Pallade Veneta - L'armée allemande à la conquête de la génération fitness

L'armée allemande à la conquête de la génération fitness


L'armée allemande à la conquête de la génération fitness
L'armée allemande à la conquête de la génération fitness / Photo: Ina FASSBENDER - AFP

Sous un masque à gaz, il enchaîne pompes, sauts et accroupissements rapides sur le stand de la Bundeswehr au plus grand salon de fitness du monde à Cologne (ouest), grand terrain de recrutement de l'armée allemande.

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Franz, kinésithérapeute de 31 ans, qui a bouclé sa série d'exercices en établissant le record du stand en 46 secondes, n'exclut pas de devenir militaire un jour. "Etre là pour défendre son pays, c'est une option", confie-t-il à l'AFP.

Le jeune homme trapu aux larges épaules présente le profil idéal pour la Bundeswehr, destinée, selon les voeux du chancelier Friedrich Merz, à devenir la première armée conventionnelle d'Europe.

D'ici à 2035, Berlin s'est engagé auprès de l'Otan à porter ses effectifs à 260.000 soldats, contre 185.000 actuellement, auxquels doivent s'ajouter 200.000 réservistes.

Pour y parvenir, le gouvernement allemand a instauré début 2026 un recensement des jeunes de 18 ans afin d'identifier de potentielles recrues. Les hommes doivent répondre à un questionnaire sous peine d'amende, les femmes peuvent le faire si elles le souhaitent.

Mais pour le moment, Berlin n'a pas rétabli la conscription, abolie en 2011, un sujet délicat dans un pays largement pacifiste, hanté par les horreurs nazies.

La Bundeswehr doit donc miser sur sa force de persuasion pour attirer les jeunes et la Fibo, grand salon de Cologne fréquenté par les adeptes de salles de fitness, est l'un de ses lieux privilégiés.

- "Sportifs, dynamiques et motivés" -

"Nous cherchons des gens jeunes, sportifs, dynamiques et motivés. Et nous les avons directement sur place", explique dans un entretien à l'AFP Peter, lieutenant de 30 ans et responsable du stand.

Au milieu de deux allées arpentées par des jeunes hommes en short et joggings et jeunes femmes en leggins moulants et brassières, le stand de la Bundeswehr s'impose, encadré d'un véhicule Fennek de reconnaissance et d'un petit véhicule de transport de troupes.

"Nous nous sommes encore agrandis grâce au succès des recrutements à la Fibo", confie Peter. Le stand a presque doublé en taille par rapport à l'an passé, à 400 m², et il emploie 92 personnes, près de 20 de plus qu'en 2025.

Parcours sportifs, démonstrations de combat, loteries quotidiennes où l'on peut gagner des gourdes, tasses, tee-shirts, sacs à dos, tous de teintes kakis et brunes ainsi qu'un petit barbecue: la Bundeswehr emploie toutes les ficelles du marketing pour attirer de nouveaux soldats.

En septembre, vante-t-elle au fronton du stand, elle organisera des Olympiades baptisées "Olympix", où des jeunes de 16 à 19 ans concourront en équipe à l'école des sports de la Bundeswehr, à Warendorf (ouest). Au programme, foot, beach-volley et sport de combat.

- Treize kilos sur le dos -

"Nous nous sommes professionnalisés et rendus plus attractifs", estime Peter, tout en reconnaissant ne pas pouvoir chiffrer les recrutements liés au stand de la Fibo.

"Les gens ont besoin de trois ou quatre contacts avant de s'engager dans une voie professionnelle ou changer de métier", explique-t-il, comparant ce processus à celui d'un achat important.

Selon Linda Reinhard, une kinésithérapeute de 33 ans qui vient d'effectuer sur le stand un parcours de combat avec une veste de 13 kilos sur le dos, le regard sur la Bundeswehr a changé ces dernières années.

"Avec tout ce qui se passe dans le monde, les gars et les filles ici contribuent vraiment à ce que l'on se sente en sécurité", juge-t-elle, même si elle n'envisage pas pour le moment de quitter son "super job".

Quant à son amie, Alina, coach de 29 ans dans les salles de fitness, toute essoufflée après avoir transporté un mannequin de 60 kilos imitant un blessé, elle s'estime "trop peu sportive" pour rejoindre les rangs de l'armée allemande.

H.Lagomarsino--PV

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