Pallade Veneta - "Un patriote": au Venezuela, le chagrin de la mère d'un cadet tué lors de l'opération américaine

"Un patriote": au Venezuela, le chagrin de la mère d'un cadet tué lors de l'opération américaine


"Un patriote": au Venezuela, le chagrin de la mère d'un cadet tué lors de l'opération américaine
"Un patriote": au Venezuela, le chagrin de la mère d'un cadet tué lors de l'opération américaine / Photo: Pedro MATTEY - AFP

Au moment où les premières explosions ont secoué sa base à Caracas, le cadet Saul Pereira Martinez a saisi son téléphone pour envoyer ces quelques mots à sa mère: "Je t'aime. Ca a commencé".

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Cette nuit du 3 janvier, les Etats-Unis menaient une opération éclair pour capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro, avec bombardements sur la capitale et déploiements au sol.

Saul, 18 ans, avait terminé sa garde. Pourtant, quand l'assaut a eu lieu, le jeune homme était posté à Fort Tiuna, base de retranchement de Nicolas Maduro et donc cible principale des forces de Washington.

Il a été tué dans la nuit.

Sa mère, Natividad Martinez, avait été réveillée par les premières détonations. Vers 02H00, son fils l'avait appelée après lui avoir envoyé son message.

"Il m'a dit: +maman, je t'aime+, il a deux frères, et m'a dit, +prends soin des garçons", se remémore la femme de 38 ans, rencontrée par l'AFP au cimetière général du sud de Caracas où est enterré son fils.

Natividad Martinez et son époux, beau-père de Saul, lui ont rendu hommage dimanche aux côtés du père du jeune homme, de sa petite amie et d'autres camarades.

Il venait à peine de conclure sa formation initiale à la Garde d'honneur et étudiait à l'académie militaire.

Ses proches ont apporté des fleurs, pleuré pour lui sur un rythme de vieille salsa, et rappelé des anecdotes au sujet de celui dont ils se souviennent comme d'un "courageux".

Saul avait rejoint l'armée en suivant un ami d'enfance qui, lui, se trouvait sur la base aérienne La Carlota la nuit de l'opération américaine, et a été blessé à une jambe.

Natividad Martinez n'avait pas pris peur en apprenant cette décision, saluant au contraire l'évolution de son fils, un "millénial typique".

Alors qu'il passait son temps à "faire la fête, aller ici et là, ne rien faire à la maison", il s'était mis à étudier, à faire le ménage lors de ses visites au domicile familial, travaillant sa discipline.

- "Tous des êtres humains" -

Le cadet compte parmi les dizaines de victimes de l'attaque ordonnée par le président Donald Trump. Le bilan humain, initialement établi au-delà de 100 morts, a été révisé par le ministère de la Défense vénézuélien à 83, dont 47 militaires du pays et 32 officiers de sécurité cubains.

Ce samedi-là, quelques heures après les bombardements, Mme Martinez s'était rendue à Fort Tiuna pour sa visite hebdomadaire, les bras chargés de nourriture.

Elle n'a trouvé que le silence.

Quand des noms de victimes ont commencé à circuler, la mère de famille est allée au devant des soldats, pour exiger des réponses.

"Et ils ont dû me le dire", lâche-t-elle, en fixant la tombe où le nom de son fils est écrit en pétales jaunes, bleus et blancs.

Le gouvernement a rendu hommage à Saul comme aux autres militaires tués, qui ont été promus à titre posthume.

Selon Natividad Martinez cependant, tout le monde ne semble pas pleurer ces morts. Le chavisme, à la tête du pays depuis plus de 20 ans, a creusé de profondes divisions entre les Vénézuéliens, épuisés par une crise économique qui paraît sans fin.

"Des personnes sont-elles mortes pour leurs affinités politiques dans le passé? Oui, et ce sont des êtres humains aussi. Mais ceux qui sont morts (lors de l'attaque) sont également des êtres humains. Ce sont tous des Vénézuéliens. D'un côté ou de l'autre, tous sont des êtres humains, tous ont des proches qui les pleurent", affirme-t-elle.

Et de fustiger les actes de Washington: "Tu ne peux pas venir dans mon pays et tuer des gens comme ça". "Parce qu'(ils disent que) c'était une opération propre. Ce n'était pas propre. Tu sais combien de personnes sont mortes?"

Ferme malgré le traumatisme, elle explique être fière de son fils, "mort pour sa patrie".

"Indépendamment de ce qu'ils disent, pour moi, mon fils a été un patriote, et c'est cela qui m'importe".

G.Riotto--PV

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