Pallade Veneta - Voyage forcé et semaines d'attente pour les Texanes voulant avorter

Voyage forcé et semaines d'attente pour les Texanes voulant avorter


Voyage forcé et semaines d'attente pour les Texanes voulant avorter
Voyage forcé et semaines d'attente pour les Texanes voulant avorter / Photo: François Picard - AFP

Dans une heure, Shayla, une Texane enceinte de 13 semaines, va enfin pouvoir avorter. "J'essaie (de le faire) depuis six semaines", confie-t-elle à l'AFP dans une petite clinique de l'autre côté de la frontière de son État, en Louisiane, à cinq heures de route de chez elle.

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Avec 30 millions d'habitants, le Texas est le deuxième État le plus peuplé du pays et cette loi a conduit les patientes vers les cliniques vite submergées d’autres États, les contraignant faute de place à retarder inexorablement leur IVG.

En février, l'association Planned Parenthood, qui défend le droit à l'avortement, a révélé que le nombre de patientes du Texas avait augmenté de presque 800% dans les cliniques d'avortement de l'Oklahoma, du Nouveau-Mexique, du Kansas, du Colorado et du Missouri. Dans ses propres centres de santé en Oklahoma, la hausse approche les 2.500% !

"Une fois qu'une femme a décidé qu'elle ne pouvait plus poursuivre sa grossesse, retarder l'acte y mettant fin est cruel", explique Kathaleen Pittman, l’administratrice de la clinique Hope Medical Group for Women de Shreveport où est reçue Shayla.

- Attente stressante -

"Beaucoup de femmes expriment un désespoir absolu", ajoute-t-elle. Et "nous devons leur expliquer que mettre fin (elles-mêmes) à leur grossesse leur fera encore plus de mal".

Ce matin d'avril, sa clinique ressemble à une fourmilière. Les patientes arrivent de Louisiane, du Texas, du Mississippi, avec une mère, une sœur, un beau-père ou un mari chargés de les reconduire chez elles après leur avortement et de s'occuper parfois de leurs enfants.

Derrière la vitre de l'accueil, le téléphone sonne sans cesse et la demi-douzaine d’employées en charge de le décrocher répètent la même chose: impossible d’accorder un créneau, il faut s'inscrire sur une liste d'attente.

Environ deux semaines après, les patientes seront recontactées pour fixer, une ou deux semaines plus tard, le premier des deux rendez-vous obligatoires en Louisiane pour bénéficier d’un avortement.

"Cette loi met les gens à rude épreuve", témoigne une enseignante de 31 ans venue de Houston et ne souhaitant pas communiquer son prénom. "Ne pas savoir si on pourrait s'occuper de moi a été la partie la plus stressante du processus".

Impossible pour l'établissement de Shreveport de proposer mieux. "Nous sommes physiquement une petite clinique", se justifie Kathaleen Pittman, acculée. "On a dû renforcer notre équipe. (…) Imaginez ce que c’est (…) en pleine pandémie, quand le personnel médical est déjà débordé, stressé, indisponible !"

Avant la loi texane limitant le droit à l’avortement, 18 % seulement de ses patientes venaient du Texas, contre la moitié aujourd’hui.

Les Louisianaises, elles, sont toujours aussi nombreuses et subissent aussi les conséquences de la loi texane, contraintes de repousser leur IVG.

- Jusqu'au Colorado -

"Elle a su qu’elle était enceinte il y a un mois et demi" soupire une Afro-Américaine de 34 ans, en parlant de sa fille de 16 ans emmitouflée dans une couverture dans la salle d’attente de la clinique, un peu avant son avortement.

Quelques chaises plus loin, attendent deux autres Afro-Américaines venues de Houston et de Dallas.

En 2008, l'institut de recherche Guttmacher, organisme favorable à l'avortement dont les études font référence, indiquait que le taux d’avortement des femmes noires américaines était presque cinq fois supérieur à celui des blanches.

Tout en gardant parfois leur secret, ces Texanes ont dû surmonter beaucoup de difficultés logistiques pour être présentes à leurs deux rendez-vous à des centaines de kilomètres de chez elles: faire garder les enfants, quitter le travail, parfois louer une voiture, payer un hébergement…

Il a aussi fallu qu’un proche se mobilise pour les raccompagner chez elles.

Avant qu'une place ne se libère, Shayla, 27 ans, était sur des listes d'attente dans le Colorado et dans l’Oklahoma.

"C'était soit avoir un bébé et galérer, soit voyager", explique la Houstonienne sans emploi et déjà mère célibataire d’un fils de 2 ans.

Deux associations l’ont aidée à réunir les 2.000 dollars nécessaires, dont 695 dollars pour l'IVG.

"Quelqu’un peut s’occuper de ton enfant un jour et pas le jour suivant. Comment garder un job dans ces conditions ? Alors je me suis dit que je n'allais pas avoir deux enfants et galérer encore plus", conclut-elle, tandis que sa mère et son fils attendent à l'extérieur.

I.Saccomanno--PV

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