Ukraine: quatre morts dans des bombardements russes, le missile Orechnik utilisé
Au moins quatre personnes ont été tuées et plus de cent blessées en Ukraine dans d'intenses bombardements russes nocturnes qui ont particulièrement visé la capitale, selon les autorités, Kiev et Moscou faisant état de l'utilisation par la Russie de son missile balistique à capacité nucléaire Orechnik.
Des journalistes de l'AFP ont constaté des bombardements intenses sur la capitale pendant la nuit de samedi à dimanche, qui ont fait au moins quatre morts à Kiev et dans sa région quelques jours après une attaque ukrainienne meurtrière contre un lycée dans une région occupée par la Russie, pour laquelle le président russe Vladimir Poutine avait promis une riposte militaire.
La Russie a visé l'Ukraine avec "90 missiles et 600 drones", ont indiqué les forces de l'air ukrainiennes dimanche matin, précisant que 55 missiles et 549 drones ont été interceptés.
L'un de ces missiles était un Orechnik, missile balistique hypersonique russe de portée intermédiaire et capable de transporter des ogives nucléaires, a indiqué de son côté le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
"Trois missiles russes sur une infrastructure d'approvisionnement en eau, un marché incendié, des dizaines d'immeubles résidentiels endommagés, plusieurs écoles ordinaires, et il (Vladimir Poutine, ndlr) a lancé son +Orechnik+ contre Bila Tserkva. Ils sont vraiment fous", a-t-il déclaré.
Le ministère de la Défense russe a indiqué dans un communiqué avoir utilisé plusieurs de ces missiles Orechnik, ce que Kiev n'a pour l'heure pas confirmé, affirmant que ces "frappes massives" sont une réponse à celles de l'Ukraine sur son territoire et qu'elles n'ont visé que des cibles liées à l'armée ukrainienne.
- "Chaos total" -
"Les plus grandes destructions ont eu lieu à Kiev", "cible principale de l'attaque russe", a affirmé M. Zelensky, qui a réclamé des "décisions" de la part des alliés occidentaux pour pousser la Russie vers une résolution du conflit, le pire en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
Des journalistes de l'AFP à Kiev ont entendu plusieurs séries d'explosions qui ont fait trembler les immeubles, vu des balles traçantes fendre le ciel et entendu des tirs de mitrailleuse tentant vraisemblablement d'abattre un drone au-dessus du centre-ville. Des rues sont couvertes de débris, des immeubles résidentiels fortement endommagés, un centre commercial entièrement incendié.
Selon le maire de la capitale, Vitali Klitschko, deux personnes sont mortes dans ces frappes. Une école a été touchée dans le quartier de Shevchenkivsky, et une frappe "à proximité" d'un autre établissement scolaire a entraîné le blocage, par des débris, de l'entrée d'un abri où sont réfugiés des habitants.
Le chef de l'administration militaire de la ville, Tymour Tkatchenko, a fait état d'au moins 62 blessés, dont deux enfants, tandis que les services de secours luttent contre des incendies.
"C’était le chaos total. Les enfants se sont mis à hurler, les gens paniquaient", a raconté Sofia Melnychenko, une habitante de la ville: "C’était une nuit vraiment terrifiante".
Plusieurs bâtiments culturels, dont le musée de Tchernobyl, le musée d'art national et l'Opéra de Kiev ont subi des dégâts, et le bâtiment du ministère des Affaires étrangères a été "légèrement endommagé par une explosion à proximité", a indiqué le chef de la diplomatie Andriï Sybiga.
Les bombardements russes ont également fait deux morts et neuf blessés dans la région de Kiev, au moins sept blessés dans celle de Dnipropetrovsk (centre-est), onze dans celle de Tcherkassy, et douze dans celle de Kharkiv (nord-est), selon les autorités régionales.
- Mise en garde -
Le président Volodymyr Zelensky avait mis en garde la veille contre des préparations en vue d'une frappe massive avec utilisation possible du missile Orechnik.
L'ambassade américaine à Kiev avait également "reçu des informations concernant une attaque aérienne potentiellement importante qui pourrait survenir à tout moment".
Moscou a déjà employé l'Orechnik à deux reprises depuis le début de son invasion de l'Ukraine en février 2022: en novembre 2024 contre une usine militaire, et en janvier 2026 contre une usine aéronautique de l'ouest de l'Ukraine, près des frontières de l'Otan. Dans les deux cas, les missiles n'étaient pas chargés d'ogives nucléaires.
Il l'a déployé l'année dernière au Bélarus. Ce pays allié de Moscou est frontalier de trois Etats membres de l'Alliance atlantique et de l'Union européenne - la Pologne, la Lituanie et la Lettonie - ainsi que de l'Ukraine.
Le président russe avait promis une réponse militaire après une frappe de drones ukrainiens dans la nuit de jeudi à vendredi sur des bâtiments éducatifs de Starobilsk, dans la région ukrainienne de Lougansk (est) occupée par Moscou, qui a fait 21 morts et plus de 40 blessés.
Kiev a démenti avoir visé des cibles civiles et a affirmé avoir frappé une unité russe de drones stationnée dans la région.
B.Cretella--PV