Pallade Veneta - Hong Kong: deux militants de la mémoire de Tiananmen reconnus coupables d'"incitation à la subversion"

Hong Kong: deux militants de la mémoire de Tiananmen reconnus coupables d'"incitation à la subversion"


Hong Kong: deux militants de la mémoire de Tiananmen reconnus coupables d'"incitation à la subversion"
Hong Kong: deux militants de la mémoire de Tiananmen reconnus coupables d'"incitation à la subversion" / Photo: Leung Man Hei - AFP

Deux militants prodémocratie et organisateurs de veillées en souvenir de Tiananmen ont été déclarés coupables d'"incitation à la subversion" vendredi à Hong Kong, à l'issue d'un procès critiqué par les défenseurs des droits comme un nouveau signe d'érosion des libertés dans le territoire.

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Hong Kong et Macao ont longtemps été les seuls endroits du territoire chinois où il était possible de commémorer publiquement la répression menée par l'armée chinoise en juin 1989, après plusieurs semaines de protestations, contre les manifestants qui réclamaient des réformes politiques sur la place Tiananmen à Pékin.

De telles commémorations sont désormais de facto interdites depuis que le pouvoir chinois a imposé en 2020 une loi sur la sécurité nationale à l'ancienne colonie britannique après les manifestations prodémocratie massives, parfois violentes, de 2019.

Lee Cheuk-yan, 69 ans, et Chow Hang-tung, 41 ans, dirigeaient l'Alliance de Hong Kong, un groupe aujourd'hui dissous qui organisait des veillées annuelles au parc Victoria.

Ils ont été déclarés coupables vendredi d'avoir "incité d'autres personnes à organiser, planifier, commettre ou participer à des actions par des moyens illégaux en vue de renverser le pouvoir de l'État", selon un communiqué de presse remis aux journalistes.

Le prononcé de la peine est attendu à une date ultérieure.

Le collège de trois juges a conclu que les deux accusés avaient commis des actes constituant une "tentative de renversement ou d'affaiblissement du système fondamental (...) établi par la constitution" de la Chine.

Les militants encourent jusqu'à 10 ans de prison. Ils sont restés assis en silence sur le banc des accusés tandis que les juges énonçaient leur décision.

Ils sont détenus depuis leur inculpation en 2021.

- Pas de "droits absolus" -

Un troisième militant, Albert Ho, 74 ans, est lui aussi poursuivi mais a plaidé coupable, ce qui ouvre la porte à une réduction de peine.

L'accusation avait déclaré lors d'audiences précédentes que les prévenus avaient "mis en danger la sécurité nationale au nom des droits humains". Les libertés d'expression et d'association ne sont pas "des droits absolus", avait-elle dit.

Chow Hang-tung, avocate de formation qui a assuré sa propre défense au procès, a publié un billet sur son blog en amont de l'audience: "la justice réside dans le cœur des gens, il ne faut pas se fier à de tels jugements imposés d'en haut, et un verdict isolé n'a que peu d'importance", a-t-elle affirmé.

Depuis le début du procès, elle n'est plus escortée de la même manière, a-t-elle décrit.

"Au lieu de (me) menotter simplement, ils (m')immobilisent désormais complètement avec des menottes, des fers aux pieds, une chaîne à la taille et une chaîne aux jambes et je suis conduite par le personnel des Services Correctionnels avec une chaîne métallique, comme un chien en laisse".

- Message -

La condamnation prononcée vendredi montre "comment les manifestations publiques de deuil sont devenues un crime à Hong Kong", a déclaré Elaine Pearson, directrice pour l'Asie de l'ONG Human Rights Watch, dans un communiqué. "Ces militants ont mis en lumière la peur qu'entretient le gouvernement chinois face au souvenir de ses propres atrocités, qu’il considère comme une menace pour la sécurité nationale".

Ce procès a été largement critiqué comme une illustration de l'érosion de la liberté d'expression dans la ville.

Ce procès "envoie un message fort et glaçant à la société civile : toute critique de l'État et de ses politiques, même formulée de manière pacifique, n'est plus la bienvenue à Hong Kong", a déclaré à l'AFP Urania Chiu, maîtresse de conférences en droit à l'université Oxford Brookes.

En février, Jimmy Lai, homme d'affaires et fondateur du journal prodémocratie Apple Daily, aujourd'hui fermé, a été condamné à 20 ans de prison pour collusion avec l'étranger et publication séditieuse, la peine la plus lourde jamais prononcée au titre de la loi sur la sécurité nationale.

Selon un décompte arrêté début août, les autorités de Hong Kong ont arrêté 415 personnes pour divers motifs liés à la sécurité nationale, dont 185 ont été déclarées coupables.

F.Abruzzese--PV

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