Pallade Veneta - Dans le sud du Liban, les déplacés de la "zone rouge" fuient la mort et la destruction

Dans le sud du Liban, les déplacés de la "zone rouge" fuient la mort et la destruction


Dans le sud du Liban, les déplacés de la "zone rouge" fuient la mort et la destruction
Dans le sud du Liban, les déplacés de la "zone rouge" fuient la mort et la destruction / Photo: Mahmoud ZAYYAT - AFP

La file de voitures s'étend à perte de vue sur la corniche en bord de mer: à Saïda, carrefour historique et commercial qui ouvre sur le sud du Liban, les habitants de la "zone rouge" bombardée quotidiennement par Israël, affluent en masse.

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Dix kilomètres à peine séparent la "Porte du sud", comme est surnommée la ville, de la ligne virtuelle qui coupe désormais le pays en deux.

Israël, en guerre contre le Hezbollah pro-iranien, ordonne depuis le 12 mars à tous les habitants situés en-deçà du fleuve Zahrani - environ 14% du territoire - d'évacuer immédiatement.

D'abord récalcitrant, Nidal Ahmad Chokr s'est finalement décidé mardi à quitter son village de Jibchit, dans le sud, à mesure que les frappes s'intensifiaient.

"Des boulangers sont morts en préparant le pain" sur la place du village, et "des agents municipaux sont tombés en martyrs alors qu'ils travaillaient sur des bulldozers", raconte cet employé de mairie de 55 ans.

Il a rejoint la cité-refuge à 5h du matin, profitant d'un convoi de secouristes de la Défense civile. Dans son minuscule bagage, une serviette, un caleçon et ses médicaments: des anti-douleurs pour son dos et une boîte de somnifères.

La guerre a déjà jeté plus d'un million de Libanais sur les routes. Faute de place dans les centres d'accueil, des familles entières s'entassent sur le front de mer ou dorment dans leurs voitures avec des nourrissons, des vieillards, des handicapés.

- "Pratiquement désert" -

"Saïda est saturée", explique Jihan Kaisi, directrice d'une ONG dans une école hébergeant déjà trois fois plus de monde qu'elle n'est censée en accueillir. "Imaginez ces familles qui débarquent de nuit, les yeux terrifiés et me demandent +Est-ce qu'on peut dormir par terre, pour être en sécurité jusqu'au matin?+", dit-elle, dépitée de devoir les éconduire.

Safaa Al Tabl, 37 ans, est arrivée il y a trois jours avec son mari et ses cinq enfants de Kharayeb, un village du sud.

"Nous pensions pouvoir tenir le coup, mais les attaques étaient incessantes. Les drones ne quittaient pas le ciel (...) Nous ne pouvions plus dormir, ni nous reposer. C'était devenu insupportable", raconte-t-elle. "Ils visaient les gens, les maisons. Tout cela se passait sous nos yeux. J'ai vu les morts".

A la fin, "le village était pratiquement désert", dit-elle en décrivant avec émotion les chambres du logement familial qu'elle aimait décorer de tulipes. "Là-bas, c'est ma terre, mon pays, mes souvenirs, mon enfance. C'est tout pour moi".

L'espoir de revoir bientôt Kharayeb l'obsède. Mais la jeune femme redoute que les bombes détruisent pour de bon sa maison. Ou de ne pouvoir y retourner, si l'armée israélienne mettait à exécution sa menace d'une invasion terrestre de plus grande ampleur.

Celle-ci affirme pour l'instant mener des opérations "ciblées et limitées" au sol, le long de la frontière. Mais beaucoup de Libanais chassés de chez eux n'ont pas oublié les 22 années d'occupation israélienne dans le sud du pays, de 1978 à 2000.

Ni les conflits acharnés qui se sont succédé entre le Hezbollah et son ennemi juré, en 2006 et bien plus récemment, en 2024.

- "Pas le choix" -

"Dans le sud, on est très résilient, on est habitué aux bombardements (...) Je n'avais jamais quitté ma maison jusque-là", assure d'un ton bravache Mustapha Khairallah, lui aussi réfugié à Saïda.

Le vieillard juché sur deux cannes estime cependant que ce conflit est d'une autre intensité. "Là ils visent de plus en plus les civils... J'ai été obligé de partir", conclut-il alors que le bruit sourd d'une explosion vient de retentir dans les environs de la ville.

Combien s'accrochent encore à leurs terres? La plupart sont partis, mais nombre d'habitants de toutes confessions demeurent dans la "zone rouge" majoritairement chiite, qui compte aussi des chrétiens et des sunnites.

Si certains estiment que ce n'est pas leur guerre, espérant être épargnés, d'autres "n'ont pas le choix", témoigne Haidar Bitar, un entrepreneur originaire de Nabatiyeh, où il continue de se rendre régulièrement.

"Les gens n'ont pas d'argent pour partir", après des années de crise économique, rappelle-t-il. D'autant que la guerre fait monter les prix: "avant, une maison coûtait 100 ou 200 dollars. Maintenant, il faut payer 1.000 dollars, et trois mois d'avance".

Lui est persuadé qu'Israël ne pourra occuper la région, face à la résistance coriace du Hezbollah. Le groupe chiite, bien qu'affaibli et aux prises avec une armée israélienne à la puissance sans commune mesure, s'est dit prêt à "une longue confrontation".

"Ils se battent jour et nuit. Ils savent où se cacher sur terre, et sous terre", veut croire le jeune homme de 28 ans: "ça ne sera pas aussi facile pour Israël".

C.Conti--PV

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