Pallade Veneta - A Mayotte, la fin de l'hôpital de campagne réveille les craintes autour du système de santé

A Mayotte, la fin de l'hôpital de campagne réveille les craintes autour du système de santé


A Mayotte, la fin de l'hôpital de campagne réveille les craintes autour du système de santé
A Mayotte, la fin de l'hôpital de campagne réveille les craintes autour du système de santé / Photo: PATRICK MEINHARDT - AFP/Archives

L'hôpital de campagne installé à Mamoudzou après le passage du cyclone Chido a fermé. Conçu comme une solution temporaire pour faire face à l'afflux de patients, il cède la place à des structures plus modestes, tandis que le centre hospitalier de Mayotte, encore endommagé, peine à reprendre son rythme de croisière.

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Les grands chapiteaux qui abritaient un bloc opératoire, un laboratoire et un service de réanimation sur le stade de Cavani, au cœur de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte, ont été démontés début février. Seules quelques tentes subsistent, accueillant des consultations par des professionnels de SOS Médecins.

Déployé en urgence par la Sécurité civile, l’hôpital de campagne était vite devenu indispensable. "L'objectif était de désengorger le centre hospitalier de Mayotte (CHM)", rappelle Pascal Patte, secouriste et cadre de l'Ordre de Malte, qui assurait "un premier filtre" avant l'entrée à l'hôpital.

Avec près de 7.000 patients pris en charge, le dispositif a absorbé une partie de la pression qui pesait sur le CHM. Au pic de l'afflux, l'hôpital Escrim (pour "Elément de sécurité civile rapide d'intervention médicale") enregistrait jusqu'à 400 consultations et 20 actes chirurgicaux par jour.

Désormais, le centre de soins qui a remplacé l'hôpital de campagne accueille 80 à 100 patients quotidiennement. Sa fermeture est envisagée pour fin février même si, selon Sergio Albarello, le directeur général de l'Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte, "le dispositif pourra être prolongé jusqu'à fin mars" si nécessaire.

Le cyclone Chido, qui a frappé l'île le 14 décembre, a fait 40 morts et 41 disparus, selon le dernier bilan. Avec des rafales dépassant les 200 km/h, il a laissé Mayotte exsangue, endommageant notamment l'hôpital de Mamoudzou, dont les images de soignants évoluant dans des couloirs inondés avaient choqué.

- "Faire revenir les soignants" -

Aujourd'hui encore, les soins restent compliqués. "Des patients dorment toujours dans les couloirs", assure Ousseni Balahachi, infirmier et secrétaire départemental CFDT. Le syndicaliste pointe aussi les évacuations sanitaires "à outrance" vers La Réunion, faute de moyens sur place.

"L'hôpital de campagne a sauvé Mayotte", tranche un infirmier du CHM sous couvert d'anonymat. "Il a évité qu'on se fasse complètement déborder."

Car le CHM, réparti sur cinq sites à Mayotte, dont Mamoudzou, le plus grand et le plus touché par Chido, peine à fonctionner normalement.

Toits arrachés, bâtiments inutilisables..." Le cyclone a fortement dégradé nos conditions de travail. Nous manquons de lits et de places pour les consultations à cause des dégâts", reconnaît son directeur, Jean-Mathieu Defour, qui assure toutefois que l'hôpital a repris "une activité normale".

Ce contexte difficile accentue un phénomène chronique: le manque de personnel. Depuis des années, le centre hospitalier de Mayotte peine à recruter médecins et infirmiers.

Plusieurs soignants ont souhaité partir après le cyclone, choqués ou parce que leurs logements n'étaient plus habitables. "Nous ne les avons pas retenus. Mais pour le moment, nous avons encore beaucoup de renforts de métropole et de La Réunion", souligne M. Defour.

Il assure pourtant chercher des solutions pour "faire revenir les soignants et faire rester ceux qui sont là".

"L'un des principaux défis est que la quasi-totalité de nos hébergements ont subi des dégâts. Nous réfléchissons à un projet de base de vie en modulaire pour loger nos personnels", poursuit-il.

Mais ce projet reste à concrétiser et ne répond pas à l'urgence actuelle, s'inquiètent des soignants. "Nous étions déjà dans un désert médical avant Chido mais maintenant, comment attirer du personnel avec de telles conditions de travail?", s'interroge Ousseni Balahachi.

F.Amato--PV

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