Pallade Veneta - Pollution de l'air: à New Delhi, ces douteux tests de pluie artificielle

Pollution de l'air: à New Delhi, ces douteux tests de pluie artificielle


Pollution de l'air: à New Delhi, ces douteux tests de pluie artificielle
Pollution de l'air: à New Delhi, ces douteux tests de pluie artificielle / Photo: Narinder NANU - AFP

Un "coûteux spectacle"... Dernier d'une longue série d'initiatives parfois baroques, le recours aux pluies artificielles pour tenter de dissiper le brouillard de pollution qui flotte sur la capitale indienne New Delhi est loin de convaincre experts et écologistes.

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Longtemps retardés, les premiers essais de ce que les spécialistes désignent comme "l'ensemencement des nuages" ont débuté la semaine dernière au-dessus de la mégapole de 30 millions d'habitants, à partir d'un modeste avion de tourisme.

La technique consiste à injecter une substance chimique comme l'iodure d'argent dans les nuages pour générer des précipitations qui viendront ensuite laver l'air de ses particules toxiques.

A en croire les autorités de la capitale, les premiers tests, réalisés sous la houlette des scientifiques de l'Institut indien de technologie (IIT) de Kanpur (nord), sont loin d'avoir répondu aux attentes.

La couverture nuageuse était insuffisante et le taux d'humidité trop faible pour générer des pluies significatives, ont-elles argué.

Un échec qui n'a pas découragé Virendra Sachdeva, un responsable du parti du Premier ministre Narendra Modi, qui dirige aussi New Delhi. "Le succès n'est pas toujours au rendez-vous à la première tentative", a-t-il fait valoir devant la presse.

Selon des médias locaux, la municipalité a dépensé plus de 310.000 euros pour ces essais.

- "A la source" -

Ces dernières années, elle a fait preuve d'une imagination débordante pour faire baisser la pollution atmosphérique, multipliant en vain les mesures aussi coûteuses qu'inefficaces, des drones "arroseurs" aux tours qui diffusent de l'air filtré...

La plus grande ville d'Inde baigne en permanence dans un épais brouillard toxique généré par les usines et la circulation automobile, auquel s'ajoutent chaque hiver les fumées des brûlis agricoles des régions environnantes.

Ce jeudi encore, la concentration en microparticules PM2.5 — les plus dangereuses car elles se diffusent directement dans le sang — atteignait plus de 20 fois le niveau maximum quotidien recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Une étude publiée l'an dernier dans la revue médicale The Lancet a estimé à 3,8 millions le nombre d'Indiens morts à cause de la pollution atmosphérique entre 2009 et 2019.

Pour la militante écologiste Bhavreen Kandhari, quelques vols de Cessna n'y changeront rien: "Ce n'est qu'en éliminant les sources de la pollution de l'air que nous pourrons la contrôler".

Et même si l'ensemencement des nuages finissait par déclencher des précipitations significatives, ses effets ne seraient que de courte durée.

"Les niveaux de pollution remontent presque immédiatement après l'arrêt de la pluie. Nous observons déjà ce phénomène pendant la mousson", explique Mohan George, du Centre pour la science et l'environnement basé à Delhi.

- "Mauvaise application" -

"Cette technique ne permet pas de faire pleuvoir là où il n'y a pas d'humidité dans l'air, juste de forcer l'eau à se condenser à un endroit plutôt qu'à un autre", explique pour sa part le climatologue Daniele Visioni, de l'université Cornell (Etats-Unis).

"Il est difficile de savoir si cela serait efficace en cas de forte pollution", souligne-t-il.

Inventé dans les années 1940, l'ensemencement des nuages a été employé dans différents pays pour faire pleuvoir, dissiper le brouillard ou lutter contre la sécheresse, avec un succès très inégal.

En 2008, la Chine y a ainsi eu recours pour empêcher la pluie de tomber sur les infrastructures des Jeux olympiques de Pékin.

Péremptoires, deux scientifiques de l'IIT de Delhi ne voient dans cette technique qu'un "nouveau gadget". "C'est un cas d'école de mauvaise application de la science et de mépris de l'éthique", ont écrit Shahzad Gani et Krishna Achutarao dans le journal The Hindu.

Pour eux, les origines de la pollution à New Delhi sont connues, de même que les solutions pour la réduire: le recours à des carburants plus propres, une meilleure gestion des déchets et une application plus stricte des lois antipollution.

"Pourtant, au lieu d'insister sur ces priorités, certaines parties de l'écosystème scientifique — chercheurs, conseillers et institutions — prêtent leur crédibilité à un spectacle coûteux qui fera peu pour s'attaquer à l'origine du mal", déplorent-ils.

A.Saggese--PV

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