Pallade Veneta - "Cruel, sadique et inhumain": le récit des militants de la "Flottille pour Gaza", au centre d'enquêtes pour tortures

"Cruel, sadique et inhumain": le récit des militants de la "Flottille pour Gaza", au centre d'enquêtes pour tortures


"Cruel, sadique et inhumain": le récit des militants de la "Flottille pour Gaza", au centre d'enquêtes pour tortures
"Cruel, sadique et inhumain": le récit des militants de la "Flottille pour Gaza", au centre d'enquêtes pour tortures / Photo: SIMON WOHLFAHRT - AFP/Archives

"Cruel, sadique et inhumain": de l'Australie à l'Allemagne en passant par Nice, six militants pro-palestiniens témoignent à l'AFP des sévices dont ils disent avoir été victimes lors de l'interpellation par les autorités israéliennes en mai d'une "Flottille pour Gaza", au cœur d'enquêtes judiciaires pour tortures.

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Les condamnations internationales se sont multipliées depuis mai quant au traitement réservé à ces 430 militants, dont une trentaine de Français. La France et l'Italie ont ouvert des enquêtes judiciaires pour tortures et crimes de guerre, qui tenteront d'établir les responsabilités, tandis que l'Australie annonçait une enquête indépendante. Les autorités israéliennes ont rejeté ces accusations.

Meriem Hadjal, Noé Tissot et Malika Baouya étaient tous les trois sur la même embarcation, le Peluxo, un voilier chargé de fournitures scolaires, de lait infantile et de médicaments, lorsqu'ils ont été interceptés par une vedette rapide israélienne, dans les eaux internationales.

Les violences auraient culminé lors de leur regroupement, en mer, sur ce que les militants ont appelé le "bateau prison".

Pour monter à bord, "on m'a tirée par le bras, soulevée avec les mains attachées en arrière. J'ai hurlé de douleur, j'ai cru qu'on m'avait arraché le bras", se souvient Malika Baouya, infirmière niçoise. "On marche tête baissée, mains sur la nuque. On nous allonge sur le sol, dans l'eau de mer stagnante. Des hommes sont +tasés+ (électrocutés avec un taser, NDLR)".

Ne gardant qu'un minimum de vêtements, munis d'un bracelet numérotés, les militants, toujours courbés vers le sol et entravés, racontent avoir été conduits un à un vers un conteneur plongé dans l'obscurité.

- "Rouée de coups" -

"Lorsque la porte s'ouvre, je vois un camarade allongé sur le sol, pantalon baissé. Un soldat commence à me palper les seins de façon sexuelle. Je prends une grosse claque. Une autre. Des soldats veulent me pousser vers le fond du conteneur. J'avais peur qu'ils me tuent", relate Meriem Hadjal, 38 ans.

"J'étais une proie face à des prédateurs. Un soldat m'attrape par les cheveux, un autre commence à me frapper. L'un passe sa main sur mes seins, mes fesses, à travers mon t-shirt", poursuit-elle.

Passée elle aussi par ce conteneur aveugle, Malika Baouya se souvient d'un "collègue au sol (qui) se fait frapper". "Je l'entends gémir, c'est horrible. Trois hommes cagoulés me tombent dessus, me rouent de coups", développe-t-elle. Au sol, elle dit qu'elle ne peut plus respirer, un soldat la "soulève par le chignon", un autre "tente de (lui) arracher la culotte".

Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne "rejette les accusations d'abus qui auraient été commis par des soldats", et assure veiller à un "traitement respectueux et approprié" des participants aux flottilles interceptés, jusqu'à leur transfert à la police à terre.

Rencontrée par l'AFP à Melbourne en Australie, la militante Violet Coco affirme que des soldats l'ont "rouée de coups". "Ils m'ont frappée plusieurs fois à la tête. Je me souviens qu'ils riaient parce que je ne répondais pas", témoigne-t-elle. "Ensuite ils m'ont donné des coups de pieds, j'ai tenté de me protéger. J'ai été blessée à la main. J'ai chuté contre la paroi du conteneur et ça les a fait rire encore. Ils ont agrippé mes parties intimes, j'ai fini avec des bleus à la poitrine et ailleurs".

- Tollé -

Lorsque le sas se rouvre, les militants sont enfermés dans un espace rectangulaire sur le pont du navire, où ils seront retenus pendant plusieurs jours, encadrés par des containers surmontés de barbelés, que l'on peut apercevoir sur une vidéo diffusée par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui a suscité un tollé.

"Je me retrouve dans cette cour face à une centaine de collègues décoiffés, visage en sang", témoigne Malika Baouya, qui souffre d'une fracture au niveau des cervicales. "J'ai vu une camarade sortir du conteneur de torture le visage tuméfié, en état de choc, un autre le T-shirt déchiré, couvert d'ecchymoses, avant de tomber au sol", ajoute Meriem Hadjal, blessée au pied.

Les Français décrivent les cris, les soldats qui les visent avec des grenades assourdissantes ou des balles de caoutchouc, le manque d'eau, d'hygiène et de nourriture, l'eau de mer qui s'infiltre partout. Ils racontent avoir dormi à même le métal glacial et le bois des conteneurs.

Les militants seront ensuite débarqués en Israël, puis détenus à la prison de Ktziot (sud). Ils décrivent d'autres mauvais traitements et humiliations à terre. En mai, l'administration pénitentiaire israélienne (IPS) avait elle aussi récusé les accusations.

- "Coups de crosse" -

"A la queue-leu-leu, ils nous insultaient, faisaient des bruits d'animaux, donnaient des coups de crosse" à l'arrivée près du port, a raconté Noé Tissot, 32 ans, aux gendarmes de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité (OCLCH).

Dans une tente, "un soldat m'a frappé d'un énorme coup de poing dans la tête et les côtes", a-t-il témoigné sur procès-verbal. Il aura une côte fêlée.

Rentré à Bochum en Allemagne, le travailleur social Johannes Happel, 29 ans, raconte à l'AFP que sa "tête a été cognée contre un poteau de tente". "J'ai vu un ami à moi se faire tabasser à coups de poing et être à plusieurs reprises jeté par terre". "Cruel, sadique et inhumain sont les adjectifs qui me viennent à l'esprit pour tout ce que j'ai vu là-bas", ajoute-t-il.

"Il y avait eu des côtes cassées, des pommettes fracturées, et une recrudescence de violences sexuelles", résume une autre activiste australienne, Neve O'Connor, qui a participé à plusieurs flottilles.

"Ce qu'on a vécu, protégés par nos passeports, n'est qu'un avant-goût de ce que vivent les prisonniers palestiniens", tient à préciser Meriem Hadjal, qui voit son témoignage comme "une arme" et pense que certains soldats ou policiers impliqués étaient franco-israéliens.

"Si on parle, ce n'est pas pour nous, c'est pour les Palestiniens", ajoute Malika Baouya, qui s'apprête à être entendue à son tour dans le cadre de l'enquête ouverte par le parquet antiterroriste français.

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A.Graziadei--PV

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