Pallade Veneta - Dans le Minnesota, des visites médicales à domicile pour une communauté somalienne apeurée

Dans le Minnesota, des visites médicales à domicile pour une communauté somalienne apeurée


Dans le Minnesota, des visites médicales à domicile pour une communauté somalienne apeurée
Dans le Minnesota, des visites médicales à domicile pour une communauté somalienne apeurée / Photo: ROBERTO SCHMIDT - AFP/Archives

Particulièrement ciblée et apeurée par l'offensive anti-imigration de l'administration Trump, la communauté somalienne du Minnesota s'organise: elle a créé un réseau pour proposer des visites médicales à domicile à ses membres n'osant plus sortir hors de chez eux.

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La paranoïa suscitée par les hommes masqués de la police de l'immigration (ICE) qui quadrillent Minneapolis, la plus grande ville de cet Etat du Midwest, a conduit nombre d'immigrés, en situation régulière ou non, à rester renfermés chez eux.

Pour échapper aux contrôles, ils renoncent à aller travailler, à se soigner, à aller acheter des produits essentiels, ou à envoyer leurs enfants à l'école.

Hafsa, une jeune Américaine d'origine somalienne, a eu le déclic quand une femme qu'elle connaissait a tardé à chercher de l'aide médicale pour son enfant, si bien que la santé de celui-ci s'était dégradée quand il a finalement consulté un médecin.

"J’ai reçu l’appel d’une mère immigrée qui avait peur d’aller à l’hôpital, et son enfant est maintenant en soins intensifs", explique cette étudiante en santé mentale qui, comme tous les bénévoles interrogés par l'AFP, ne donne que son prénom par crainte de représailles.

Le gouvernement s'est saisi d'une vaste affaire de fraude aux aides publiques qui éclabousse depuis plusieurs mois la communauté somalienne du Minnesota, la plus importante du pays avec environ 80.000 membres, pour s'en prendre violemment à elle.

Donald Trump lui-même a multiplié les assauts verbaux à son encontre, déclarant que la Somalie était "pourrie" et qualifiant "d'ordure" Ilhan Omar, élue de Minneapolis au Congrès et fervente démocrate d'origine somalienne.

Des membres de la police de l'immigration ont été vus dans des hôpitaux ou cliniques, attendant des patients pour vérifier leur statut légal, selon un article récent de l'American Journal of Managed Care.

- "Bouche à oreille" -

Cela a entraîné une hausse du nombre d'immigrants d'origine somalienne ou hispanique qui ont renoncé à se faire soigner, a noté cette revue professionnelle.

Hafsa et les volontaires qui l'entourent à Saint-Paul, ville jumelle de Minneapolis, ont trouvé du personnel de santé prêt à effectuer des visites à domicile.

"C’est beaucoup de travail, car vous voulez être sûrs que la personne que vous envoyez chez quelqu’un n’a pas de mauvaise intention", raconte la jeune femme, âgée de 25 ans.

Des précautions sont prises pour s'assurer que ces personnes ne sont pas suivies par des membres de l'ICE quand ils rendent visite aux immigrés.

La petite équipe de volontaires passe plus de 12 heures par jour à répondre au téléphone, trouver la personne adaptée à chaque cas et vérifier qu'elle ait les compétences requises.

"Vous leur demandez leurs qualifications puis (…) il y a un formulaire d'admission où ils répertorient tout ça ainsi que leurs disponibilités", décrit Cass, 43 ans, qui travaille dans le secteur de la santé.

Les bénévoles s'appuient d'abord sur leurs contacts au sein de la communauté pour sensibiliser les gens et identifier les besoins.

"Ca marche surtout par le bouche à oreille", constate Musab, un entrepreneur de 34 ans.

- "Je pleure de gratitude" -

"Nous sommes une communauté très soudée, donc nous connaissons la situation de chacun", dit-il.

Hafsa compare la manière dont la communauté fait face à la répression policière aux soins de premiers secours portés à un patient blessé. "On a besoin d'autant de mains que possible sur notre corps, pour panser toutes les plaies".

Après avoir reçu un appel urgent, Musab se lève et enfile sa parka pour se protéger du froid glacial de dehors.

"On dirait qu'un enfant est malade, alors je vais aller voir ce que je peux faire et ce dont ils ont besoin", annonce-t-il.

L'espace qui les accueille a été prêté par une femme d'affaires somalienne, qui fait du thé sucré pour l'équipe.

A l'étage, une pièce sert de réserve pour les fournitures médicales et de l'équipement pour le froid provenant de dons. Les messages de soutien accompagnant ces dons sont une aide précieuse pour Hafsa. "Je pleure de gratitude", dit-elle.

A.Rispoli--PV

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