blessé. Ses voisins, sunnites, l'ont transporté à l'hôpital.

Les assaillants ont emporté des téléphones portables et des bêtes "pour dissimuler l'aspect confessionnel" de l'attaque, estime Rajab al-Mohamed.

Il nie tout lien avec l'armée du régime. "Nous n'avons pas d'armes".

"Homs et Hama sont des provinces multi-confessionnelles. Tous ces problèmes sont provoqués pour en finir avec le vivre-ensemble", déplore Ali al-Mohamed, ancien responsable municipal.

Il est déplacé, comme les habitants de sa localité alaouite d'Al-Zoghba, et ceux d'une dizaine de villages voisins dans l'est de Hama. Dans le chaos généré par l'offensive contre Bachar al-Assad, les villageois ont fui --et avec le contexte actuel, ils ne peuvent pas rentrer.

O.Merendino--PV

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