Pallade Veneta - Dans certaines universités, des diplômes de médecines alternatives qui "posent problème"

Dans certaines universités, des diplômes de médecines alternatives qui "posent problème"


Dans certaines universités, des diplômes de médecines alternatives qui "posent problème"
Dans certaines universités, des diplômes de médecines alternatives qui "posent problème" / Photo: JEAN-PIERRE MULLER - AFP/Archives

Aromathérapie, acupuncture, réflexologie, ou encore homéopathie : l'existence dans certaines universités de diplômes pour des pratiques de soins non conventionnelles préoccupe des professionnels de santé, qui appellent à contrer "l'entrisme" des "médecines alternatives".

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Parfois appelées médecines "douces", "complémentaires" ou "alternatives", les pratiques de soins non conventionnelles (PSNC) ne sont "ni reconnues, au plan scientifique, par la médecine +conventionnelle+, ni enseignées au cours de la formation initiale des professionnels de santé", détaille le site du ministère de la Santé.

Sur plus de 400 décomptées par l'Organisation mondiale de la santé, certaines se sont frayées un chemin en France jusque dans des universités, des facultés de médecine ou de pharmacie.

"On constate ces dernières années une augmentation du nombre de diplômes universitaires qui posent problème, on est face à un réel entrisme", affirme Mathieu Molimard, président de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique.

De 101 en 2015, les diplômes universitaires (DU) ou inter-universitaires (DIU) "déviants" ont bondi à 203 en 2025, selon Hugues Gascan, président du Groupe d'étude du phénomène sectaire (GéPS).

Ce chercheur en biologie a recensé, dans chaque université, les formations jugées problématiques, principalement ouvertes à des médecins ou professionnels de santé -mais pas seulement- et non reconnues par l'Etat.

On y trouve ainsi des DU "Phytothérapie Aromathérapie" à Besançon, Grenoble ou Montpellier, "Homéopathie" à Aix-Marseille ou Poitiers, "Auriculothérapie" à Paris-Saclay ou Strasbourg, "Musicothérapie" à Nantes ou Toulouse, ou "Hypnose médicale" à Rennes ou Saint-Etienne.

-"Label trompeur"-

Le GéPS a comptabilisé 57 techniques, avec en tête l'hypnose, la méditation de pleine conscience, l'aromathérapie, l'acupuncture. Côté universités, celles qui en proposent le plus sont Montpellier, Strasbourg, Nancy, Nantes ou Grenoble.

"Cela entache la crédibilité et la fiabilité du système éducatif supérieur", juge M. Gascan, questionnant aussi "les aspects financiers" pouvant motiver des universités -sous-financées- à proposer de tels diplômes après des formations coûtant entre 1.500 et 5.000 euros.

Pour le Pr Molimard, il faut "faire du ménage: soit la pratique est validée scientifiquement et c'est de la médecine, soit elle ne l'est pas et on peut en faire de la recherche mais pas un enseignement". Sinon, il y a un risque de "confusion" auprès du public, pointe-t-il.

Un rapport remis au gouvernement en janvier, co-écrit par cet expert, recommandait de "bannir la labellisation académique de pratiques de soins non validées" et appelait à "auditer les formations existantes".

Le ministère de la Santé n'a pas repris cette préconisation dans sa stratégie de lutte contre la désinformation en santé.

Or "c'est un enjeu de santé publique", plaide le Dr Hélène Harmand-Icher, présidente de la section santé publique de l'Ordre des médecins, alertant sur un "entrisme progressif" et évoquant un travail de recensement et de tri "en cours".

Son institution a cependant une approche moins stricte que d'autres acteurs: "certaines de ces formations sont réservées aux médecins et encadrées par l'Ordre", comme l'acupuncture "qui donne lieu à une reconnaissance ordinale" et peut figurer sur les plaques et ordonnances de médecins.

"D'autres sont ouvertes à des professionnels non médecins, ce qui pose un vrai problème" car "le label +faculté de médecine+ leur confère une légitimité médicale infondée aux yeux du public", ajoute le Dr Harmand-Icher.

-Des "failles"-

De son côté, le Pr Philippe Ruszniewski, doyen honoraire de la faculté de médecine de l'université Paris Cité, "ne voi(t) aucun inconvénient" aux DU d'acupuncture, d'hypnose ou de méditation en pleine conscience, "aux utilisations validées dans certaines indications".

Mais il "ne voi(t) pas comment on peut autoriser un DU de naturopathie, d'aromathérapie ou d'homéopathie".

Marc Humbert, vice-président de la Conférence des doyens de médecine et doyen de la faculté de médecine de l'université Paris-Saclay, reconnaît aussi "des failles", à "identifier et corriger".

Il mentionne un "travail d'évaluation" de certaines formations proposées à Saclay, notamment le DIU d'auriculothérapie, avant des décisions "dans les prochaines semaines".

La Conférence des doyens de médecine consacrera aussi sa prochaine séance aux PSNC: "Nous demanderons un état des lieux des formations, ainsi que l'audit et le retrait des formations sur des pratiques de soins non validées", annonce M. Humbert.

Pour le Pr Molimard, "il est temps que les institutions prennent leurs responsabilités".

R.Lagomarsino--PV

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