Pallade Veneta - "Nous on subit" : au procès de l'ostéopathe accusé de viols, les patientes solidaires

"Nous on subit" : au procès de l'ostéopathe accusé de viols, les patientes solidaires


"Nous on subit" : au procès de l'ostéopathe accusé de viols, les patientes solidaires
"Nous on subit" : au procès de l'ostéopathe accusé de viols, les patientes solidaires / Photo: Jean-Christophe VERHAEGEN - AFP

Les patientes qui accusent un ostéopathe de les avoir violées en consultation ont relaté mardi, devant la cour criminelle, les traumatismes qu'elles disent avoir subis, et affiché leur solidarité.

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Après la séance du 11 janvier 2019 chez son ostéopathe Pierre Garitte, Anne-Lise (désignée, comme les autres parties civiles, par un prénom d'emprunt, afin de protéger son anonymat), a raconté comment elle a "rangé dans une case mauvais souvenirs" ce qui lui était arrivé.

Une autre, Cindy, a pensé s'être fait "des films" et a mis "dans un coin de la tête" ce qui lui était arrivé.

"Je n'acceptais pas du tout d'être une victime, d'avoir subi un viol, parce que c'est pas à moi que ça arrive, ces choses-là", a raconté cette quadragénaire.

Au deuxième jour de ce procès qui doit durer jusqu'au 10 juin, la cour s'est penchée sur les huit femmes, aujourd'hui âgées de 30 à 83 ans, qui accusent le praticien de viols entre début 2019 et 2020.

L'une d'entre elles a été excusée pour raison médicale liée à son stress post-traumatique.

L'ancien ostéopathe de 37 ans est aussi accusé d'agressions sexuelles sur 23 patientes. Au total, il encourt une peine de 20 ans de réclusion.

Les plaignantes ont souvent raconté le même mode opératoire: dans son cabinet d'Eschau, en banlieue sud de Strasbourg, le praticien les couvrait d'un plaid, leur faisait mettre une main sur la sienne, s'approchait des parties intimes jusqu'à y glisser, par surprise et sans gants, un ou plusieurs doigts, en respirant fort.

- "Tétanisée" -

Déborah, 48 ans, est la première patiente à avoir porté plainte pour viol contre Pierre Garitte, en septembre 2020.

En 2017, après une séance lors de laquelle le praticien lui dit qu'elle a "un corps de femme violée" et approche sa main de sa culotte lors des manipulations, elle décide de ne plus le voir.

Mais début 2019, alors qu'elle souffre de vertiges douloureux, elle y retourne.

Il lui dit qu'il va travailler le bas du corps, et sans prévenir, la pénètre dans le vagin.

"Ça dure, ça dure, pour moi ça a duré au moins 20 minutes, c'est extrêmement long", raconte-t-elle, pleurant à plusieurs reprises.

"Dans ma tête, j'ai tout qui passe: pourquoi tu pars pas en courant? J'avais juste envie de hurler +casse-toi, casse-toi+, j'y arrivais pas".

En fin de séance, il lui dit : "C'était l'âme de ta maman qui était coincée dans ton utérus, je viens de la libérer".

Pierre Garitte a nié l'avoir pénétrée, comme il l'a fait pour toutes les patientes sauf une.

"J'étais tétanisée", a aussi raconté Anna, pénétrée par l'ostéopathe devant son garçon de cinq ans, alors qu'elle lui avait demandé, deux séances plus tôt, de cesser d'approcher ses parties intimes.

"Avec mon fils, il parlait Pokémon pendant qu'il avait un doigt en moi", a-t-elle dit, en larmes.

- "Blessée et salie" -

"C'est pas facile, on se demande si c'est de notre faute", a témoigné Marion, kinésithérapeute de 30 ans.

Lorsque l'avocate de Déborah, Anne-Sophie Wagnon-Horiot, lui demande si elle regrette d'avoir recommandé cet ostéopathe à trois de ses amies - dont deux sont partie civile au procès - elle fond en larmes.

"J'ai envie de dire non parce que ce n'est pas moi qui ai fait les actes, mais oui parce que j'aurais dû voir que c'était pas la bonne personne", dit-elle.

"On se sent toujours blessée et salie", a témoigné Christine, qui a raconté avoir été pénétrée par Pierre Garitte alors qu'âgée de 77 ans, elle se remettait d'une opération.

Venue avec le statut de témoin, elle s'est constituée partie civile à la barre.

"Ce qu'il a fait, je pense qu'il l'a fait à tellement de monde que c'est pas normal; c'est normal qu'il soit jugé", a-t-elle dit.

"Je pense que c'est quelqu'un de dangereux, parce qu'il ne se rend pas compte des conséquences de ses actes et de l'impact que ça peut avoir pour nous, les victimes", a dit Marion.

"Hier, M. Garitte se plaignait de ce qu'il vivait à travers ce procès", a lancé Anna. "J'ai envie de dire: nous, on subit, on n'a pas choisi cette situation. Lui, il l'a choisie."

Y.Destro--PV

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