Pallade Veneta - RDC: les guérisseurs traditionnels en première ligne face à Ebola

RDC: les guérisseurs traditionnels en première ligne face à Ebola


RDC: les guérisseurs traditionnels en première ligne face à Ebola
RDC: les guérisseurs traditionnels en première ligne face à Ebola / Photo: Glody MURHABAZI - AFP

Dans son jardin, Mariam Kabika, guérisseuse, espère trouver les ingrédients d'un remède contre la maladie Ebola qui progresse dans l'est de la RDC, une région pauvre où la riposte tarde à s'organiser et où les guérisseurs traditionnels sont en première ligne.

Taille du texte:

"Je suis à la recherche de feuilles d'eucalyptus, de feuilles d'avocat, de mangue, et de papaye", énumère Mariam Kabika, guérisseuse à Bunia, chef-lieu de la province de l'Ituri (nord-est), l'épicentre de l'épidémie.

Il n'existe ni vaccin, ni traitement homologué contre la souche rare Bundibugyo à l'origine de l'épidémie actuelle d'Ebola.

Mais Mariam Kabila et son époux, Dauda Tshimanga, assurent avoir élaboré un "médicament" capable de guérir cette maladie extrêmement meurtrière.

Un peu lus loin, le cabinet de Dauda Tshimanga est situé dans une case au toit de chaume, à l'écart de la demeure familiale.

Gri-gris, parfum contre les mauvais esprits et décoctions en tous genres encombrent l'intérieur de ce "laboratoire des ancêtres", comme Dauda Tshimanga le surnomme.

"Si le malade ne guérit pas avec les plantes que nous avons préparées, nous le faisons entrer dans ce laboratoire pour invoquer les esprits et demander le secours des ancêtres", affirme-t-il.

- "Empoisonnement" -

Sur le mur sont énumérées en lettres rouges les diverses afflictions que ce guérisseur prétend pouvoir soigner : "Faiblesse sexuelle, typhoïde, hernie...". Une liste à laquelle s'ajoute, désormais, Ebola.

Dauda Tshimanga prétend pouvoir soigner cette maladie avec une inhalation de plantes bouillies, matin midi et soir pendant trois jours.

Depuis le début de la 17e épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC), aucun patient ne s'est risqué à essayer ce traitement.

Mais l'homme affirme que "beaucoup de personnes qui arrivaient en saignant, avec de la fièvre", ont été guéries au cours des précédentes épidémies par des méthodes traditionnels.

"La médecine traditionnelle n'est pas encore associée pour le traitement et la riposte contre cette maladie, mais nous sommes prêt a contribuer", déclare Dauda Tshimanga.

Dans une région aux infrastructures de santé défaillantes, nombre d'habitants s'en remettent aux "tradipraticiens", une profession non reconnue officiellement en RDC, mais encadrée et soumise en principe à l'obtention d'une licence.

Bien souvent, les maladies sont associées à un "empoisonnement" provoqué par un ennemi, voisin, collègue ou parent.

Certains malades d'Ebola "pensent être victimes d'un empoisonnement et consultent des tradipraticiens qui leur administrent des remèdes traditionnels sans dosage ni contrôle", déplore le docteur Willy Beiza, médecin à Bunia.

Le recours aux guérisseurs retarde le diagnostic réel et la prise en charge des patients, qui "sont amenés dans nos structures de santé dans un état critique", ajoute-t-il.

L'épidémie qui se propage actuellement en RDC a commencé à circuler plusieurs semaines avant d'être identifiée et enfin déclarée, un délai pendant lequel les communautés touchées et certains soignants se sont crus frappés par une "maladie mystique".

Des chefs traditionnels avaient été accusé d'avoir lancé un mauvais sort à des jeunes d'une communauté qui avaient voulu brûler le cercueil d'un malade d'Ebola.

- Incontournables -

Dans les zones rurales de l'Ituri, une région où des groupes armés commettent des massacres à répétition, les services de l'Etat sont largement absents des zones rurales, et les soignants qui interviennent contre Ebola se heurtent parfois à la défiance des populations.

Malgré les risques, les guérisseurs traditionnels, qui bénéficient de la confiance des habitants, restent des acteurs incontournables.

"Une riposte efficace repose sur l'intégration des communautés" et "de leurs rites", estime l'OMS.

Lors d'une précédente flambée d'Ebola à Bulape, en 2025, les autorités coutumières et certaines pratiques ancestrales ont permis d'impliquer les communautés dans la riposte, assure l'organisation.

Les chefs traditionnels ont notamment utilisé un rituel d'isolement pour mettre en quarantaine des cas suspects, et ils ont interdit le lavage des corps et le ramassage d'animaux morts.

Pour l'heure, la riposte à l'épidémie actuelle tarde à s'organiser dans l'est de la RDC, où "seuls 45% environ des contacts ont fait l'objet d'un suivi", selon l'OMS.

"Nous demandons aux tradipraticiens de recommander les patients aux centre de santé", et "on est entrain de leur distribuer les matériels de protection", indique Marie Roseline Belizaire, directrice des urgences de l'OMS en Afrique.

Pour Dauda Tshimanga, "l'épidémie d'Ebola existe réellement et elle tue les gens. On ne doit pas la négliger".

S.Urciuoli--PV

En vedette

Sextorsion : les signes avant-coureurs et la réaction des parents face au chantage numérique

Le chantage sexuel en ligne, ou sextorsion, s'attaque à des adolescents de plus en plus jeunes via des profils fictifs sur les réseaux sociaux. Face à ce fléau numérique, l'anxiété et la honte poussent souvent les victimes au silence. Samuel Comblez, psychologue de l'association e-Enfance, décrypte le piège et explique comment réagir sans culpabiliser l'enfant.

Florent Pagny : son rituel pour surmonter la claustrophobie lors des examens médicaux

En rémission depuis plus de deux ans après son diagnostic de cancer du poumon, Florent Pagny affronte désormais les contrôles médicaux réguliers. Bien que la chanteur de 64 ans affirme aller bien, il doit composer avec une claustrophobie qui rend les IRM et scanners particulièrement anxiogènes. Dans le documentaire Cancer, la vie devant, il détaille les stratégies mises en place pour traverser ces épreuves.

Rapport du HCE : Les femmes plus touchées par la dépression en raison de pressions sociales

Selon un nouveau rapport du Haut Conseil à l'Égalité (HCE), les troubles dépressifs touchent significativement plus les femmes que les hommes en France. Avec 18,2 % des femmes concernées contre 12,8 % des hommes en 2024, le document attribue cet écart non seulement à des facteurs biologiques, mais surtout à un environnement socioculturel et économique défavorable aux femmes.

Matinée scientifique sur la médecine générale à Champion le 14 novembre 2026

La Clinique Saint-Luc Bouge et l’Association des Généralistes de Haute Hesbaye Namuroise (AGHHN) organisent une matinée scientifique à Champion le samedi 14 novembre 2026. Cet événement vise à actualiser les connaissances des médecins généralistes sur des problématiques cliniques et administratives concrètes.

Taille du texte: