Pallade Veneta - Dans le nord d'Israël, on reste malgré les tirs du Hezbollah

Dans le nord d'Israël, on reste malgré les tirs du Hezbollah


Dans le nord d'Israël, on reste malgré les tirs du Hezbollah
Dans le nord d'Israël, on reste malgré les tirs du Hezbollah / Photo: Odd ANDERSEN - AFP

Malgré les alertes aux tirs du Hezbollah, le crépitement de l'artillerie et le rugissement des avions de combat, Tommy Kurlender, éleveur et agriculteur israélien, refuse de quitter sa ferme de Beit Hillel, à quelques kilomètres de la frontière libanaise.

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Comme lors du précédent conflit entre son pays et le mouvement chiite libanais pro-iranien, en 2024, il assure, à 78 ans, qu'il ne partira pas.

A la tête d'un élevage d'environ 300 vaches et d'une équipe d'une dizaine d'employés, il maintient l'activité presque normalement: à midi, les bêtes s'alignent pour la traite, comme si la guerre se déroulait ailleurs.

"Je ne suis plus tout jeune. J'ai traversé plusieurs guerres dans ce pays", explique-t-il à l'AFP. "On n'abandonne pas une ferme".

Dans les vergers d'agrumes qui entourent son exploitation, toute proche de la frontière nord d'Israël, le quotidien est à nouveau rythmé par le fracas de la guerre, depuis que le Hezbollah a rouvert un front contre Israël le 2 mars en riposte à l'assassinat du guide suprême Ali Khamenei, au premier jour de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran.

- "Tristesse" -

Depuis, le mouvement libanais multiplie les tirs de roquettes et de drones contre Israël, qui pilonne de son côté des régions entières du pays voisin, jusqu'à Beyrouth, et mène des opérations au sol dans le sud, disant vouloir établir une "zone tampon".

Lors du dernier conflit contre le Hezbollah, déclenché après l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, Beit Hillel avait été évacuée avec d'autres localités du nord, et des dizaines de milliers d'habitants déplacés.

Cette fois, l'armée israélienne a indiqué qu'aucune évacuation ne serait organisée, laissant les habitants face à leur propre décision: rester ou partir.

A la ferme, Tommy Kurlender doit faire avec des bras en moins, ses deux fils ayant été mobilisés.

"C'est beaucoup d'inquiétude, mais nous ne pouvons rien y faire", dit-il.

L'agriculteur reconnaît éprouver de la "tristesse" pour les habitants du sud du Liban, contraints de fuir leurs villages situés à quelques minutes de route. Mais il juge l'offensive israélienne nécessaire, estimant que l'Etat libanais ne contrôle pas le Hezbollah.

En deux semaines, plus de 900 personnes ont été tuées au Liban et au moins un million ont été déplacées, selon les autorités locales.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a averti que ces déplacés ne pourraient pas rentrer chez eux tant que la sécurité du nord d'Israël ne serait pas garantie.

- "Qu'ils en finissent" -

Sur les hauteurs dominant Beit Hillel, les signes de guerre sont omniprésents: des convois militaires empruntent les routes sinueuses vers la frontière.

Un camion transportant un char traverse des paysages de printemps, entre amandiers en fleurs et étendues de fleurs sauvages. Dans un champ labouré, des soldats s'activent autour de blindés et de bulldozers en préparation.

Dans la vallée, à Kiryat Shmona, les rues sont presque désertes. Beaucoup envisagent de quitter la ville, mais faute d'aide gouvernementale, notamment pour payer les nuits d'hôtel comme lors des précédentes crises, les moyens manquent.

"L'atmosphère ici est très tendue", témoigne Haim Ohana, 49 ans, qui gère les abris publics pour la municipalité.

Dans cette région si proche du Liban, les habitants disposent de quelques secondes seulement pour se rendre dans ces espaces protégés lorsque retentissent les sirènes annonçant des roquettes.

Dans l'un de ces abris publics souterrains, une femme dort sur un lit superposé en plein après-midi, un homme travaille sur son ordinateur portable.

"Certains ne quittent pas les abris, ne quittent pas leur domicile (...) car parfois nous avons des interceptions avant même que la sirène ne retentisse et c'est effrayant", explique M. Ohana.

Pour Zehava Barak, aide-soignante de 54 ans, cette répétition de crises est devenue insupportable.

"Il n'est pas normal qu'il y ait une opération comme celle-ci tous les quelques mois", estime-t-elle.

Comme d'autres habitants, elle soutient toutefois la campagne israélienne au Liban, dans l'espoir qu'elle soit la dernière et qu'elle apporte enfin une sécurité durable.

"Qu'ils en finissent avec ça et la vie sera différente".

T.Galgano--PV

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