Pallade Veneta - Flavio Bolsonaro, l'héritier qui se voyait président du Brésil

Flavio Bolsonaro, l'héritier qui se voyait président du Brésil


Flavio Bolsonaro, l'héritier qui se voyait président du Brésil
Flavio Bolsonaro, l'héritier qui se voyait président du Brésil / Photo: Ricardo Arduengo - AFP

Il y a quelques jours encore, il parlait d'un ton quasi présidentiel, sûr de remporter l'élection au Brésil et de marcher dans les pas de son père, l'ancien dirigeant d'extrême droite Jair Bolsonaro.

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Il est arrivé mercredi matin avec sa famille aux États-Unis, près de Miami, fuyant son pays après avoir juré qu'il ne le ferait jamais.

Les rêves de Flavio Bolsonaro, 45 ans, se sont brisés après sa défaite surprise dimanche face au président sortant Luiz Inacio Lula da Silva, qui a décroché un quatrième mandat inédit.

Le sénateur conservateur avait devancé Lula au premier tour, mais l'icône de la gauche a orchestré un spectaculaire retour en force pour l'emporter avec 52 % des voix contre 48 % pour son rival.

Au soir de sa défaite, visage fermé, le fis aîné de Jair Bolsonaro adopte une posture de défi: dénonçant une "magouille", il refuse de reconnaître les résultats et promet de saisir la justice pour faire annuler le scrutin.

"Je ne laisserai pas tomber mon Brésil", clame-t-il.

Moins de 48 heures plus tard, il quittait le pays dans la peau d'un fugitif, malgré une interdiction de la justice, qui a ouvert une série d'enquêtes contre lui.

La famille Bolsonaro entretient des liens étroits avec le président américain Donald Trump, un allié du patriarche du clan.

- "Sang d'un Bolsonaro" -

Flavio Bolsonaro était peu connu sur la scène nationale quand son père l'a lancé dans la course présidentielle, étant lui-même empêché.

L'ancien président purge en résidence surveillée une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat, pour avoir voulu s'accrocher au pouvoir après sa défaite électorale de 2022 face à Lula.

Ressemblant beaucoup à son père physiquement, Flavio - comme il est couramment appelé - s'en distingue par un ton plus mesuré et des manières plus affables que Jair, coutumier des sorties misogynes ou homophobes.

Mais il ne perd jamais une occasion de rappeler l'héritage paternel: "J'ai le sang d'un Bolsonaro dans les veines", dit-il.

Son père Jair Bolsonaro reste sa "boussole". A tel point qu'il l'a convoqué sous forme de deepfake plus vrai que nature au lancement de sa campagne.

Sa première décision de président devait être de gracier son père.

Candidat, Flavio Bolsonaro a affiché un style décontracté, dansant sur du funk, la musique des favelas, avec de jeunes influenceurs de droite.

Il s'est cependant posé en tenant d'une ligne dure face à la criminalité, à la manière du Salvadorien Nayib Bukele. Et a promis de tailler à "coups de ciseaux" dans les dépenses publiques.

Ses positions les plus radicales apparaissent dans une biographie qu'il a consacrée à son père en 2017.

Il y défend le coup d'État de 1964 comme une intervention nécessaire pour empêcher une prise de pouvoir communiste.

Et décrit le régime militaire, en vigueur jusqu'en 1985, comme une " période que certains aiment appeler dictature".

- Père de famille évangélique -

Né dans l'État de Rio de Janeiro, Flavio Bolsonaro est l'aîné d'une fratrie de cinq enfants.

Marié à Fernanda, une dentiste avec laquelle il a eu deux filles, cet évangélique cultive une image de père de famille dévoué.

Avocat de formation, il a fait ses débuts en politique à 21 ans comme député de l'État de Rio.

Mais son image est ternie par des scandales.

Ses détracteurs l'accusent de liens avec les milices de Rio, des groupes paramilitaires qui contrôlent des quartiers populaires. Il dément.

Il avait aussi été accusé d'avoir prélevé une partie des salaires de ses assistants parlementaires dans le cadre d'un système de rétrocommissions. L'affaire a été classée sans suite.

L'accusation la plus grave a surgi pendant la campagne, lorsqu'il a été révélé qu'il faisait l'objet d'une enquête pour corruption et blanchiment d'argent liée au financement d'un film sur son père.

L'affaire a fait tanguer sa candidature, mais elle n'a finalement pas entravé son ascension jusqu'aux portes du pouvoir.

La mobilisation de la gauche après le premier tour, et spécialement de la jeunesse, dans la rue et sur les réseaux sociaux, sous le mot d'ordre "Plus jamais Bolsonaro", aura cependant eu raison de ses ambitions.

Et précipité son destin : Flavio Bolsonaro est désormais loin de "son" Brésil.

C.Grillo--PV