Le prix Bayeux des correspondants de guerre récompense des reportages sur Gaza, la Cisjordanie, l'Ukraine
Le photographe palestinien indépendant Mahmoud Abu Hamda a remporté samedi le trophée photo de la 33ème édition du Prix Bayeux des correspondants de guerre, très largement dominé par le conflit à Gaza et les violences en Cisjordanie.
Siobhán O'Grady, Serhii Korolchuk, Anastacia Galouchka (The Washington Post, Ukraine) en presse écrite, Anas Baba (NPR, Gaza) en catégorie radio et Jeremy Diamond et Cyril Theophilos (CNN, Cisjordanie) en télévision complètent ce palmarès 2026.
Lyse Doucet, reporter de guerre canadienne de la chaîne BBC News et présidente du jury 2026 du prix Bayeux, qu'elle a remporté en 2014, s'est dite "touchée" de vivre cette soirée avec les dizaines de lycéens présents dans la salle, à une époque "si tendue" pour la jeunesse.
Basé dans la bande de Gaza, Mahmoud Abu Hamda, qui a également remporté le prix du public avec sa série de photos intitulée "Ce que la guerre laisse derrière elle", s'est exprimé à distance dans une vidéo, témoignant de la vie quotidienne "extrêmement difficile" sur place.
"Mon plus grand honneur est que ces photos aient pu sortir des frontières de Gaza", s'est-il réjoui.
C'est un reportage non publié, envoyé personnellement par M. Hamda à l'organisation, qui lui a permis de remporter le premier prix photo. Ce travail illustre les destructions dans la bande de Gaza et la souffrance des habitants, trois ans après le début de la guerre entre Israël et le Hamas déclenchée par l'attaque meurtrière du mouvement islamiste palestinien dans le Sud israélien le 7 octobre 2023.
La journaliste canadienne Siobhán O'Grady du Washington Post est récompensée avec ses deux collègues ukrainiens pour l'histoire d'un soldat ukrainien resté pris au piège sur la ligne de front pendant 177 jours. Elle a rendu hommage à tous les journalistes ukrainiens qui ont dû arrêter d'informer pour aller se battre.
Le journaliste palestinien Anas Baba, 31 ans, basé à Gaza pour la radio publique américaine NPR a gagné le prix radio pour un reportage sur la récupération des corps de victimes dans le territoire en guerre.
Son père, le photographe de l'AFP Mohammed Abed, désormais exilé au Caire, est venu sur scène avec sa fille, et soeur d'Anas, pour témoigner de ses "émotions complexes" : "tel père tel fils, mais je ne le (son fils Anas Baba, NDLR) remplace pas, je nourris le rêve qu'un jour il soit lui-même sur cette estrade".
Jeremy Diamond, Abeer Salman et Cyril Theophilos repartent quant à eux avec le trophée Télévision et le prix de l'image vidéo pour leur reportage "+Vengeance+, des soldats israéliens au service des colons en Cisjordanie".
"N'oubliez pas Gaza"
Dans un message vidéo, M. Diamond a remercié son collègue Cyril Theophilos, "agressé physiquement par un soldat israélien" pendant le tournage mais qui "a continué à filmer pour montrer ce qui se passe en Cisjordanie".
Le prix jeune reporter photo a été décerné au photographe palestinien de l'Associated Press (AP) Jehad Alshrafi pour sa série "Endless War and Devastation in Gaza" ("Guerre et dévastation sans fin à Gaza").
Dans une vidéo pré-enregistrée, M. Alshrafi a remercié le jury pour ce prix, un "immense soutien moral", et l'a dédié "à tous les confrères de Gaza et à ses habitants".
Une image de M. Alshrafi montrant des footballeurs jouant à Gaza sur un terrain entouré de ruines avait été au cœur d'une polémique en août 2026.
La mairie de Deauville avait décidé de la retirer d'un festival de photographie de sport quelques jours après la demande d'un influenceur pro-israélien sur Instagram.
Le tribunal administratif de Caen avait finalement ordonné à la mairie de Deauville, qui a réfuté avoir subi toute pression, de ré-afficher la photographie.
Yogita Limaye, Sanjay Ganguly et Imogen Anderson pour BBC News sur l'Afghanistan, Juan Martinez D'Aubuisson pour le magazine Society sur Haïti et la chaîne française BFMTV avec le documentaire "Gaza, l'arme de la faim ?" ont également été récompensés par des prix spéciaux.
Le journaliste palestinien de BFMTV Iyad Alasttal a estimé que c'était "grâce aux journalistes palestiniens qu'on saura si ce qui se passe à Gaza est un massacre, un génocide ou des crimes de guerre, n'oubliez pas Gaza !" a-t-il conclu.
N.Tartaglione--PV