Pallade Veneta - Au Bangladesh, l'épidémie de rougeole n'en finit pas, avec près de 1.000 enfants morts

Au Bangladesh, l'épidémie de rougeole n'en finit pas, avec près de 1.000 enfants morts


Au Bangladesh, l'épidémie de rougeole n'en finit pas, avec près de 1.000 enfants morts
Au Bangladesh, l'épidémie de rougeole n'en finit pas, avec près de 1.000 enfants morts / Photo: Salahuddin Ahmed - AFP

C'est l'une des plus meurtrières jamais recensées dans le pays: l'épidémie de rougeole qui s'est déclarée en mars au Bangladesh a bientôt fait un millier de morts, et les hôpitaux du pays ne désemplissent pas.

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Dans celui de Shishu, dans la capitale Dacca, les couloirs résonnent des pleurs des petits patients et du souffle des respirateurs.

Rima Akter ne quitte plus le chevet de son fils de 9 mois. "Un enfant est mort il y a une heure à peine. Ils l'ont évacué sur un brancard juste devant nous", confie la mère de famille de 30 ans, inquiète. "Ca fait déjà deux morts, juste pour aujourd'hui..."

Selon les derniers chiffres du ministère bangladais de la Santé, le virus a coûté la vie à 986 enfants depuis ses débuts il y a six mois, et le nombre de cas de contamination a dépassé les 180.000.

Plus d'un millier de cas sont encore recensés chaque jour dans le pays de 170 millions d'habitants.

La rougeole est considérée comme l'une des maladies les plus contagieuses au monde par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui estime à 95.000 le nombre de morts qu'elle provoque chaque année, surtout chez les enfants non-vaccinés de moins de 5 ans.

"J'ai fait le tour de plusieurs hôpitaux depuis juillet pour trouver un vaccin pour mon fils", se désespère Sanjana Islam Modina, 19 ans, en berçant son enfant de 6 mois, Ayan, sous assistance respiratoire.

- "Très faible" -

Le crâne du bébé est grêlé des tâches sombres caractéristiques de la rougeole.

Il a été admis à l'hôpital en juillet pour une pneumonie et a ensuite été contaminé par le virus. Il a été hospitalisé mi-août en soins intensifs avant de rejoindre le service dédié aux malades de la rougeole.

Celui de l'hôpital Shishu en accueille 101, pour des cas soupçonnés ou avérés de la maladie.

Dans sa chambre, Sanjana Islam Modina a du mal à apaiser son fils. "Il est sous oxygène en permanence depuis cinq jours", dit-elle, "ses poumons étaient déjà très faibles avec la pneumonie, la rougeole n'a fait qu'aggraver leur état".

Les médecins regrettent que beaucoup de parents ne se décident à amener leur enfant à l'hôpital que lorsqu'il est déjà dans un état sérieux. Souvent trop tard.

Et ils observent que nombre de leurs patients souffrent de malnutrition, aggravant leur état.

Ayan appartient à cette catégorie.

"Les docteurs ont prescrit à mon fils un lait spécialement destiné aux enfants malnutris", confirme sa mère en essuyant le front de l'enfant, baigné de sueur.

L'épidémie de rougeole a mis en lumière les failles du système de prévention des maladies infantiles.

- Vaccination d'urgence -

Elle est "accablante", a reconnu SM Ziauddin Hyder, le conseiller pour les affaires de santé du Premier ministre Tarique Rahman.

Le Bangladesh a longtemps été loué pour ses efforts de lutte contre les maladies infectieuses. Mais le chaos politique et la désorganisation de l'administration qui ont suivi la chute du gouvernement de Sheikh Hasina en 2024 ont ruiné ces efforts.

Et les campagnes de vaccination d'urgence ordonnées depuis le printemps n'ont pas permis de rétablir la situation. "Un nombre significatif d'enfants n'ont pas pu bénéficier de leurs doses", explique M. Hyder, "nous essayons de combler notre retard".

Ex-patron de l'Institut de contrôle et de recherche sur les maladies (IEDCR), l'épidémiologiste Mahmudur Rahman doute que cela soit suffisant.

"Des groupes d'experts doivent déterminer (...) si d'autres vaccinations sont requises et des études sur l'efficacité des vaccins sont également nécessaires, rapidement", prescrit le Dr Rahman.

Il insiste également sur l'importance de l'isolement des malades et de l'information des parents.

Rima Akter assure qu'elle n'en a pas besoin.

"On sait combien cette maladie est contagieuse", dit-elle. "Notre fils a d'abord été admis à l'hôpital pour une bronchite. Et puis après en être sorti, il a dû y retourner à cause de la rougeole".

I.Saccomanno--PV