Pallade Veneta - Dans le sud du Liban, un village enterre ses "martyrs" d'une nouvelle guerre avec Israël

Dans le sud du Liban, un village enterre ses "martyrs" d'une nouvelle guerre avec Israël


Dans le sud du Liban, un village enterre ses "martyrs" d'une nouvelle guerre avec Israël
Dans le sud du Liban, un village enterre ses "martyrs" d'une nouvelle guerre avec Israël / Photo: MAHMOUD ZAYYAT - AFP

Au cimetière de Deir Qanoun an-Nahr, dans le sud du Liban, les fossoyeurs creusent des tombes pour accueillir les "martyrs" de la nouvelle guerre, aux côtés de ceux tombés dans les conflits précédents entre Israël et le Hezbollah.

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Assise sur un parpaing, Chourouk Hariri 32 ans, sanglote mardi face à trois immenses portraits: ceux de son frère jumeau Ahmad, d'un de ses camarades, et de son oncle.

"Je suis rentrée hier au village. J'ai voulu venir ici juste pour croire à sa mort", dit la jeune femme vêtue de noir, comme sa fille de dix ans qui se tient à ses côtés.

Dès qu'un accord a été annoncé lundi entre les Etats-Unis et l'Iran, supposé mettre fin à la guerre sur tous les fronts dans la région dont le Liban, les habitants ont commencé à revenir dans le village dévasté.

Ahmad Hariri, le frère de Chourouk, était photographe professionnel mais secouriste volontaire. Il laisse derrière lui une femme et une fillette de trois ans.

Il a été tué avec deux autres secouristes le 22 mai, alors qu'ils évacuaient une famille visée par une frappe israélienne sur la route du village, raconte son oncle Ali Hariri.

"Nous étions une équipe de huit secouristes, nous en avons perdu trois. Ils ont été tués en accomplissant leur devoir", ajoute M. Hariri, responsable des secouristes affiliés au mouvement Amal, allié au Hezbollah.

- "Un frère, ou un cousin" -

Pas une famille qui ne pleure ses morts dans ce village paisible de la région de Tyr, connu pour son huile d'olive.

"Deir Qanoun est le village des martyrs et des ulémas" (érudits musulmans, NDLR), dit Hussein Ghassani, secouriste du Comité islamique affilié au Hezbollah, devant le trou béant où seront accueillis les membres de la formation pro-iranienne tués au combat.

"Nous attendons 17 à 18 martyrs pour les enterrer et il reste encore des jeunes qu'on n'a pas retrouvés".

Les morts vont reposer tout près de leurs frères d'armes tués pendant la dernière guerre avec Israël, entre octobre 2023 et novembre 2024, et durant celle de 2006.

Dans le village qui compte environ 11.000 habitants, la guerre a fait depuis mars au moins 55 tués, dit Hassan al-Husseini, un responsable de la municipalité.

"Dans chaque famille, si ce n'est pas un frère, c'est un cousin" qui est mort, ajoute-t-il.

Le village a été soumis à 35 frappes israéliennes selon lui et l'armée israélienne a ordonné à ses habitants d'évacuer. Aux derniers jours de la guerre, il ne restait plus que 400 habitants.

- "Famille de résistants" -

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars pour soutenir l'Iran. Les frappes israéliennes ont fait depuis plus de 3.800 morts, selon les autorités.

Au moins 50 maisons ont été détruites, et 150 autres, endommagées, ne sont plus habitables, indique le responsable du village.

Dans une ruelle, un drapeau du Hezbollah et un portrait de son chef assassiné, Hassan Nasrallah, flottent sur un amas de ruines: c'est là qu'au moins 14 personnes, dont 13 membres d'une même famille, ont été tuées dans une frappe le 19 mai.

"C'était la maison de mon cousin, Mohammad Abbas Najdi. Il était avec sa femme, ses filles, son gendre, leurs enfants", tous tués, raconte Ali Hassan Najdi, agriculteur de 64 ans, alors que la canonnade résonne au loin.

Les Israéliens s'en sont pris à Deir Qanoun "parce qu'il leur a infligé des souffrances à toutes les périodes", affirme cet homme, rappelant fièrement que le premier kamikaze du Hezbollah est originaire du village.

En novembre 1982, lors de l'invasion israélienne, Ahmad Kassir, 18 ans, avait fait exploser sa voiture contre le siège du gouverneur militaire israélien à Tyr, faisant des dizaines de morts.

Hachem Safieddine, numéro deux du Hezbollah assassiné par Israël en octobre 2024, repose également dans un mausolée dans son village natal.

Dans la rue principale, les commerces en ruines ou endommagés se succèdent et des voitures sont calcinées.

Dalal Safieddine inspecte les dégâts dans son magasin d'articles ménagers, touché, comme sa maison.

"J'ai perdu cinq membres de ma famille: des cousins, des petits-cousins (...)", tous membres du Hezbollah, dit-elle.

"Nous sommes une famille de résistants", assure cette mère de trois enfants, âgée de 54 ans. "C'est normal de faire des sacrifices, mais au final, nous vaincrons".

P.Colombo--PV

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