Pallade Veneta - L'anesthésiste Péchier condamné à la perpétuité pour 30 empoisonnements

L'anesthésiste Péchier condamné à la perpétuité pour 30 empoisonnements


L'anesthésiste Péchier condamné à la perpétuité pour 30 empoisonnements
L'anesthésiste Péchier condamné à la perpétuité pour 30 empoisonnements / Photo: SEBASTIEN BOZON - AFP/Archives

L'anesthésiste Frédéric Péchier a été condamné jeudi à la réclusion à la perpétuité par la cour d'assise du Doubs qui l'a reconnu coupable de 30 empoisonnements de patients lors d'opérations, dont 12 sont morts.

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La peine est assortie d'une période de sûreté de 22 ans. "Vous allez être incarcéré immédiatement", a indiqué la présidente de la cour, Delphine Thibierge.

Le praticien n'avait jamais été détenu depuis le début de l'enquête en 2017.

La cour a ainsi suivi l'accusation, qui avait requis vendredi la réclusion à perpétuité contre le médecin de 53 ans, qu'elle a présenté comme "l'un des plus grands criminels de l'histoire", coupable selon elle d'avoir "utilisé la médecine pour tuer".

A l'inverse, son avocat Randall Schwerdorffer s'était dit lundi convaincu de son innocence et avait demandé à la cour de l'acquitter "purement et simplement", faute de preuves irréfutables.

L'ensemble de la famille de l'anesthésiste, qui l'a soutenu sans faille, était venue pour le soutenir dans une salle comble jeudi matin.

Ses filles, en larmes après l'annonce des premiers verdicts de culpabilité, sont sorties de la salle.

Leur père est lui resté impassible, le regard fixe, le visage fermé à l'annonce de la sentence.

Pour chaque cas, les six jurés et les trois magistrats professionnels ont dû dire si Frédéric Péchier était coupable ou innocent.

Les faits ont été commis entre 2008 et 2017 dans deux cliniques privées de Besançon, sur des patients âgés de 4 à 89 ans.

- "Je ne suis pas un empoisonneur" -

Ce verdict survient après 15 semaines d'audience denses, parfois techniques et souvent poignantes. La cour délibérait depuis lundi après-midi dans un "lieu tenu secret". Dans l'attente de la décision, l'accusé, qui a comparu libre depuis le 8 septembre, avait dû rester à disposition de la justice dans son logement de Besançon.

Lorsque la parole lui a été donnée une dernière fois lundi, au dernier jour de ce long procès, il a à nouveau clamé son innocence, une position dont il n'a jamais varié. "Je ne suis pas un empoisonneur", a-t-il affirmé.

Selon l'accusation, le praticien a pollué des poches de perfusion avec du potassium, des anesthésiques locaux, de l'adrénaline ou encore de l'héparine, pour provoquer un arrêt cardiaque ou des hémorragies chez des patients pris en charge par des confrères. Son objectif: "Atteindre psychologiquement" des soignants avec lesquels il était en conflit et "nourrir sa soif de puissance", selon le parquet.

Après avoir réfuté cette thèse pendant l'instruction, Frédéric Péchier a finalement admis, depuis l'ouverture du procès, qu'un empoisonneur avait bien sévi dans l'une des deux cliniques privées où il a travaillé. Mais il a constamment répété qu'il n'était pas cet empoisonneur.

Le procès, qui a duré trois mois et demi, a alterné témoignages déchirants de victimes et échanges tendus avec un accusé décrit tantôt comme un tueur en série dénué d'empathie, tantôt comme un "homme détruit".

Cassant et inflexible lors des interrogatoires, l'accusé a versé des larmes le 5 décembre, en évoquant sa tentative de suicide en 2021, mais il s'est montré impassible pendant la lourde charge menée à son encontre la semaine dernière par les deux représentantes de l'accusation.

"C'est sa façon d'être, Frédéric Péchier est quelqu'un qui a toujours été dans le contrôle, il n'aime pas montrer ses émotions", a commenté mercredi sur ICI Besançon son défenseur Randall Schwerdorffer.

L'anesthésiste "avait sous-estimé la difficulté de ce procès, il était persuadé que les jurés seraient très rapidement convaincus de son innocence", a également observé l'avocat.

Me Schwerdorffer a par ailleurs déjà évoqué la perspective d'un deuxième procès en appel.

Après avoir défendu Frédéric Péchier seul pendant trois mois et demi, le pénaliste a dit réfléchir d'ores et déjà à recourir au renfort d'un "confrère de haut niveau", car "j'ai été au bout de ce que je pouvais faire. Seul, ça n'est pas possible".

D.Vanacore--PV

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