L'extrême droite allemande en quête d'une victoire historique en Saxe-Anhalt
L'extrême droite est en passe de remporter dimanche les élections en Saxe-Anhalt et vise la direction de cet État régional d'ex-RDA, une percée inédite dans l'Allemagne depuis 1945, qui fragiliserait davantage le chancelier Friedrich Merz.
Devançant de près de vingt points dans les sondages les conservateurs de M. Merz, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti antimigrants, russophile et pro-Trump, n'est cependant pas assurée d'obtenir la majorité absolue qui lui permettrait de prendre les rênes de cette région de 2,1 millions d'habitants : tout dépend notamment du nombre de partis qui entreront au parlement régional.
Quelque 1,7 million d'électeurs ont jusqu'à 18H00 (16H00 GMT) pour voter, les bureaux de vote ayant ouvert à 08H00 (06H00 GMT).
Les premières estimations sont attendues peu après 18H00, dans un contexte de polarisation aiguë de l'opinion et d'inquiétude croissante au sein de la population étrangère.
Selon le dernier sondage de la chaîne publique ZDF, l'AfD, emmenée par Ulrich Siegmund, une vedette des réseaux sociaux, devrait récolter 41% des suffrages, soit quasiment le double de son score de 2021.
Dans son fief de Tangermünde, ville d'environ 10.000 habitants, l'homme de 35 ans a été accueilli dimanche matin pour le dépôt de son vote avec ferveur par une centaine de personnes scandant son prénom.
Il compte notamment durcir la politique migratoire, supprimer l'obligation scolaire et modifier les programmes d'histoire dans les écoles, trop centrés à son goût sur la culpabilité de l'Allemagne du IIIe Reich.
Ulrich Siegmund joue sur la nostalgie de la RDA de ses sympathisants qui s'estiment moins bien traités que leurs cousins de l'ouest ou les migrants.
Dimanche, il est arrivé au bureau de vote avec sa femme Julia sur une Simson, mobylette iconique de l'ex-Allemagne de l'Est, couleur bleue ciel de l'AfD.
Samedi, à Magdebourg, la capitale régionale, environ 8.000 personnes, selon la police, ont manifesté dans le calme pour une "Saxe-Anhalt ouverte sur le monde", agitant des drapeaux arc-en-ciel et des pancartes proclamant "une vie meilleure sans nazis".
Dimanche, des militants de l'ONG Greenpeace, de l'union des syndicats allemands DGB et d'autres organisations prévoient de hisser un immense drapeau arc-en-ciel dans la ville.
Des renforts de police ont été prévus dans Magdebourg pour tout le week-end, les autorités craignant des débordements d'extrême droite et d'extrême gauche, particulièrement après le scrutin.
- Cordon sanitaire -
Les conservateurs emmenés par Sven Schulze, 47 ans, à la tête de la Saxe-Anhalt depuis le début de l'année après en avoir été ministre de l'Economie, sont crédités de 23%, selon la dernière enquête d'opinion.
"C'est aux citoyens d'agir, c'est une élection démocratique et nous allons nous en occuper", a déclaré le ministre-président après son passage aux urnes à Magdebourg, ajoutant qu'il comptait sur une "forte participation".
Parmi les autres partis, la gauche radicale Die Linke devrait obtenir 11,5%, les sociaux-démocrates 8,5%, les Verts 6%.
Le parti de gauche prorusse BSW et les Libéraux devraient échouer à passer le seuil des 5% des suffrages, nécessaires pour entrer au parlement régional.
Jusqu'ici, tous les partis ont exclu de gouverner avec l'extrême droite, à l'exception du BSW, dont les membres sont partagés sur cette question.
Et c'est grâce à ce cordon sanitaire contre l'AfD que Sven Schulze pourrait rester au pouvoir : en constituant une coalition avec d'autres formations représentées au parlement régional.
Il pourrait suivre l'exemple de deux Etats régionaux voisins, ceux de Saxe et de Thuringe, aussi situés dans l'ex-RDA et conservateurs comme lui : former un gouvernement minoritaire (avec les sociaux-démocrates et les Verts dans son cas) dépendant du soutien de la gauche radicale, Die Linke, avec qui les conservateurs ont aussi exclu depuis 2018 de gouverner.
Toutefois, dans les rangs des conservateurs, de plus en plus de voix appellent à une approche pragmatique vis-à-vis de l'AfD, en particulier dans les régions : la maintenir à l'écart du pouvoir après le scrutin de Saxe-Anhalt pourrait provoquer des tensions, déjà vives, dans le parti de Friedrich Merz.
"Si l'AfD remporte les élections, les critiques contre Merz vont s'intensifier" dans les rangs des conservateurs, a estimé Wolfgang Schroeder, politiste à l'université de Cassel.
En cas de prise de pouvoir, "il faut s'attendre à ce que le Land perde nettement son attractivité pour les travailleurs qualifiés et les entreprises", a mis en garde Monika Schnitzer, présidente du comité des "Sages économiques" qui conseille le gouvernement fédéral, au journal "Kölner Stadt-Anzeiger”.
Quelques jours avant le scrutin, une vidéo sur les réseaux sociaux a alimenté les craintes de fraude au vote par correspondance, avec des accusations de manipulation dans une maison de retraite, démenties par les autorités régionales et par la présidente du Bundestag Julia Klöckner.
F.Abruzzese--PV