Pallade Veneta - Mort à 95 ans de Sam Nujoma, père de l'indépendance de la Namibie

Mort à 95 ans de Sam Nujoma, père de l'indépendance de la Namibie


Mort à 95 ans de Sam Nujoma, père de l'indépendance de la Namibie
Mort à 95 ans de Sam Nujoma, père de l'indépendance de la Namibie / Photo: PIUS UTOMI EKPEI - POOL/AFP/Archives

Héros de l'indépendance et premier président de la Namibie dont il a longtemps dominé le paysage politique, Sam Nujoma est mort à 95 ans, ont annoncé dimanche les autorités de ce pays désertique d'Afrique australe.

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"Notre père fondateur a vécu une vie longue et déterminante" jusqu'à son décès samedi soir, après trois semaines d'hospitalisation, a indiqué la présidence namibienne dans un communiqué, exprimant "chagrin et tristesse".

A la tête de la Swapo, mouvement de libération qu'il avait cofondé en 1960, Sam Nujoma avait obtenu en 1990 l'indépendance de son pays vis-à-vis de l'Afrique du Sud, encore sous le régime de l'apartheid et qui avait repris la tutelle du territoire à l'Allemagne à la faveur de la Première guerre mondiale.

Il s'est employé à unifier une population de deux millions d'habitants issus d'une dizaine de groupes ethniques que l'apartheid s'était appliqué à diviser.

Le "Vieux", dont la barbe fournie évoquait Fidel Castro, avait quitté le pouvoir à 75 ans en 2005, après avoir fait modifier la Constitution pour s'offrir un troisième mandat de président. Il avait désigné un fidèle comme successeur, restant présent en coulisses.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a salué ce "combattant de la liberté (...) indissociable de notre propre histoire de lutte", l'indépendance de la Namibie ayant "fait naître en nous l'inévitabilité de notre propre libération" de l'apartheid.

Le président kényan William Ruto a qualifié Sam Nujoma, l'un des derniers pères de l'indépendance en Afrique, de "courageux et visionnaire".

Lors de l'une de ses dernières apparitions publiques en mai 2022, à 93 ans, il s'était montré le poing levé, appelant à continuer à se consacrer "aux idéaux panafricains".

L'air souvent sévère, l'ancien chef d'Etat de ce pays stable et respectant un certain nombre de libertés fondamentales était connu pour ses accès de colère contre les "colons blancs" ou les "néo-impérialistes".

Il avait jugé insuffisante la proposition de l'Allemagne en 2021 d'un dédommagement de plus d'un milliard d'euros pour le massacre de dizaines de milliers d'indigènes Hereros et Namas, considéré comme le premier génocide du XXe siècle.

"La Namibie doit retourner à la table des négociations", avait-il affirmé, dénonçant une offre allemande "terriblement insignifiante".

- Lutte armée -

Son statut de père de l'indépendance lui a assuré un soutien populaire jusqu'au bout, dans ce pays très conservateur où sa disparition a suscité un fort émoi.

Celui dont le visage est imprimé sur les billets de banque du pays avait ouvertement condamné l'homosexualité, la qualifiant volontiers de "folie".

Sur le plan diplomatique, il avait soutenu son voisin zimbabwéen Robert Mugabe dans sa politique de réforme agraire pour exproprier des fermiers blancs, et maintenu des relations avec Cuba, la Libye, l'Iran ou la Corée du Nord.

Né le 12 mai 1929 dans une famille paysanne, Sam Nujoma est l'aîné de dix enfants. Il garde les vaches et les chèvres. A 17 ans, il quitte son village reculé du nord pour s'installer dans la ville portuaire de Walvis Bay (ouest).

Il vit dans un township et découvre les discriminations contre les noirs. Il devient balayeur des chemins de fer près de la capitale Windhoek, et rapidement syndicaliste, tout en suivant des cours du soir, où il rencontre des militants indépendantistes.

Contraint à l'exil en 1960, il doit laisser derrière lui sa femme et quatre enfants.

A la tête de la Swapo, il lance la lutte armée en 1966. La guerre d'indépendance fait plus de 20.000 morts.

Devenu président, Sam Nujoma s'était refusé à instaurer une commission pour examiner les atrocités commises pendant les 23 ans de conflit entre la Swapo et les escadrons de la mort pro-sud-africains. Pragmatique, il avait intégré ces unités des "Koevoet" au sein de l'armée et de la police à l'indépendance.

Après son retrait de la vie politique, il avait repris des études et décroché une maîtrise de géologie, convaincu que les montagnes namibiennes regorgent de richesses minérales inexploitées.

H.Lagomarsino--PV

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