La Fonderie de Bretagne en route vers la liquidation faute de repreneur
Soixante ans après sa création par Renault, la Fonderie de Bretagne (FDB), site industriel historique du Morbihan qui emploie encore 244 personnes, court droit à la liquidation judiciaire jeudi faute d'avoir trouvé un nouveau repreneur.
"On a appris ce matin (mardi) en comité social et économique (CSE) qu'il n'y aura pas d'offres présentées au tribunal de commerce" de Lorient jeudi après-midi, a déclaré à l'AFP Eric Blanchier, élu CGT de la Fonderie de Bretagne.
Cela signifie que l'usine de Caudan (Morbihan) va être mise en liquidation judiciaire, a-t-il déploré.
Selon ce syndicaliste, un repreneur sérieux s'était pourtant manifesté et a négocié avec l'Etat et Renault, donneur d'ordre historique de FDB qu'il avait créée en 1966, mais "en fin de compte il n'a pas obtenu ce qu'il voulait".
Cet "industriel européen", dont le nom n'a pas été dévoilé, avait besoin d'un délai de 14 à 15 mois pour "apporter des volumes de production" suffisants à FDB, a dit M. Blanchier.
"La mobilisation de l'Etat a été totale avec les collectivités locales", a de son côté assuré le ministre délégué chargé de l'Industrie, Sébastien Martin, dans une réaction transmise à l'AFP.
"Encore ces derniers jours, j'ai tenté de convaincre un groupe industriel intéressé de confirmer son offre, en lui proposant un soutien financier de l'Etat pour l'aider à la reprise. Malgré ces efforts, il n'a pas souhaité confirmer son offre", explique le ministre.
- Promesses non tenues -
Au total, trois offres de reprise avaient été initialement déposées pour Fonderie de Bretagne, selon les administrateurs judiciaires, qui n'ont pas dévoilé le nom de ces "acteurs industriels".
FDB a été placée en redressement judiciaire début juillet pour cessation de paiement, à peine plus d'un an après sa reprise par Europlasma, groupe spécialisé dans la dépollution et la fabrication de pièces forgées pour l'industrie de la défense.
Europlasma s'était engagé à investir sur le site de Caudan 15 millions d'euros sur trois ans et affirmait vouloir diversifier la production, notamment avec la fabrication de corps creux pour des obus de mortier.
Mais selon la CGT, le groupe n'a jamais versé l'intégralité des sommes promises et la production de FDB, interrompue après un incendie en janvier 2026, n'a pas réellement repris.
Repreneur en série de sites industriels en difficultés, Europlasma a suscité critiques et interrogations sur sa stratégie. Les dirigeants du groupe, qui détient notamment Valdunes et Forges de Tarbes, avaient notamment été auditionnés par la commission d'enquête parlementaire sur la "prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs".
Europlasma, basé dans les Landes, a enregistré une perte nette de 35,6 millions d'euros en 2025, plus du double de l'exercice précédent.
- Vers un plan social -
"Le gouvernement a d'abord favorisé la reprise par Europlasma, malgré les alertes sur les fragilités industrielles et financières de cette société. Il a laissé les promesses s'accumuler, sans garantir un avenir industriel crédible à la fonderie", a critiqué dans un communiqué le député écologiste du Morbihan, Damien Girard.
"Maintenant, on va malheureusement rentrer dans une négociation du plan social", auquel Renault doit selon lui participer financièrement, constate Eric Blanchier.
Ancienne filiale du constructeur automobile, pour lequel il produisait des pièces en fonte pour les suspensions et les échappements, FDB avait été vendue en 2022 au fonds d'investissement allemand Callista Private Equity, au terme d'une longue lutte sociale. Mais Renault était resté son principal client, à hauteur de 95% du chiffre d'affaires en 2024, refusant toutefois de s'engager sur des commandes futures.
Conscient de "l'inquiétude légitime des salariés", Sébastien Martin dit qu'il sera "particulièrement vigilant à ce que le PSE (plan social) leur soit favorable".
La Région Bretagne, l'agglomération de Lorient et le maire de Caudan ont de leur côté assuré les salariés de FDB de leur soutien et de leur volonté que le site "conserve sa vocation industrielle", dans un communiqué commun.
R.Zaccone--PV