Pallade Veneta - A Delhi, faute de gaz, les travailleurs migrants envisagent de rentrer dans leurs villages

A Delhi, faute de gaz, les travailleurs migrants envisagent de rentrer dans leurs villages


A Delhi, faute de gaz, les travailleurs migrants envisagent de rentrer dans leurs villages
A Delhi, faute de gaz, les travailleurs migrants envisagent de rentrer dans leurs villages / Photo: Arun SANKAR - AFP

Rester ou retourner dans leurs villages? Faute de gaz pour cuisiner, conséquence de la guerre au Moyen‑Orient, les travailleurs migrants de New Delhi, la capitale indienne, s'interrogent.

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Depuis le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite 60% des besoins en gaz naturel liquéfié (GNL) de l'Inde, le gouvernement a affirmé avoir pris des mesures pour que les plus vulnérables puissent continuer à cuisiner.

Mais pour ces migrants venus travailler à New Delhi, faute d'emplois dans leurs villages, la réalité est toute autre.

En Inde, la vente de bonbonnes de gaz est règlementée et les consommateurs doivent présenter un document officiel pour obtenir une bonbonne par foyer.

Mais les travailleurs migrants, vivant dans les bidonvilles de la mégapole indienne, sont enregistrés dans leurs villages et n'ont pas d'autre choix que de se tourner vers le marché noir.

Accroupis dès l'aube autour de feux de petit bois destinés à la cuisson des "chapatis", le pain de base dans le nord de l'Inde, des dizaines d'ouvriers du bâtiment se disent prêts à rentrer chez eux.

"Nous partirons dès que nous n'aurons plus d'argent", affirme Milan Kumar Mondal, qui devra alors entreprendre le voyage de 1.100 kilomètres jusqu'à Katihar, dans le Bihar, l'État le plus pauvre du pays.

- Saisonniers -

L'Inde compte plus de 450  millions de migrants venus d'autres régions du pays, selon des estimations gouvernementales, qui constituent la colonne vertébrale de son économie informelle.

Des millions de personnes migrent de manière saisonnière depuis les États les plus pauvres vers les grandes villes, dans l'espoir de travailler dans la construction, les usines ou comme journaliers.

La plupart ont des revenus irréguliers et n'ont aucune épargne, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux hausses des prix et aux ruptures d'approvisionnement.

Selon le syndicaliste Rajiv Kumar Pandit, une part importante des travailleurs migrants a déjà quitté la capitale, car "les salaires sont irréguliers, le gaz n'est pas disponible et les prix sont très élevés".

M. Mondal, qui vit avec une quarantaine d'autres ouvriers dans le quartier défavorisé de Burari, dans la banlieue de New Delhi, gagne entre 600 et 700  roupies (5,50 euros à 6,50 euros) par jour.

Les prix du gaz de cuisson ont été multipliés par cinq sur le marché noir, "passant de 80 à 90  roupies (le kilo) au marché noir à 300 à 400  roupies désormais", se désole-t-il.

Cuisiner sur des plaques électriques est impossible : la puissance électrique disponible dans chacune des 8 pièces exigües de leur logement suffit à peine à alimenter une ampoule ou à recharger un téléphone.

Beaucoup se sont résolus à acheter du petit bois ramassé sur les chantiers ou dans les friches de la capitale mais son prix a presque doublé.

"Nous avons cuisiné au bois pendant les 15 premiers jours de la crise", raconte Suresh Kumar, du district de Bhagalpur. Mais quand il pleut, ce n'est pas possible, alors "ce jour-là, nous restons le ventre vide".

- Petit bois -

"Un ouvrier a besoin de trois repas par jour pour porter des pierres, travailler sur des immeubles de plusieurs étages", explique Lalu Singh, ouvrier.

"Donc si nous gagnons 500 roupies et dépensons presque tout en nourriture, que reste-t-il... Il vaut mieux rentrer à la maison et être avec sa famille".

Ramesh Kumar Mahto, 36 ans, du district de Madhepura, dans le Bihar, est prêt à rentrer dès qu'il aura été payé.

De retour dans leurs villages, ces travailleurs ont peu de chances de trouver un emploi autre que journalier, mais le coût de la vie y est plus bas et les dépenses sont partagées au sein des familles.

Naseema, enceinte de cinq mois, qui vit dans un bidonville de Noor Nagar, dans le sud‑est de la capitale indienne, va chaque jour ramasser du petit bois pour cuisiner pour ses six enfants et son mari.

La fumée qui se dégage de son poêle à bois artisanal lui brûle les yeux, ce qui l'inquiète pour la santé de son enfant à naître.

"Tant que nous pouvons nous débrouiller avec le bois, nous le faisons", explique‑t‑elle à l'AFP, mais "après, quelle autre option avons‑nous, sinon retourner dans notre village?".

L.Guglielmino--PV

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