Poutine mène la Russie vers une possible "catastrophe", dit l'opposant russe Nadejdine à l'AFP
L'opposant russe Boris Nadejdine, visé par des poursuites judiciaires qui compromettent sa campagne pour les élections législatives et pourraient le conduire en prison, a affirmé à l'AFP que le président Vladimir Poutine menait la Russie vers une possible "catastrophe".
"Nous devons dire aux gens la vérité, nous devons dire que la politique avec laquelle Poutine dirige le pays, c'est une politique qui mène vers le chaos et peut-être, que Dieu nous en préserve, vers une catastrophe", a dit M. Nadejdine, au cours d'un entretien mercredi à Dolgoproudny, dans la banlieue de Moscou, où il habite.
Cet homme de 63 ans à la courte barbe et aux traits tirés, qui veut être candidat à la Douma, la chambre basse du Parlement, aux élections en septembre, doit comparaître vendredi devant le tribunal de Dolgoproudny, pour "démonstration de symboles extrémistes".
Pour cette infraction administrative, il encourt au maximum 15 jours de détention. Mais il n'est pas exclu que les autorités russes déclenchent ultérieurement contre lui des poursuites plus graves.
- "Dire la vérité" -
Avec calme, il explique à l'AFP avoir réfléchi ces derniers jours à la possibilité de quitter son pays si la menace d'un emprisonnement se confirmait, tout en assurant ne pas vouloir "partir" et se sentir "attaché à sa patrie".
La possibilité d'une fuite pourrait cependant s'être déjà refermée. Il a en effet annoncé jeudi sur Telegram que, dans la nuit, il s'était vu notifier par les autorités "une interdiction de partir à l'étranger" qu'il examine avec ses avocats.
Boris Nadejdine fait partie des rares personnes en Russie à dénoncer publiquement le chef de l'Etat et l'offensive en Ukraine, sans être pour l'heure privé de liberté ou en exil.
Fin 2023, cet ancien député à la Douma (2000-2003) avait été le seul opposant à la guerre à se présenter contre Vladimir Poutine à la présidentielle de mars 2024 mais les autorités électorales avaient rejeté sa candidature, prétextant des irrégularités dans sa collecte de signatures.
"Il faut faire tout ce qui est en votre pouvoir. Si vous êtes un homme politique, comme moi, il faut dire la vérité et tenter de se faire élire, pour que les gens vous soutiennent. Si vous êtes un homme ordinaire, vous pouvez venir aux élections et ne pas voter pour Russie unie", le parti pro-Kremlin, a-t-il dit à l'AFP.
- "Du délire" -
"J’agis toujours exclusivement dans le champ légal. Jusqu’au bout. Ces efforts doivent être orientés vers un changement de pouvoir en Russie par des moyens pacifiques", a poursuivi M. Nadejdine.
La semaine dernière, il a été placé sur la liste des "agents de l'étranger", un statut impliquant de nombreuses contraintes sous peine d'amendes ou d'emprisonnement.
Du fait de ce nouveau statut et de sa possible condamnation judiciaire à venir, sa candidature aux législatives, pour laquelle il rassemblait des signatures, est désormais fortement compromise.
Selon lui, ces poursuites sont liées à une hausse de sa popularité après le lancement de sa campagne électorale car il représente "une triste perspective" pour le Kremlin, celle de "l'apparition" d'un député d'opposition à la Douma.
"Aujourd'hui, absolument tous les députés sont pour Poutine et pour la guerre", martèle-t-il.
Depuis l'attaque massive contre l'Ukraine, le pouvoir russe a fortement accru la répression, emprisonnant des centaines de critiques de ce conflit. La quasi-totalité des opposants sont désormais emprisonnés, morts ou vivent en exil à l'étranger.
Pour Boris Nadejdine, les accusations de "démonstration de symboles extrémistes" le visant sont "ridicules" et ubuesques.
Il explique qu'elles reposent uniquement sur le fait que sur sa chaîne Telegram, en 2023, il avait publié l'annonce d'une émission d'une autre opposante, dans laquelle, "à la 48e minute, vous remarquerez l'apparition fugitive d’une photo de Navalny".
L'opposant Alexeï Navalny, déclaré "extrémiste" par le pouvoir russe, est mort en prison en 2024 et ses proches affirment qu'il a été empoisonné sur ordre de Vladimir Poutine. Depuis, les autorités accusent toujours régulièrement des individus de promouvoir "l'extrémisme" pour avoir partagé ses propos ou même ses photos.
"C'est comme si j'étais invité chez une jeune femme qui a dans son appartement un portrait de Navalny et on me dit : comme tu as visité un appartement où il y a un portrait de Navalny, tu es extrémiste", raille Boris Nadejdine.
"Nos tribunaux considèrent que les photos de Navalny sont des symboles d'une organisation extrémiste. C'est du délire", conclut-il.
N.Tartaglione--PV