Pallade Veneta - La Réunion sous la pression du chikungunya

La Réunion sous la pression du chikungunya


La Réunion sous la pression du chikungunya
La Réunion sous la pression du chikungunya / Photo: RICHARD BOUHET - AFP/Archives

"Nous sommes saturés", lance le docteur Olivier Gacia, chef des urgences du CHU de Saint-Pierre, à La Réunion. Dans cet hôpital du sud de l'île, les soignants font face à un afflux massif de patients contaminés par le chikungunya, qui a déjà touché plus de 20.000 personnes depuis le début de l'année.

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Alors que deux décès ont été confirmés sur l'île, Santé Publique France (SPF) a annoncé cette semaine que plusieurs autres étaient "en cours d'investigation" pour déterminer leur lien avec le virus, laissant craindre un bilan plus lourd alors que le pic de l'épidémie est attendu mi-avril.

L'épidémie s'est brutalement accélérée ces dernières semaines, passant de quelques cas isolés depuis août 2024 à une présence généralisée dans les 24 communes de l'île.

Près de 6.000 nouveaux cas de cette maladie transmise par le moustique tigre ont été enregistrés la semaine du 17 au 23 mars, la dernière pour laquelle les chiffres sont connus. Sur la même période, il y a eu 129 hospitalisations de plus de 24 heures.

"Nous ne savons pas à quoi nous attendre, mais nous devons l'anticiper", commente le docteur Olivier Gacia, qui évoque la mise en place d'une "filière chikungunya" qui permettrait de réguler le flux de patients.

Vendredi, le CHU de La Réunion - qui chapeaute les différents établissements de l'île - a activé le plan blanc, dispositif qui permet de déprogrammer certaines opérations ou de rappeler des personnels en congés.

Cette décision vise à "libérer des lits" et à "fluidifier le parcours des patients nécessitant une prise en charge immédiate", explique la direction du CHU de Saint-Pierre. "Nous devons prioriser les cas les plus graves", précise-t-elle.

En attendant, les patients souffrent. "Aux urgences, on m'a dit qu'il n'y avait pas de remède, pas de miracle", déplore Marlène Damour, 73 ans.

"On m'a donné du paracétamol, c'est tout", se plaint cette habitante du Port, une commune de l'ouest de La Réunion atteinte par le chikungunya.

"Pendant une semaine, au moindre contact, j'avais mal. La douleur était surtout concentrée dans mes bras et mes jambes. Je ne pouvais pas dormir, j'avais des boutons sur tout le corps", liste la septuagénaire.

- "Du paracétamol" -

Le chikungunya est particulièrement virulent chez les nourrissons de moins de deux mois et les patients de plus de 65 ans.

Mais il touche tout le monde. Eythan Ratsimbazafy, 14 ans, "s'est réveillé fiévreux, couvert d'éruption cutanée et souffrant de douleurs aux poignets" raconte sa mère Prisca.

"J'ai d'abord pensé à une réaction allergique (...) Je lui ai donné un antihistaminique et du paracétamol, mais cela ne lui a rien fait", relate cette mère de famille résidant à Saint-Denis.

Un médecin généraliste a finalement diagnostiqué le chikungunya. "Dans la salle d'attente, presque tout le monde était là pour ça", remarque Prisca Ratsimbazafy.

Jusqu'à l'annonce des deux premiers décès, le 21 mars, La Réunion vivait avec le chikungunya dans une relative indifférence. L'impact de la maladie reste loin de celui de l'épidémie de 2005-2006, qui avait touché 260.000 personnes, soit un tiers de la population de l'île, et tué plus de 200 personnes.

Mais les choses ont changé. Un laborantin exerçant à Saint-Denis confie, sous couvert d'anonymat, "enchaîner les tests de dépistage dès 06H00 du matin jusqu'au soir".

La même tension est remarquée dans les pharmacies. La demande en produits répulsifs a explosé, certaines références étant même en rupture de stock. Selon Claude Marodon, président de la délégation de l'Ordre des pharmaciens Réunion-Mayotte, certaines officines "parviennent tout de même à s'approvisionner".

"Nous faisons le maximum (...) pour reconstituer les stocks. L'épidémie actuelle, couplée à la période cyclonique, complique l'approvisionnement", explique-t-il.

Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique pour le chikungunya mais un premier vaccin, Ixchiq, a reçu une autorisation de mise sur le marché au niveau européen en juin 2024.

Au vu du "nombre limité de doses" - 40.000 sont arrivées jeudi -, la Haute autorité de santé préconise son utilisation en priorité pour les personnes de 65 ans et plus et ceux ayant des comorbidités.

La campagne de vaccination débutera lundi, a annoncé l'ARS. Manuel Valls a prévu de rencontrer les professionnels de santé durant sa venue sur l'île, ce week-end. "Les semaines les plus délicates se profilent", a-t-il prévenu.

A.Saggese--PV

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