Pallade Veneta - Pourquoi les drones iraniens sont difficiles à brouiller

Pourquoi les drones iraniens sont difficiles à brouiller


Pourquoi les drones iraniens sont difficiles à brouiller
Pourquoi les drones iraniens sont difficiles à brouiller / Photo: Sergei SUPINSKY - AFP/Archives

Peu chers à produire, envoyés par milliers et responsables de dégâts majeurs au Moyen-Orient, les drones de conception iranienne Shahed, dont l'un a tué jeudi un militaire français au Kurdistan irakien, disposent d'outils contre les tentatives de brouillage.

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- La navigation autonome -

Les interférences sur les signaux GPS sont généralisées autour du Golfe, dans le but de désorienter les armées adverses et les drones, au prix de perturbations majeures de la navigation maritime et de la vie quotidienne. Mais de nombreux drones touchent malgré tout leurs cibles.

"En n'utilisant pas le GPS, vous évitez ce brouillage", explique à l'AFP Thomas Withington, chercheur associé au Royal United Services Institute (RUSI).

Un gyroscope prend le relais, qui mesure la vitesse, la direction et l'emplacement de l'engin, en fonction de l'endroit d'où il a décollé. C'est la navigation inertielle, en autonomie.

Au moment de frapper sa cible, le drone peut rallumer son GPS, ou rester en navigation inertielle, mais au risque d'une frappe moins précise.

- Les mécanismes anti-brouillage -

En Ukraine, les drones russes Geran-2 de type Shahed avaient "un système de suppression des interférences d'antenne à la pointe de la technologie, c'est-à-dire qu'il supprime les signaux de brouillage ennemis tout en préservant le signal GPS souhaité", selon le groupe de réflexion américain Institute for science and international security (ISIS) en 2023.

Des dispositifs anti-brouillage ont été retrouvés sur des restes de drone à Chypre, dans les premiers jours de la guerre actuelle, rapporte une source industrielle européenne à l'AFP.

"C'est assemblé à partir de pièces disponibles dans le commerce, mais il possède bon nombre des capacités dont dispose l'équipement GPS de l'armée américaine", assure à l'AFP Todd Humphreys, professeur à l'Université du Texas à Austin.

"Les Shahed ont été modernisés", explique le porte-parole de l'armée de l'air ukrainienne, Ioury Ignat. S'en défendre nécessite donc des équipements de guerre électronique plus sophistiqués et plus nombreux.

- Les matériaux -

"Un radar aime les gros avions métalliques, car le métal est une surface conductrice qui renvoie beaucoup d'énergie vers le radar", observe Thomas Withington.

Or les drones iraniens sont souvent construits "à partir de matériaux légers absorbant les ondes radar", explique le RUSI dans une note de 2023, tels que plastique ou fibres de verre.

Leur taille et leur vol à basse altitude leur permet de passer entre les mailles des systèmes de détection.

- D'autres systèmes de positionnement? -

L'Iran utilise-t-il le système de guidage chinois BeiDou, concurrent du GPS? La question agite les observateurs car le recours à plusieurs systèmes permet de mieux résister aux brouillages.

"Oui", affirme Serguiï Beskrestnov, conseiller du ministère ukrainien de la Défense pour la technologie, qui ajoute que les versions russes utilisent aussi le GLONASS, l'équivalent russe du GPS.

Lutter contre un drone connecté à plusieurs constellations satellites (GPS, BeiDou, GLONASS) nécessite de brouiller plusieurs fréquences.

"Certaines transmissions sont plus difficiles à brouiller que d'autres, mais toutes peuvent l'être", recadre auprès de l'AFP Dana Goward, président de Resilient Navigation and Timing, une fondation américaine promouvant la navigation par satellite.

D'autres soupçons portent sur Loran, un système de radionavigation sans satellite, développé pendant la Seconde guerre mondiale, et mis en silence après l'émergence du GPS. Les Iraniens avaient annoncé en 2016 relancer ce système alternatif au GPS, mais rien ne permet aujourd'hui de confirmer qu'il est activé, de l'avis de plusieurs experts.

Ce type de système nécessite aussi un réseau de gros transmetteurs au sol, moins discrets et a priori à portée de bombardements.

- Comment faire mieux? -

Pour se protéger des drones, les armées se concentrent sur une autre option: les abattre, avec des canons, des missiles, des drones intercepteurs voire des lasers, que les Israéliens et les Américains développent le plus.

Concernant l'efficacité du brouillage, "tout repose sur la capacité à détecter les émissions radio du drone, s'il en émet", analyse Thomas Withington, citant la phase finale de vol.

Les Ukrainiens, eux, ont montré que le brouillage fonctionnait.

Ils disent parvenir à brouiller ou pirater ou leurrer ("spoofing") les signaux d'une proportion conséquente des drones russes: entre mi-mai et mi-juillet 2025, Kiev en a neutralisés 4.652 grâce à la "guerre électronique", contre 6.041 abattus, sur un total de 12.851, selon des données de l'armée analysées par l'AFP. Les deux techniques - électroniques et conventionnelles - sont souvent utilisées ensemble.

Y.Destro--PV

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