Sous une chaleur record, la France entre suée et ruée sur la climatisation
Sous des chaleurs désormais historiques, la France connaît mercredi un quatrième jour consécutif de vigilance rouge canicule, étendue vers le nord avec 58 départements concernés, et se rue sur les climatiseurs face à un phénomène de plus en plus fréquent.
Selon Météo-France, la journée de mardi a été "la plus chaude jamais enregistrée en France" depuis le début des mesures en 1947, après une nuit qui avait déjà battu des records: aucun répit pour les organismes rudement éprouvés par des températures dépassant 40°C, notamment dans l'ouest.
L'indicateur thermique national, moyenne de plusieurs stations de référence, a atteint 29,8°C mardi selon des données provisoires. C'est plus que les précédents records du 25 juillet 2019 et du 5 août 2003 (29,4°C).
A Bordeaux, où plus de 42°C ont été enregistrés, Martine Belloc, 62 ans, juge "difficile à vivre" d'être seule dans un appartement sans climatisation. Cette retraitée est venue prendre le frais et retrouver "du lien" à La ManuCo, espace associatif et de coworking mobilisé pour accueillir des personnes âgées.
"Quand il fait très chaud et qu'on reste chez soi, il y a une forme d'isolement", déplore-t-elle, prévoyant de revenir mercredi dans ce local, l'un des quelque 450 participants en France à l'opération "Oasis Solidaires" de l'association Petits Frères des Pauvres.
Avec quatre nouveaux départements mercredi en vigilance rouge, situés dans les Hauts-de-France, 44 millions d'habitants sont concernés selon un calcul de l'AFP.
Dans son dernier bulletin publié à 06H00, Météo-France annonce l'extension au moins jusqu'à jeudi des vigilances canicule dans l'ensemble des départements concernés.
En outre, une extension de la vigilance rouge est possible jeudi sur certains des 31 départements actuellement en orange, précise l'organisme.
- 90% des Français exposés -
En comptant les départements en orange, plus de 90% des Français sont exposés à des chaleurs extrêmes, avec 39 à 41°C encore attendus mercredi de la Bretagne à l'Ile-de-France en passant par la Nouvelle-Aquitaine, selon Météo-France.
La canicule favorise en outre les incendies, comme dans le Lot-et-Garonne où deux feux de forêt ont parcouru respectivement 5 hectares et 87 hectares. Ce dernier était toujours "en propagation" mardi soir, selon les pompiers.
Et dans le Maine-et-Loire, les pompiers luttaient encore dans la nuit de mardi à mercredi contre un incendie qui a englouti environ 97 hectares de forêt.
La canicule qui frappe la France depuis plusieurs jours est "fortement aggravée par le changement climatique d'origine humaine", sans lequel les températures subies actuellement auraient été 2 à 4°C plus fraîches, selon une étude scientifique publiée cette semaine.
Une immense masse d'air chaud venue d'Afrique s'est positionnée sur l'Europe de l'Ouest. De hautes pressions en altitude "viennent peser" sur elle, la rendant "encore plus chaude", explique Sébastien Léas, prévisionniste de Météo-France.
Le phénomène, par son intensité et sa durée, est comparé à la canicule de 2003 qui avait fait 15.000 morts en France. En 2025, la chaleur a tué quelque 5.700 personnes, les trois quarts ayant plus de 75 ans, selon l'agence Santé publique France.
Selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, l'épisode actuel a provoqué "40 morts" par noyade depuis le 18 juin, "essentiellement des jeunes".
Accusé d'avoir tardé à réagir lors d'une première vague de chaleur en mai, le gouvernement a cette fois renforcé la mobilisation du système de santé, redoutant un afflux de patients dans les jours prochains, quand les organismes les plus fatigués lâcheront prise.
Mais la fournaise frappe aussi les infrastructures hospitalières, comme à Beauvais où le bloc opératoire de l'hôpital a subi une panne de ses groupes froids dans la nuit de dimanche à lundi, interrompant ses activités, dont les accouchements. Les cas urgents ont été orientés vers d'autres établissements, avant résolution mardi matin de la panne, qui paraît "liée aux fortes chaleurs" selon l'hôpital, et reprise progressive.
- "32°C en classe" -
Plusieurs hauts lieux du tourisme sont également affectés, avec des horaires de fermeture anticipés pour la tour Eiffel ou le musée du Louvre.
Le monde du travail jongle pour sa part entre horaires remaniés, chantiers interdits l'après-midi dans certains départements et pénibilité accrue.
Plus de 8.000 établissements scolaires (sur 60.000) sont perturbés, dont environ 1.800 fermés, selon le gouvernement. Des examens ont dû être reprogrammés.
"Il fait 32°C depuis une semaine en classe, c'est impossible... Il faut rénover", réclame sous couvert d'anonymat une enseignante d'une vieille école de Bordeaux, où la municipalité assure avoir "commandé et déployé" des climatiseurs mobiles, ventilateurs et brumisateurs.
Mardi, le ministre de l'Economie Roland Lescure a demandé à la Caisse des dépôts et EDF de "réfléchir" à des adaptations.
En attendant, place au système D: à Labenne (Landes), la salle climatisée du conseil municipal est mobilisée pour le périscolaire, tandis qu'à Bayonne, les enfants ont investi les salons du stade de rugby.
Signe de l'impréparation au réchauffement du climat, climatiseurs et ventilateurs s'arrachent, selon des distributeurs, alors que le débat politique a notamment été animé ces derniers jours par la proposition du Rassemblement national sur "un plan massif de climatisation".
Sur la journée de lundi, le groupe Carrefour recensait 30.000 unités écoulées à 18H30, soit "mille fois plus qu'une journée normale", a pointé son PDG, Alexandre Bompard, sur BFMTV.
A Mérignac (Gironde), Thierry, un électricien, est dépassé par les demandes de pose de climatisation "en urgence". "Il faut en théorie présenter sa demande" à la copropriété, mais "les gens ne veulent pas attendre", raconte-t-il.
B.Fortunato--PV