Pallade Veneta - TotalEnergies sommé par la justice de prendre en compte ses émissions indirectes

TotalEnergies sommé par la justice de prendre en compte ses émissions indirectes


TotalEnergies sommé par la justice de prendre en compte ses émissions indirectes
TotalEnergies sommé par la justice de prendre en compte ses émissions indirectes / Photo: Eric PIERMONT - AFP/Archives

Le tribunal judiciaire de Paris a enjoint jeudi à TotalEnergies d'intégrer les émissions de gaz à effet de serre de ses clients dans son plan de vigilance, une décision inédite, sans toutefois lui dicter des "mesures précises" de baisses de production, comme le demandaient des ONG et la Ville de Paris.

Taille du texte:

Dans ce jugement civil très attendu, la 34e chambre a estimé que le plan actuel du géant pétrogazier était "incomplet", lui accordant six mois pour se mettre en conformité sous peine d'un nouveau contrôle judiciaire prévu début 2027.

Les plaignants, un collectif d'associations dont Notre Affaire à Tous et Sherpa, soutenues par la Ville de Paris, accusaient le groupe d'avoir manqué à ses obligations issues d'une loi de 2017 sur le "devoir de vigilance" .

Ce texte impose aux grandes entreprises françaises de publier et de mettre en œuvre un document cartographiant les risques graves pour les droits humains, la santé et l'environnement liés à leurs activités et à celles de leurs partenaires commerciaux.

- L'empreinte carbone des clients en question -

Au cœur de ce bras de fer juridique inédit figurait la question des émissions dites de "scope 3" .

Ce terme technique désigne les rejets polluants qui ne proviennent pas directement des installations de l'entreprise (comme ses usines ou raffineries), mais qui sont générés par ses clients lors de la combustion de ses produits (pétrole ou gaz).

Pour TotalEnergies, cela représentait 335 millions de tonnes d'équivalent CO2 en 2025.

Lors de l'audience en février, la multinationale s'était défendue d'avoir à inclure ces émissions indirectes dans son plan de vigilance.

Ses avocats estimaient que la loi de 2017 "ne comprend pas le réchauffement climatique", ce dernier relevant selon eux de simples obligations déclaratives dans la documentation extrafinancière du groupe.

- Pas de mesure contrainte sur l'activité -

Le tribunal a réfuté cette interprétation, jugeant que "les émissions de gaz à effet de serre de scope 3 faisaient partie des émissions résultant de l'activité du groupe au sens de la loi" .

Les juges ont justifié cette décision par le "lien inhérent qui existe entre la production pétrogazière et la combustion des produits par les utilisateurs", l'extraction d'un baril entraînant inévitablement à terme une libération de carbone dans l'atmosphère.

La justice a néanmoins refusé d'imposer des "mesures précises" quant à l'activité de production de l'entreprise. Les plaignants réclamaient notamment l'arrêt des nouveaux projets d'hydrocarbures et une baisse drastique de la production de pétrole (de 37% d'ici 2030) et de gaz (de 25%).

Mais le tribunal a fait observer que si la loi instaurait un contrôle judiciaire, elle ne permettait pas au juge de "se substituer à la société" pour exiger la mise en place d'actions détaillées, ni pour lui rendre obligatoire "l'objectif d'une cible à atteindre".

Cette prudence fait écho à l'intervention, rare dans un procès civil, du parquet de Paris à l'audience. Le procureur avait estimé qu'"une exigence de protection trop globale" incombant aux entreprises "n'était pas envisageable", rejoignant sur ce point les arguments de TotalEnergies.

- "Une décision majeure" -

La Ville de Paris a de son côté salué jeudi "une décision majeure dans l'histoire du droit climatique français".

"Pour la première fois, le juge reconnaît que les risques climatiques relèvent bien des obligations de vigilance des grandes entreprises, et aucune multinationale fossile ne peut y échapper", a déclaré Alice Timsit, adjointe au maire de Paris chargée de la transition écologique.

TotalEnergies dispose désormais d'un délai de six mois pour compléter son plan de vigilance avec les émissions de "scope 3". Cette injonction est assortie de l'exécution provisoire, ce qui signifie que le groupe doit s'y conformer immédiatement, sans pouvoir suspendre la décision en cas d'appel.

Ce dossier s'inscrit dans une vague mondiale de contentieux climatiques visant les multinationales.

Dans une affaire similaire, la Cour suprême des Pays-Bas doit notamment se prononcer en dernière instance sur le groupe Shell, après l'annulation en appel d'un jugement historique de 2021 qui lui ordonnait de réduire ses émissions de 45% d'ici 2030.

max-nal-jvi-amd/uh/LyS

Z.Ottaviano--PV

En vedette

Les Houthis disent avoir ciblé un site d'Aramco à Ryad, après des raids saoudiens sur Sanaa

Les Houthis pro-iraniens ont affirmé avoir ciblé samedi un site du géant pétrolier Aramco à Ryad, d'où des flammes se sont élevées selon un journaliste de l'AFP, après avoir imputé à l'armée saoudienne 26 raids aériens sur Sanaa, la capitale yéménite qu'ils contrôlent.

Brésil : Lula et Flavio Bolsonaro bouclent leurs campagnes avant un scrutin serré

Bains de foule avant le grand plongeon : le président brésilien de gauche Lula et son rival conservateur Flavio Bolsonaro ont cherché à galvaniser leurs partisans en bouclant samedi leurs campagnes, à la veille du premier tour d'une élection qui s'annonce serrée.

Ethiopie: l'armée fédérale est entrée dans Mekele, capitale du Tigré, selon une source humanitaire

Les troupes fédérales éthiopiennes sont entrées samedi dans Mekele, capitale de l’État régional éthiopien du Tigré (nord), largement abandonnée plus tôt par les forces des autorités régionales rebelles qu'elles combattent depuis le 23 septembre, a indiqué à l'AFP une source humanitaire.

Espagne : manifestations monstres pour le logement, après le rejet des mesures du gouvernement

De gigantesques manifestations pour le logement ont rassemblé samedi des dizaines de milliers de personnes à Madrid et dans d'autres villes espagnoles, après le rejet par le parlement des mesures du gouvernement de Pedro Sanchez, qui pourrait convoquer des élections anticipées afin de sortir de la crise.

Taille du texte: